Voir un article du Mousquetaire, 12 février
262 la Batailla romantique.
facilement. Pour moi, monsieur, je sciai ravi de publier par vos soins un livre auquel j'attache presque ma destinée
littéraire....
Dès lors, c'est entre eux Une correspondance suivie Le travail marche, rapidement, Saint-Félix e<l plein d'espoir. Le 18 mars lS.'Hi, en envoyant le manuscrit du premier volume : « Nous n'avons pas
de temps à perdre pour paraître. Sérieusement, cet ouvrage m'est demandé par des acheteurs; dans deux mois, ils ne seront plus ici. » Le .'1 mai : ■ ll;ït»m>-iious de met Ire sous presse; il est encore temps; toutes mes connaissances sont encore ici et achèteront. J'espère beaucoup de cet ouvrage et je erois que vous avez lieu d'espérer aussi. » Quelques jours plus tard : «Je crois que Cléo/xîlre aura un
siirccs c plet. Je n'ai, je crois, rien écrit de
semblable. » Le 28 juin, l'impression est achevée. Il s'agit de préparer le lancement de l'ouvrage :
Mon cher éditeur, nous devons paraître demain, je crois. Je inoccupé des articles en question. J'ai vu le gérant de la Quotidienne, le comte de Lostanges; c'est un de mes amis et il m "a promis un feuilleton excellent.... M. Lassailly nous l'ait deux articles. J"écris par le même courrier à M. de Romano pour la Gazette de France. Il y a un monsieur nommé M. Goulet qui dirige le Courrier des Dames, journal de modes; il m'a proposé un article dans ce petit journal qui du reste est très répandu.... Roger doit partir pour la campagne; il serait bien heureux qu'il put faire l'article de la Mode avant son départ. J'irai voir Jules Janin qui l'autre jour a été très aimable pour mon livre; il en parlera aux Débats, Henry Blaze se charge de la Revue.... Je dois voir M. Dufour pour la Russie; il prendra bon nombre d'exemplaires. Est-ce que vous enverrez des affiches en province?
l'iii- lettre de juillet revient sur cette question :
La Gazette bs! absurde, elle n'annoncera que les lignes à la suite des annonces payantes. 11 ne faut pas se formaliser pour cela. Assez d'autres journaux sont à nous. Je sais que ['ouvrage fait 1»' meilleur effel possible et qu'il est haut placé. On le demande, et nous nous en trouverons bien....
Mais Charpentier s'inquiète. Il y a, entre eux, un peu d'aigreur. Le 21 août :
Mon cher éditeur, j'ai vu plusieurs personnes qui m'ont parlé de vos alarmes sur la vente de notre livre. J'aurais pu, à mon tour, parler du peu d'annonces de l'éditeur. Je ne juge pas la question, je regarde vos intérêts comme les miens et j'en prends souci. Le livre a été loué et attaqué déjà comme il devait l'être. Mais tous les articles n'ont point paru. Il y en a eu un hier dans le Siècle qui est excellent. Beaucoup de journaux se plaignent de ne pas avoir reçu d'exemplaires. Maintenant, il s'agit d'avancer la vente. Pour mon compte, je connais mille personnes qui ont lu l'ouvrage, et ce n'est pas moi qui le leur ai fourni....
Il est certain que le succès ne répondait pas au mérite de l'œuvre et aux espérances de l'auteur. Sans doute, les revues littéraires étaient favorables; Saint-Félix pouvait invoquer quelques témoignages flatteurs. Les gens de goût se plaisaient à retrouver ici cette antiquité qui n'avait plus la raideur pseudo-classique et qui se gardait du clinquant à la mode. Des descriptions, sobres et vivantes, s'imposaient à l'admiration '. Des silhouettes, de
I. Dès le début, cette apparition <!<■ déopàtre : « lue nuit.
. mil- Sphinx placée au bas de L'escalier de marine qui
descendait jusqu'à la mer, étaient battus par les coupe de vent,
et leur tête de granit ruisselait sous une poussière humide. Le
psychologie sommaire peut-être, étaient marquées d'un Irait vif. en des attitudes expressives : Vintidius apportant le message d'Antoine, hautain devant le déploiement des somptuosités orientales, immobile <'t silencieux, a les bras croisés sur sa cuirasse »; la course folle de Cléopfltre à travers les salles vides de son palais; la souplesse nerveuse de Pliaraiii. la gravité ardente d'Antinoë. « Il y a dans ce roman, dit la Revue de Paris, un grand nombre «!<■ chapitres ciselés comme des bas-reliefs. «lu Parthénon, il y a «les fragments de chansons qu'on dirait retrouvées dans un palais d'Hercula-
num l. » Même, le talent (le I artiste s'était élargi depuis son premier livre antique; le récit de la bataille d'Actium se déroulait, précis comme un chapitre d'histoire, puissant comme un chant d'épopée.
Par malheur, Saint-Félix avait visé plus haut qu'une reconstitution historique; l'influence de
palais di' Ptolémée Philadelphe recevait dans ses portiques les lueurs brafardes des èelairs qui 8e enlisaient au loin sur l'eau ténébreuse, Le phare île Bostrate Gnidien jetait aux nuées sa
longue flamme, comme un serpent monstrueux qui darderait sa langue vive et rouge. Les rochers du Lochias luisaient en écumes les Ilots marins, et par intervalles, on distinguait sur le balancement des ondes quelques galères nageant à force de rames et revenant de Canope, malgré tant de signes funestes. Or, a une galerie du palais Ptoléméen, une femme contemplait la nuit, la tempête, le phare et la ville d'Alexandrie. Cette ville était à elle: à elle étaient ces deux ports, ces grands navires enchaînés; à (die, les rives sablonneuses, les régions fécondes, les déserts sans borne, toute l'Egypte. Voyant la colère de la mer, elle voulait rassurer sa terre bien aimée; c'est pourquoi elle souriait. Divin sourire, dont furent émus, sans doute, les dieux marins qui passaient, car les flots mutinés commencèrent à s'apaiser... » (T. I, p. 8.) 1. Deuxième série, t. XXXII.
Chateaubriand se faisait sentir fâcheusement. La seconde partie du premier volume, la première moitié du second, avec leurs prétentions philosophiques, alourdissaient la marche du roman1. Ce symbolisme un peu naïf, ces personnages qui se travaillaient à représenter des idées, ce mélange de paganisme et de préoccupations chrétiennes, tout cela était artificiel. Et pour Fauteur, c'était bien là le cœur de son œuvre, ce qui faisait sa beauté profonde; mais l'éditeur et le public avaient le droit d'en juger autrement. En somme, pour G. Charpentier, la spéculation n'était pas heureuse. Il dut rester assez froid, quand Saint-Félix lui proposa, quelques mois plus tard (en janvier 1837), de recommencer l'épreuve avec le poème de Cynthia :
La Cynthia est un livre qui mest demandé de partout. Je ne comprends pas bien encore votre hésitation. Souvenez-vous que j'ai aussi mon instinct de divination. Cet ouvrage, en ce moment, réussirait. D'ailleurs la moitié du volume serait en prose....
Avec cette lettre s'achève la correspondance de Charpentier et de Jules de Saint-Félix. C'est chez Suau de Varennes que parurent, en mai 1837, les deux volumes de Vierges et Courtisanes2. Quanta
1. « L'auteur do ce livre a essaye de personnifier trois idées.... Cléopâtre est le sensualisme et le scepticisme antiques : AntinoS
est la nature naïve, pure et forte; Kstlier la sagesse, c'est-à-dire la foi, la connaissance du vrai principe par la révélation divine. Antinoé la nubienne et Kstlier la juive sont, cliaciine de Min ente, d'eiier- iques protestations contre l'ordre immoral, sceptique, antisocial, et despotique dont la dernière reine d'Egypte est le symbole.... » (Préface, p. xiv.)
'. Vierges et Courtisants, 1 vol. in-S" (premier titre des Xuits de Rome). Aux nouvelles données par la Revue de Paris de 1833
Cynthia, doni la Revue de Paris avait publié le début en IS.T) (I. XXIV), toute la lin resta inédite. L'œuvre pourtant n'était pas indigne de l'auteur des Poéëieê romaines. Voici, d'après le manuscrit, quelques vers seulement de la troisième partie. le Lac cT Agrippa :
Des laurienl des lauriers! que la grande Italie Par une chaîne d'or a l'orient s'allie! Que Rome jette au ciel ses cris mélodieux... Les fêtes de Néron sont des défis aux Dieux!
Renais de Ion liùcher. jeune Sardana|iale.
Monarque aux blonds cheveux, si vam de ton front pale, Héros de volupté que Ninive admira
Souriant dans le l'eu, sur le sein de Mvrrha:
Moi des jeux, inventeur de la haute Cithare, Reprends ta robe blanche et quitte le Tartare
Ou les eieux paternels, pour l'asseoir au festin
Que donne à l'univers le Jupiter latin.
toi, reine d'Bgypte, ardente Cléopatre,
Qui revins d'Actium comme on vient du théâtre,
Relie, les cheveux d'or roulés sous des réseaux. Pareille à (ialathée errante sur les eaux, Oh! lève-loi, franchis le seuil des pyramides.
Montre-nous ton sourira et tes grands yeux numides; Accours, voluptueuse...
à IS:(7. lu Bacchante, Chrysis (litre nouveau, Tibulle), Virgile (titre nouveau. Sylvia), Césonie et Danaë, le Dernier souper de Néron, celle édition originale ajoute : une nouvelle inédile, l'usurier et l'empereur, deux petits drames Oreslilla et ÉmiUa, et un Épilogue, Deuxième édition, les Nuits de Home, Paris, Lecou, 1853, 1 vol. ln-12 : les mêmes morceaux sauf Orestilla et Y Épilogue; en plus, un Avanl-propos, une légende antique la dernière Gallo-Romaine, deux nouvelles : Lisistrata (parue en 1844 dans \u Revue de Paris), les femmes aimées d'Horace (parue dans l'Artiste en 1847). — Une autre édition, illustrée, chez Dentu, en 1801. in-12 : un morceau ajouté, les amis de Virgile.
LE ROMANTISME Et LA TRADITION LATINE. 867 LE POÈTE
l'Agrippa, dis-nous pour qui cette galère Couronnée au rostrum <\>'* roses de Falère, Navire merveilleux, dont les rames d'argent Au geste du pilote ensemble s'allongeant
l'ont jaillir cent éclairs <iui s'éteignent dans l'onde!...
Durant ces quelques années, la production littéraire de .T. <h' Saint- Félix est très active. A l'exemple de Dumas, il a entrepris, parallèlement à son œuvre antique, une série de romans historiques modernes : Mlle de Marignan en 183&, Mme la duchesse de Bourgogne en 1837, le Colonel Richemond en 1838, Mme la duchesse de Longuevïlle et Clarisse de Boni en 1839.... Puis, en 1840, cette production s'arrête; son nom ne paraît plus au Journal de la Librairie. C'est qu'une grande chose s'est accomplie. Au cours d'un voyage à Nice, auprès des Mestscherski, sa vie s'est orientée dans une direction nouvelle. Une lettre du 16 août annonce sou mariage à son ami Deschamps :
Les amitiés éloignées ne sont pas les moins fidèles et la mienne, cher Emile, vous a toujours suivi de l'œil et du eu'iir. Je n'ai pas quitté Paru en esprit, du moins je l'espère et vous avez du m'y rencontrer quelquefois sous la forme d'un livre ou dans l'écho d'un souvenir. Je viens aujourd'hui vous faire part, dans une lettre datée de bien loin, d'un événement grave et heureux pour moi. Je suis marié depuis quelques jours et je le suis avec une charmante jeune personne, la filleule de notre excellente princesse Mestcherski, mademoiselle d'Arnous Dessaulsays, 8.11e du contre-amiral de ce nom 1.... Vous avea sans doute rencontré dans le temps chez la princesse une jolie enfant
t. L'amiral, qui avait été gouverneur de la Martiniqui
mandait à ce moment la station des Antilles,
appelée Malvina. Elle se souvient de vous parfaitement, car on ne vous oublie jamais; elle est devenue, depuis lors, une jeune personne fort distinguée. Aujourd'hui elle est ma femme.... Notre mariage a eu lieu à Nice, chez notre honne princesse et avec, mi eelal eliarinant; peut-être même avec plus de bruil que je n'en aurais voulu. Toute la meilleure compagnie d'ici a pris part à cette fête. La princesse est si aimée et ma chère Malvina Test beaucoup aussi personnellement.... Nice est pour moi un délicieux pays où je voudrais bien fonder une certaine colonie que je sais. Comme vous seriez ici aimé et admiré, cher Emile 1 Vos ouvrages vous ont gagné sur ce beau rivage mille sympa* tliies que vous ignores el qu'il vous sciait bien doux <le rencontrer dans nos villa et sous nos citronniers. La maison liestcheraki est une de vos vieilles amies, vous le savez.... Mon projet est de faire une apparition de trois semaines à Paris en octobre. J'ai deux affaires d'intérêt à suivre; mais comme avant tout mes affaires agricoles me demandent dans le midi, je ne serai à Paris qu'un voyageur.... Le prince Elim, bien que souffrant encore, est plus poète que jamais. Il termine en ce moment un travail de prince des poètes. Il vous en parlera lui-même, et tout le monde aussi, bientôt....
Avec sa femme, le poète, en effet, s'installa au château de la Périne, près d'Uzès, résolu à « faire valoir ». Il renonçait aux lettres et à Paris.... Il devait y revenir quatre ans plus tard, les derniers débris de sa fortune perdue, mais riche toujours d'espérances, prêt à forcer la gloire avec un grand drame en cinq actes et en vers.
La lecture de Cléopâtre avait éveillé chez A. Dumas le goût de l'antiquité. On peut supposer,
en retour, que le succès de Caligula inspira à J. de Saint-Félix le désir de porter au théâtre son poème de Cynthia. La parenté même des sujets était un encouragement de plus. Sur la scène, par le prestige du décor, avec des interprètes comme Rachel et Beauvallet, cette Rome, si chère à son imagination, pouvait revivre d'une vie véritable, intégrale.... Et ce serait la revanche de toutes les pâles rapsodies pseudo-classiques.
Le 18 juin 1844, le comité de la Comédie-Française écouta une lecture de Cynthia. « Cette lecture réunit toutes les sympathies; l'approbation fut unanime. Le drame, reçu à condition de plusieurs modifications nécessaires au théâtre, devait avoir une seconde audition '.... » Saint-Félix ne comprit pas que cette réception conditionnelle était un refus poli. Il se remit au travail, avec un sentiment très net des défauts de son œuvre.
Dans cet le première version, le personnage de Cynthia, vestale convertie au christianisme et mourant pour sa foi, avait le tort de trop ressembler à la Stella de Caligula. Sans doute, il aurait pu détendre ses droits d'antériorité, rappeler son poème de 1835. 11 préféra couper toute une partie de sa pièce, et la refondre. L'action, d'ailleurs, en était un peu confuse. Deux draines s'y juxtaposaient, un drame intime, chrétien, — et un drame politique,
1. Lettre inédite à Rachel. Sur cette alTuire. voir aussi un article dans le Mousquetaire du 26 novembre IS-">i {les Mirages du passé, Un grand succès). Quant à la pièce, les deux versions successives (Cynthia et Néron) étant restées inédites, j'analyse e( je cite d'après les manuscrits conservés dans les papiers de l'auteur.
270 l.\ BATAILLE ROMANTIQUE.
la révolte de Vindex. Celui-ci demeura seul. Cynthia ne fut plus qu'une vestale, lasse du culte qu'elle reçoit, aspirant à la vie Libre et naturelle. Un acte, qui se déroulaii dans l'obscurité des Catacombes, fut sacrifié. Le dénouement fut changé et l'intérêt B€ porta uniquement sur les fantaisies de Néron, sur sa chute et sa mort.
Kn moins de deux mois, le travail était achevé : mais ces mois d'été n'étaient pas un moment favorable pour une lecture, Dans une lettre du 5 août, Buloz, commissaire du roi près le Thôfttre-Français,
engagea le poète à la patience1.
Saint-Félix attendit en effet — près d'un an, — et quand il fut convoqué de nouveau, le 27 mai 1845, ce fut pour entendre un comité, où figuraient presque exclusivement des acteurs de comédie, écarter sa pièce définitivement, Le coup était assez rude pour le poète. Il s'en plaint, avec beaucoup de dignité, dans une lettre à l'.achel :
.... Ce jour-là, le comité était composé, en très grande partie, d'artistes dont l'emploi spécial est dans la comédie. Je suis loin de nier le talent de chacun de ces artistes, mais ce qu'il m'est bien permis de contester, c'est le caractère sérieux du comité ce jour-là. Vous n'en faisiez point
1. « J'ai parle dé votre pièce à Votre tragédien qui est (l'avis que vous ne reli>ie/ qu'à votre retour, et que vous amélioriez encore, Voulez-vous que je lise moi-même voire œuvre modifiée? Mais je suis assez, de L'opinion de B. (Beauvallet), que vous vous êtes peut-être un peu trop hâté. Il vaut mieux méditer encore sur tout cela el Qe venir qu'à coup sûr et pour un grand Buccès. On vous tiendra compte d(! savoir retravailler et attendre, et puisque vous devez forcément revenir, le parti le plus sage est celui-là. Cependant, je suis à votre disposition.
« Tout à vous
« Buloz. »
LE ROMANTISME El LA TRADITION LATINE. 271
partie, mademoiselle, et ce fut, pour le drame de Cynthia, un vrai malheur, j'en ai Ui conviction. Le comité apporta donc à L'audition de ce drame des préoccupations étrangères, c'est un fait constaté, surtout des préoccupations impatientes et railleuses. Quelques mots joyeusement interprétés (l'ironie est un jeu si facile 1), quelques situations auxquelles on donnait un sens comique, la belle humeur du moment, tout cela fut fatal au drame antique, parfaitement lu cependant par M. le régisseur. En résumé, le comité du 27 mai 1848 repoussa la pièce que le comité du 18 juin 1844 avait jugée digne de son approbation unanime et qu'il avait reçue comme une œuvre de grand talent, selon les expressions de MM. les commissaires délégués higier et Périer.... Devant une décision de si peu de valeur, que fait tout homme qui a le sentiment de sa dignité? Il se retire sans réclamation. On ne discuté pas avec des rieurs et surtout avec des femmes chez qui la légèreté d'esprit survit à la jeunesse et à Tàge mur. Oui, mais il est consolant de pouvoir se plaindre hautement au jeune et noble talent qui, ce jour-là, ne pouvait protéger de son nom et de sa présence une ouvre d'art.
Vous êtes appelée, mademoiselle, à de hautes destinées. Tandis que bien de petites réputations s'éteindront successivement, au théâtre comme ailleurs, votre nom grandira, et votre influence aussi, espérons-le. Vous pourrez donc un jour faire valoir l'autorité de ce nom illustre, dans des circonstances données. Ainsi agissait Talma, de glorieuse mémoire; ainsi vous ferez. Heureux les poètes à qui vous tendrez la main; votre approbation sera leur plus belle part de succès. Pour moi. j'ai voulu constater aujourd'hui, par une sorte de protestation, que mademoiselle Rachel a Iran gère à une injustice qui blesse les convenances et la dignité de l'art....
Mais la tragédienne avait, ù ce moment, autre
chose en tète. Elle venait, un mois plus tôt (le
B avril), de remporter un triomphe dans la Virginie
272 LA BATAILLE R0MANTIQ1 E.
dé Datour Saint- Ybars1. Pour l'instant, elle songeait surtout à son congé annuel. Il ne semble pas qu'elle se soit employée en faveur de ce nouveau drame romain.
En revanche, Théophile Gautier manifesta hautement son admiration pour le poète. Son article, publié dans la Presse du 25 mai 184G, n'a pas été recueilli dans les six volumes de ['Histoire de l'art dramatique. Il mérite cependanl d'être connu- :
A défaut de pièces représentées, nous avons lu le Néron de II. Jules Saint-Félix, — grande et sévère étude de l'antiquité par un poète qui la connaît de longue main. Cette tragédie, refusée par le Théâtre-Français et l'Odéon3, aurait produit, nous le croyons, un puissant elTet à la scène, car M. Jules de Saint-Félix n'a pas présente Néron au point de vue banal; il l'a peint tel qu'il était, artiste et dilettante avant tout, fantasque comme une prima donna, susceptible comme un ténor, amoureux d'applaudissements et de couronnes, enthousiaste de statues, de musique et de poésie, cruel par caprice ou par distraction, cherchant les inconnus de la volupté et donnant des formes plastiques aux rêves les plus étranges.... Quel grand artiste va périr en moi, s'écrie .Néron, la poitrine déjà effleurée par le poignard de Doriphore! Il ne regrettait pas l'empire, mais sa belle voix.