‹ La bataille romantique (volume 2)Chapitre 132 sur 146 · EDGAR QUINET KT F. BULOZ · texte numérisé non relu

EDGAR QUINET KT F. BULOZ

ment, è mes frais. Il vous est impossible de concevoir combien vous m'avez contrarié en retardant do quinze jours ma publication. Si, comme nous en sommes convenus, VOUS n'imprimez pas pour la tin de ce mois, alors mon travail, auquel j'ai mis tant de conviction, est perdu et vraiment je ne me sentirai d'aucune manière la force de vous le pardonner, quelque raison que j'aie de m'applaudir tous les jours des rapports d'amitié qui se sont établis entre nous....

Je vous remercie de cœur de la part honorable que vous me donnez dans votre dernier numéro.... Croyez bien que personne n"est plus dévoué que moi au succès de votre entreprise que je crois sérieuse et appelée à une haute influence. Mais, de grâce, ne me cassez pas les bras par des hésitations el des retards nouveaux. — Si vous le voulez, dites dans une note que ce morceau était fait pour ne paraître que séparément, que toute la responsabilité en esta l'auteur. Vous pourrez dire que, quelle que soit l'opinion que l'on puisse avoir sur la tendance politique de ce morceau, il vous a paru utile de le faire connaître à vos lecteurs à cause des observations locales et des faits qu'il contient..., etc., etc. Bien entendu que cette note disparaîtrait dans les exemplaires séparés. — Cette idée vous plaît-elle? Il faut la suivre. — Mettez -vous à votre aise, mais laissez-moi mon texte.

Depuis quelques jours, je trouve dans les journaux des articles sur l'Allemagne. Us me prouvent de deux choses lune, ou que votre lecture de ma brochure m a été fort nuisible, ou que le moment approche de la publier, si vous ne voulez pas la détruire tout à fait! Faites mettre en vente icemplaires chez Paulin, place de la Bourse, et chez les libraires du l'alais-Uoyal.

Écrivez-moi toujours à mon adresse à Charolles. J'y reviendrai avant quinze jours. Dans ma tournée, je verrai M. de Lamartine.

Magnin avait sacrifié le passage soumis à son jugement. Quinet s'en plaint dans une lettre à sa

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mère (31 décembre); mais il se résigne, l'ayant promis. Ainsi mutilé, l'article parut le rr janvier. Du moins, la brochure, qui suivit de près, rétablitplie le texte intégral.

L'accueil de la presse et du public donna raison m l'auteur ej ae justifia pas les craintes de sas amis. Francis «b' Corcelles dans le Courrier français, Magnin dans le National en parlèrent avec toute le\ir sympathie. Le parti libéral et la jeunesse accueillirent avec enthousiasme ces pages vibrantes de générosité patriotique,... Quant à Quinet, il s'était déjà détaché de son œuvre. « Je ne niVn inquiéta plus, dit-il à sa mère la 1± janvier \K.\t; j'ai écrit et dit ce que je voulais, voilà tout.... » Et ceci n'est pas coquetterie d'écrivain. Il n'a jamais été homme à jouir d'un succès. L'acte accompli, ses conséquences importent peu.

D'ailleurs d'autres soucis l'atteignaient cruellement. De l'antagonisme de race qu'il avait signalé, toujours âpre entre l'Allemagne et la France, luimême était une victime. Obéissant aux suggestions de ses beaux-frères, Minna More renonçait à son fiancé, et pendant deux ans il allait souffrir de cette rupture. A la fin de janvier, un nouveau malheur le frappait, la mort de son père. Buloz fut parmi les premiers à qui il en fit part. La lettre, datée de Gharolles, le 4 février 1832, est toute d'abandon affectueux. Rien, entre eux, ne subsiste plus des dissentiments passés.

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.Mon cher ami, un malheur qui a jetô m;i famille dans la consternation, la mort imprévue de mon père, m'a empêché de vous rien envoyer depuis quelque temps. Quand l'air deviendra moins lourd autour de moi, j'ai plusieurs sujets commencés qui vous sont destinés, sur la Nouvelle école littéraire en Allemagne, sur l'Art dans ses rapports avec la

Révolution1, un fragment de roman, etc l'avais aussi

pensé, sans ce malheur, aller faire un tour en Italie et à I ii une pour les comparer avec la Grèce, et vous adresser de là quelque chose à ce sujet. Peut-être ce projet n'est que renvoyé, et, pour vous revoir, irai- je passer par la voie Appia et les marais Pontins. N'en dites rien, je vous prie. Je n'ai que de sincères remerciemens à vous faire du soin que vous avez bien voulu mettre à faire adresser mon article à ses destinations et de sa belle exécution typographique. Je n'ai lu que l'article du National, voulez-vous être assea hon pour me faire acheter au bureau les articles de la Révolution et du Globe que je ne peux me procurer ici, et me les envoyer. J'ai grande envie que vous remerciiez Kagnin, si c'est lui qui est l'auteur de l'article du National. Pour ma part, j'en suis fort content. Courage. mon cher Buloz. Il est impossible d'être plus charmé que je ne le suis du succès de la Revue. Vous la développez dans un esprit vraiment encyclopédique. Faites compliment, je vous en prie, de ma part, à Lerminicr pour sa haute et vive polémique. Ne vous lassez pas et votre recueil réalisera ce que nous avons imaginé, et vous aurez rendu un service éminent à notre époque. Quelle délicieuse chose que ce fragment de roman d'Alfred de Vigny et que de vrai drame dans ces chroniques de Dumas. Je vous prierai à mon retour, de me le faire connaître. L'abbé Prévost de Sainte-Beuve est un de si s plus beaux morceaux, je n'ai pas encore lu son Lamennais....

Adieu, mon cher ami, croyez à mon bien vif attachement et que. dans quelque situation que je sois, je ne

I. Voir la Revne du \" juin : \<>uvrllrs écoles littéraires', de l'avenir de l'Art; de l'art en Allemagne.

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négligerai rien pour vous ni pour votre honorable entreprise...

Le projet de voyage en Italie n'était que renvoyé en effet. Quinet avait besoin de se dégager de cette atmosphère de tristesse; en mai 1832. il partit. Il ne revint en France qu'à l'automne de 1833, avec le mystère d'Ashaverus.

Ce voyage avait été un enchantement ; surtout, il en rapportait une grande joie. Après deux ans de rigueur, Minna More, enfin, se laissait fléchir. Les liens d'autrefois étaient renoués; les espérances renaissaient, — bientôt réalisées. Je ne connais aucune lettre de Quinet à Buloz pendant ces années L833 et 1834. Sa collaboration à la Bévue ésl devenue moins active : le Pont d'Aréole le 15 juillet 1832, Ashaverus le 1er octobre 1833, un article sur Henri Heine le 15 février 1831, un fragment épique de Napoléon le 1" août. Mais au lendemain du mariage, célébré le 21 décembre, après les premiers soucis d'installation, il songe à reprendre une collaboration plus régulière.

Le jeune ménage s'est établi à Heidelberg; les regards de Quinet se portent de nouveau sur cette Allemagne, si riche d'avenir et si inquiétante. De Bade, le 18 mars 1835 :

Mon cher Buloz, j'ai à vous envoyer un article qui sera comme la continuation de mon ancien morceau sur l'Allemagne et la Révolution. Dites-moi si vous serez disposé à le publier; et si mes lettres vous arrivent. C'est ce qu'il m'est important de savoir à cause de la frontière allemande. Envoyez-vous encore la Revue à ma mère à Bourg? Je suis encore dans ce pays pour deux mois. Après quoi, je retour-

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nerai à Parie. Adieu et tout à vous.... Mille et mille souvenira ii mes amis que vous connais

Ceci, ne le détourne pas d'ambitions plus considérables. De -impies articles de revue ne suffiraient pas à son activité; il a toujours sur le chantier quelque grande entreprise. Ashaveriis imprimé, il s'esl mis à son poème de Napoléon, un sujet redoutable, biais qui le passionne. « Ce devrait être, écril-il à Michèle! le 16 février, le poème de l'humanité héroïque, comme Ashaverus aurait dû être le poème de l'humanité religieuse. » Et le 19 juin : « Je sais d'avance que cet ouvrage ne peul m'attirer que d'infinis blâmes et colères.... La question à résoudre était celle-ci : la France, héroïque et épique par la révolution et le commencement du XIXe siècle, ne peut-elle aujourd'hui aspirer, comme tous les autres peuples, à la poésie héroïque? à ce (pie Vico appelait la poésie épique?... Le premier qui aborde ces sujets est infailliblement victime. J'en ai pris mon parti ». Ce Goliath en vers est sa grande préoccupation durant l'année 1835; auprès d'entreprises de ce genre, les menus travaux courants sont peu de chose.

La Bévue n'avait pas inséré son nouvel article sur l'Allemagne et, un instant, Quinet put croire que sa collaboration était écartée de parti pris1. Buloz n'y songeait pas. Le Napolëùti était appelé à faire trop de bruit pour qu'il ne désirât pas en donner la primeur à -es lecteurs. A l'automne, il demande quelque- fragments à Quinet, qui hésite à son tour (lettre non datée) :

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