‹ La bataille romantique (volume 2)Chapitre 131 sur 146 · EDGAR QUINET ET F. BLLOZ · texte numérisé non relu

EDGAR QUINET ET F. BLLOZ

toutes les libertés; elle tranche les liens qui l'unissaient à l'Europe; elle restera seule en face d'une race puissante, ambitieuse, acharnée à effacer jusqu'au souvenir de ses anciennes blessures.

Si E. Qiiinet se préoccupe de la diffusion de cet article, par la Revue d'abord, puis sous forme de brochure, c'est que sa conscience, ici, est engagée. L'existence même de la France est en question. 11 faut parler nettement, et être entendu. A peine le manuscrit est-il parvenu à Buloz, par l'intermédiaire de Mi« helet, qu'il s'impatiente déjà de n'avoir pas de réponse.

Le 29 novembre, de Charolles :

J'espérais, mon cher ami, que vous m'auriez répondu après avoir reçu ma lettre. Vraiment je suis très impatient de savoir si mon manuscrit esta votre impression. J'attendais un peu, ce soir, des épreuves. Dites-moi, sans tarder, ce qu'il en est. S'il était survenu quelque obstacle, vous m'en auriez sans doute prévenu. Avec les premières épreuves, je vous renverrai la fin de la brochure en une quinzaine de pages. — Nous pouvons paraître dans cette première moitié de décembre. — Si quelque chose d'imprévu vous obligeait de ne pas vous charger de mon manuscrit, faites-moi le savoir sans tarder pour que je presse l'impression d'une autre manière. J'aimerais cependant bien mieux qu'elle se fit par vous. Au reste, vous n'avez eu que trois jours à vous depuis l'envoi de mon manuscrit; peut-être demain recevrai-je quelque chose, et je ne vous écris que pour vous prier de me prévenir de ce qui se fait. La poste part, et je n'ai le temps que de vous rappeler tous mes sentimens pour vous. Votre — EDGAR Oiinet.

Michèle! n'aura fait sans doute pas de difticultés pour vous donner mon manuscrit. Écrivez-moi un mot.

Vous voyez qu'il est indispensable que le tout paraisse à

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l;i luis, ciinj cnits exemplaires séparés seront pëiit-êtfè

suflisans. Qu'en |n'iisi'z vous?

El quelques jours plus tard, le 1°' décembre :

Mon cher ami. je vous assure que je suis bien contrarié de ne recevoir de vous ni lettre, ni épreuves. Si je ne reçois rien demain, je commencerai h craindre qu'à travers rénemens de Lyon, la poste ne les ait interceptées* Vous vouliez paraître le 16 décembre; si vous tardez encore, comment en viendres-ivous à bout? Je vous préviens que demain je nous envoie la Bn de ma brochure en une quinzaine de pages, qui ne peuvent passe séparer du commencement. Il faudra absolument les joindre au commencement dans le même numéro, en me tirant séparément à cinq cents exemplaires. Nous ne pouvez croire quelle con- BCience j'ai mis à ce travail, et combien peu j'aurai de repos jus!|u'à ce qu'il soit lini. Comprenez donc mon impatience et ne me faites plus attendre. J'aimerais mieux vous donner mon iang< Si, par une raison que je ne peux pas prévoir, vous négligiez de publier vous-même ma brochure,

veuillez envoyer sur-le-champ ma lettre à Michelet, et lui dire de ma part de l'aire commencer OÙ il voudra l'impression à mes frais: ,i votre imprimerie, par exemple. Vous nie faites languir mortellement. Je n'attends que vos épreuves pour partir pour Lyon où l'un de mes meilleurs amis vient d'être blessé mortellement. Adieu. Pourquoi ne m'écrivez-vous pas? Vous m'auriez sauvé de toute cette impatience....

J'aimerais mieux vous donner mon sang! Tout Ouinet est là, avec- son impétuosité généreuse. Il ne faut pas cependant accuser les hésitations de Buloz. L'article n'était pas dangereux pour la Bévue seulement; il était de nature à briser l'avenir de l'auteur. L'affection clairvoyante de Michelet l'avait compris. Au lieu de hâter l'impres-

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sion. il suppliait son ami d'attendre; il lui conseillait la prudence; il demandait des corrections : « Je VOttS aime trop pour ne pas vous dire ce qui est votre intérêt véritable. Ouel que soit le parti qui triomphe, ce livre vous nuira un jour.... » (16 novembre. | Mon ami, votre brochure est violente et terrible. Elle m'a ôté le rire pour dix ans.... » (Décembre, j

La réponse de Buloz arriva enfin. Il acceptait l'article et s'engageait à le publier en un seul numéro; mais il insistait, d'accord avec Michelet, avec Lerminier, avec Jules Janin, pour la suppression de trois alinéas. Quinet se défendit pied à pied. A Michelet : « Ces retards dont on entrave ma pensée équivalent à une véritable violence. J'ai pensé pendant des années à tout ce que j'ai écrit dans cette brochure. C'est ma foi, je puis dire aussi que c'est mon sang. Vous m'opposez la crainte de me compromettre! » Avant de se résigner, il voulut tenter un dernier recours. Le 11 décembre :

Mon cher ami, je vous préviens que je vous renvoie de soir toutes les épreuves, par le même Courrier, et que vous pouvez tirer. — Ajoutez à mes corrections d'hier celles d'aujourd'hui. Puisque mes amis n'approuvent pas les pages ajoutées, sur Philippe-Egalité, au bas de l'avant dernière colonne, je m'en remets h Magnin que vous connaissez, rédacteur du Natféiiûl , et employé à la Bibliothèque Royale, où il est tous les jours, depuis dix heures jusqu'à trois hciircs. Knvuvez-lui la feuille avant le tirage. Qu'il lise la page. S'il l'approuve, qu'elle reste: s'il la condamne, ôtez-là. Ne manquez pas, ru<m ami, sur l'honneur, de faire ce dont je viens de vous prier — j'y compte, 'lirez à cinq cents. J'en donnerai près de la niuitié. L'Allemagne mi l,i revue n est \u\< eûOOft! très répandue et que ce morceau

intéresse en demandera, je crois, un certain nombre d'exemplaires. Véus voyez qu'il en restera bien peu pour l,i vente à Paris. Nous me direz à combien se seront montés les frais, et exactement ce que l'on aura dit, en général, de L'ensemble du morceau après la publication.

Si vous voyez vous-même Magnin, ce qui vaudrait bien mieux, ce serait un moyen de le prier de m'annoncer dans le National. Mais promettez-moi, la main sur le cœur, de tenir ce qu'il aura décidé. Je lui ai écrit. Adieu, voici l'heure du courrier....

Dites a Magnin de n'envisager cette page que sous le rapport politique, et de ne penser nullement à moi, ni à mes intérêts privés. Vous avez reçu, je pense, les autres épreuves surchargées de mes corrections.... Envoyez-moi des exemplaires dès que vous en aurez, mettez-y une couverture, etc....

Le 18 décembre, de Gharolles toujours, nouvelle lettre, plus découragée celle-ci et plus amèiv :

Mou cher Buloz, de guerre lasse, je pars ce soir pour la campagne. Si vos épreuves sont en chemin, on me les renverra là où je serai. II pourrait se faire que, par la difficulté des communications, elles in'arrivassent trop tard pour vous cire renvoyées en temps utile. Ne les attendez donc pas. Je n'en ai plus besoin indispensablement. Vous savez que je suis décidé à ne rien changer que ce que j'ai déjà changé. Même les dernières lignes sur Lyon servent de date au morceau et doivent rester. Que ce soient donc là les derniers mots que nous ayons à échanger entre nous sur un si triste sujet. Si vous ne voulez pas publier dans la revue, ce que je ne comprendrais aucunement, faites-moi alors paraître en brochure, puisque votre impression est faite, et ce sera à mes frais. Je ne puis rien dire autre chose, sinon que, dans tous les cas, il faut que j'aie cinq cents exemplaires. C'est sur quoi je compte absolument. Je prendrai la liberté de vous envoyer une liste de noms auxquels je vous prierai de l'adresser, par la poste ou autre-

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