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I. Lettré Inédite. Comp. Le Jugement dé Sainte-Beuve dans •on Jnsrpii Delormé. dette traduction, écrite en collaboration avec Vigny el reçue nu Théâtre-Français, ne rai pas représentée. A plusieurs reprises, il lut question de (a porter à la scène; toujours «1rs difficultés surgirent, el ce lui. entre les deux amis, le premier nuage, chacun accusant la mauvaise volonté, L'indifférence ou 1rs tergiversations de L'autre. Une lettre de Vigny, du 26 mai I s:t7. dégage très nettement la responsabilité d'E. Deschamps: « Il tant absolument que je parle avec miiis de cette recrudescence de propositions el d'amour de Shakspeare bien extraordinaire de la pari de La Comédie Française, mon cher Emile. Il y a dans tout de que vous m'avez écrit des choses impossibles el sur lesquelles quelqu'un vous trompe. Dès que j'aurai vu nettement notre position, je vous donnerai an avis sur. car je connais trop le théâtre el uns droits pour qu'on puisse m'en [aire accroire sur aucun point On ne l'essaie même i>as. j'irai voir le Directeur, si vous le désirez, el Je m'expliquerai de toul cria. Je comprends parfaitement vos désirs el eroyea bien, cher Emile, que du moment iiu je serai sur que cela est dans votre Intérêt, je serai Je premier à vouloir ce que VOUS voudrez. Celle représenta | ion ne me sera jamais agréable que par le plai8ir qu'elle pourra vous l'aire. Mais vous ne (eue/ pas a avoir un de ces demi— urées qui sont plus tristes qu'une chute? Je ne comprends pas cette
menace d'une autre traduction qu'on ne peul pas taire et que
personne n'a le droit de donner, la notre étant reçue depuis si
longtemps. Avant de mettre ('/ l'élude, il faut que les auteurs fassent Leur distribution entière et l'arrêtent avec le Directeur,
du consentement de chacun des auteurs. Quand nousa-t-elle été demandée? Ensuite, il faut faire une lecture de la pièce aux acteurs que les auteurs ont désignés et qui ont accepté. Puis on commence à mettre à l'élude, mais seulement deux mois avant la représentation. Or vous me dites qu'on vous désigne le mois de novembre et l'on voudrait mettre à l'étude?... Croyez bien, dans tout cela, cher Emile, que la première idée que j'aie et la seule qui doive me diriger sera le désir de vous être
La même année 1828, paraissent ses Études françàiêes et étrangères, encore une des œuvres décisives de l'école. Ce nest pas que tout soit nouveau dans la fameuse préface. Les articles de Sainte- Beuve dans le Globe, en 1827, ont pu suggérer à DesohampS <pndques-unes de ses idées; depuis longtemps déjà, Hugo a posé certaines revendications éloquentes, — trop éloquentes.... Mais, pour la première fois, c'est un programme véritable, auquel sa modération même et sa simplicité donnent plus de portée. Ici, le romantisme se dégage nettement des survivances de l'école Delilienne; il ne s'en tient plus à des aspirations vagues ; il précise les genres sur lesquels doit porter son effortoriginal ; il proclame ses chefs; il affirme les principes de sa technique nouvelle. Cette préface, en somme, îvstera !<■ manifeste de l'école en poésie, comme la préface de Cromwell est son manifeste dramatique ; il n'est pas inutile de noter que nous avons dans la Muse française la première ébauche de l'une et de l'autre '.
agréable et, quand j'aurai vu le fond do toute celle affaire, je vous dirai : oui, si vous passez par dessus tout ce qui va se présenter de dangereux; je conduirai les répétitions avec l'expérience que j'ai de ce théâtre qui ne ressemble point aux autres, "t je vous montrerai des écueils que vous ne verriez. p;is et ou vous seriez, noyé comme vient de l'èlre un poète de mes amis que j'avais pourtant averti et qui ne m'a pas eru. si ce n'est quand il a été perdu.... » (Inédit.) Comp. la lettre de Vigny a Busoni le •"> janv. 1841) (Annales romanli(iues. nov. 1905.) — Voir aussi E. Dupuy. A. de Viyny, t. I. p. UtS et suiv.
1. Voir, dans l'article de V. Hugo sur Quentin Durward, la théorie du roman dramatique. — et. dans le 3e vol., l'article d'K. heschainps, ht (iurrrr en temps de paix. — Ouelques vues
intéressantes encore, malgré ta diffusion du style, dans l'article
de (i. Desjardina sur le Saâl de Soumet C-V livraison).
Ébauches incomplètes, sans douté : en is-j:>. l'avenir est obscur. Mais avant d'être le héraut du cénacle, Desohamps en a été, si l'on peut dire, le modérateur. Si les relations entre ces jeunes poètes conservent ce ton d'affectueux abandon, • cl te familiarité simple que Ton a raillée parfois, sou influence personnelle y est pour beaucoup. Dès son enfance, cel instinct de sociabilité a dû se développer eu lui La maison de sou père, Jacques Deschamps de Saint-Amaul. ancien receveur général du Berry, passionné de littérature el de théâtre, n'était-elle pas le siège déjà d'un véritable cénacle? A S. Saint-Valiy, le compagnon le plus intime de Hugo, durant ces années d<- jeunesse1, rappelle dans une pièce du l(i septembre 1834 ces réunions de jadis :
POUI rnii-nler iiii's yeux du I ;i M i-.-i h plein d'ennui
Que nous offrent les gens el Les temps d'aujourd'hui, le remonte parfois au passé si prospère El je songe souvent, Emile, à votre père. Parmi nous, jeunes gens, je crois le vpir encor ainsi qu'au camp des Grecs j .ni i s le vieux Nestor ; Voilà bien son air aoble el sa tète blanchie Aux travaux de l'empire el de •■'' monarchie, Voilà son parler sage el pourtanl chaleureux.... Vous Bouvient-il, ami, de ces belles soir< Aux poétiques chants près de lui consacrées
I. Saint-Valr? a été du Conservateur littéraire; il collaborera à YAricl do ce pauvre Lassailly. — 11 publie en 1826 la Chapelle de Notre-Dame du Chêne, les Ruines de Montfort-VAmaury, poèmes. Paris. Ladvoeat. in-8" (le premier de ces deux poèmes inséré dans les Annales romantiques de l'année précédente). — En I82(.i. les Fleurs, poème mentionné aux Jeux floraux. — Voir Biré, V. Hugo avant 1830, p. 381 (une erreur à relever : il csl inexaci que Siinl-Yalry ait, après 1830, •- renoncé à publier de nouveaux recueils »; en 1833, Fragmcns de poésie, Paris, Dentu, in-12).
Où toul ce que la Musc avait de favoris
D'un éloge venait se disputer le prix,
Kl. lorsqu'il approuvait, hardiment pouvait crdire
Accepter de sa main des prémices de gloire.
Vous a-t-il donc trompés, poètes généreux
Dont le inonde charmé redit les noms heureux,
Soumet, Victor Hugo, de Vigny; Lamartine,
Ruisseaux qu'il salua Meuves dès l'origine.
Astres naissants alors, rois du ciel aujourd'hui?...
11 fallait voir aussi son jeune et beau courroux
Quand, loin du droit sentier, quelques-uns d'entre nous
Cherchaient a débaucher la sainte poésie
Et comme il foudroyait la naissante hérésie!...
Si, quoique novateurs par génie et nature,
Certains ont conservé pourtant quelque mesure,
Certains qu'il chérissait et que nous connaissons,
Ils le doivent peut-être à ses sages leçons '....
Là se sont nouées des amitiés précieuses, qui ne s'oublieront pas et qui seront le principe d'amitiés nouvelles. Habitant des maisons voisines, les familles Deschamps et Vigny sont entrées de bonne heure en relations : c'est par l'intermédiaire d'Emile, sans doute, que le jeune officier de la garde royale a connu le rédacteur en chef du Conservateur littéraire.
Leur intimité, il est vrai, ne devait pas être de longue durée 2. Nous ignorons quelles furent au juste les causes de la rupture; mais, entre des poètes de ce rang et de ce caractère, des rivalités étaient inévitables. Deschamps, du moins, sut se garder de prendre parti et resta l'ami de tous deux. Je retrouve dans sa correspondance quelques
1. /''//(/ers manuscrits d'É. Deschamps. Comp. la pièce d'Antoni
Deschamps, Dernières parûtes, XIX.
2. Voir les études si riches cl si pénétrantes de M. K. Dupuy, la Jeunesse des romantiques 1905; Alfred de Vigny, ses amitiés, son rôle littéraire, (010-1912.
lettres, encore, <!<• Vigny, qui méritent d'être connues. Le 28 juin. 1837, à propos de [a représentation • le Stradella :
.faimc Stradella ci j'adore Duprez parce qu'il ouvre la bouche ei m- laisse pat perdre uni' syllabe 'I'' votre esprit et
île vus vers. S'il y a un homme au monde qui dise du fond
•lu . . i -ii r : VaniUu vanikituml oe doit bien élre ee pauvre Nourrit. A peine bon de le barrière, le voilà oublié, ram placé, écrasé; s'il avait reparu bier, <»n lui aurait peut-être jeté dea pierres a la teie. Pites donc a Jules de Hességuier qu'il pardonne a aoa i i I -> quj est a \ ienqe d'avoir des
ganta je s et de danser, paire qu'il dansait h avait îles
ganta il y a (nus ans sic . quand il avait dix-nenf ans aussi : <•! parce que vous et moi, à eetàge-là, nous dansions
avec le costume de (nus les gens comme il faut, et parce que nous ne sommes pas de ceux dont parle l.aliiuyèie qui
retranchent de l'histoire de Boorate qu'il ait dansé, ce qui
lui est arrivé et n'empeelie pas le l'/nilmi qui n'est pas trop mal. — Mais ee pauvre Nourrit qui est en poussière ! j'y pense encore; Duprez a dans la poitrine un instrument immense, infatigable, inexorable, qui le poursuit comme la trompette du jugement dernier que tiennent les gros anges de Mie hel-Ange. Allez donc voir cette belle copie de Sigalon. Je me mets a causer ainsi avee vous en revenant de l'Opéra, avant d'écrire, comme j'ai coutume, à l'heure dea esprits et des revenans. Bonsoir.
Le 9 juillet 1841, après la publication des Poésies des deux frères Deschamps :
Je me garderais bien de faire ce que vous dites, cher Emile, et de ne point lire les vers que vous m'envoyez si gracieusement. J'en lirais seize mille comme ceux-là sans m'arrèter et je n'ai voulu vous en remercier qu'après vous avoir suivi de page en page jusqu'à la dernière, depuis Rodrigue et la Cloche jusqu'à l'Épilogue. Si vous veniez
quelquefois, par hasard, vous pourries reconnaître les traces de crayon que je laisse partout dans ce livre; partout j'applaudis le poète et je retrouve des souvenirs de nos
réunions el de nos paisibles fêtes de l'esprit, comme les nommait madame de Staël. II y en a peu auxquelles j'aie été étranger, sauf, je crois, celles de vos voyages qui, grâce a Dieu, sont des voyages de Parisiens, tels que je les aime, les plus courts possible. Le voyage qui m'est cher pardessus tous, c'est celui de votre charmant esprit à travers toute chose : il touche à toutes les idées, à tous les sentimens. presque à toutes les modes du vêtement de la pensée et reste toujours Emile. — Il a bien raison, on ne peut rien être de mieux. Croyez bien aussi, cher ami, que personne n'est plus que moi tout à vous, du fond du cœur; en toute occasion, je vous le prouverai.
Le 12 janvier 1842, en lui envoyant les premiers volumes de l'édition Charpentier :
A votre tour, bien cher Emile, ne relisez pas toutes ces œuvres, tant de vers et tant de prose, où manque encore Stella que j'y ajouterai dans peu de jours. — Que de petites choses délicates y a-t-il dans l'âme des Poètes qui les empêchent de se voir aussi souvent qu'ils le voudraient, quand ils s'aiment comme nous? Peut-être craint-on de n'être pas en toute chose du même avis et les délicatesses de l'amitié ont des retours infinis. Vous, le plus charmant, comme a dit notre ami Sainte-Beuve, vous êtes toujours à moi, n'estce pas? Ce ne sera pas pour votre amitié que je dirai comme de tout ce qui passe : Pourquoi? et Hélas! Tout à vous.
El à la fin de la môme année, le 5 octobre :
Nous me désolez, cher Emile, en m'apprenant que vous souffrez ainsi. Mais souvenez-vous que dans la rue Saint- Florentin vous eûtes autrefois une maladie à peu près pareille. On vous donnait des vins fortifians, taches de vous
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rappeler lesquels on choisissait. Si vus .unis pouvaient vniis aborder, si une douce conversation, bien longue el bien paisible, venue du fond du cœur el du fond de l'âme roua était un jour agréable, écrivez moi et j'arrive à Versailles, Si c'est là q ut* vous êtes. — Je vous conjure de ne pas écrire tropsouvenl à des indifférons que voua êtes très malade. Le monde n'esl pas digne îles confidences trop
détaillées. Il en parle froide ot; il se figure qu'on exagère
m maladie. Hélas I comprend-on jamais les douleurs dea
autres? Comprend-on Lion même les siennes ? — l.a distraction de Paris ne vous serait-elle pas meilleure que la solitude? .le ne sais qu'ajouter dans l'incertitude OU vous nous laissez tous. Ce (pion dit alors est de trop où n'est pas assez. Mais vous ferai je mal en vous disant que je soulTre de ne pas vous serrer la main ci vous regarder avec une tendresse fraternelle, pour voir dans vos yeux ce que vous
éprouvez? — Aii m D m Vic.ny '.
I > i ■ même groupe d'amis, le Dauphinois Michel
Pichat (Pichald de son nom romantique), qui ne survivra guère plus de deux ans au triomphe de son Léonidaê, et dont le Guillaume Tell sera représenté
seulement à la veille des journées de Juillet2; — Jules Lefèvre, le poète au front pâle, « génie poé-