Lettres inédites
2. M. Pichat, né en 1786, n'appartient pas à la même génération; mais ses débuta ont été très tardifs. De sa première tragédie, Forma, interdite par la censure (voir les Débats du 18 août 1823), quelques seènes seulement furent insérées dans le» Trois genres, prologue d'ouverture à l'Odéon le 27 avril 1S24: un autre fragment publié dans le second volume de la Musc française . — Léonidas, joué le 20 novembre 182a; Guillaume Tell, le 22 juillet 1830. l'un et l'autre ù l'Odéon. L'auteur était morl le 26 janvier 1828. — Sur lui, voir une pièce d'K. Deschainps. Œuvres, t. I. p. 231 ; K. Biré, liv. cit., p. 336; E. Asse, A. de Vigny elles éditions originales de ses poésies, Paris, Techener, 189a, in-S\ p. 108.
LA Ml SB FRANÇAISE. 81
tique, cœur ingénu1 », grand voyageur aussi cl grand travailleur, que doit rapprocher de Deschamps leur commune passion des littératures étrangères; — Gaspard de Pons, le camarade de yigny à la garde royale, un officier encore que le métier militaire n'a pas détourné de la poésie2. Au
1. Sainte-Beuve, sept. is:i:i. En reprenant cel article pour ses Portraits contemporains, t. 11. Sainte-Beuve ni appel aux souvenirs d'il. Desohamps. Le in octobre 1SG8 : « Mua cher Emile, je voudrais bien vous demander le bon office que voici.
Nul mieux que vous n'a connu Jules Lelevre. Je réimprime sur lui quelque chose d'ancien. Je voudrais le rajeunir. Pourriez-VOUS au courant de la plume, sans vous presser d'ailleurs, et d'une écriture reposée, me donner sur ce poète distingué, laborieux et bizarre voire témoignage.... » Et le 28 octobre : « Je vous remercie, cher Emile, de ces bonnes pages qui me rendent un Jules Lelevre complet II n'était pas de mon temps, ou moi du sien. Je n'avais fait que l'entrevoir sous sa première tonne, et je ne l'avais revu ensuite que tard, quand le volcan était éteinl el que la lave était recouverte de terreau, de plaies-bandes el d'allées sablées. Il avait toujours un beau el vaste Iront. Bn lisant ces précieuses notes, je ne saurais me reprocher de vous avoir imposé une tâche, ainsi qu'à votre secrétaire : un portrait de poète de plus est une conquête sur l'oubli...! » (Lettres inédiles.) — Au temps de la Muse, J. Lefevie n'était encore que l'auteur du Parricide, poème suivi d'autres poésies, Paris. Ainynt. 1823. in-S". En 1825» il donne le Clocher de Snint-Morc, Paris. I". C.anel. in-8D, et l'ode sur la Mort dtt général Foy, Paris. C.anel. in-S". En 1831, il collaboré à la Norma de Soumet (voir l'avertissement de la pièce : poète >i grand entre les poètes... ». écrit Soumet). En 1833, les Confidences, Paris, Dupuy, in-S. dédiées a Soumet, A partir de lSti il signe .Iule- Le Fevre-Deumier. (Voir une étude de l'.arbey d'Aurevilly. Poésie el poètes, Paris. Lemerre. 1006.)
2. En ISIS, Ode sur te Congrès d'Air-la-Chapelle. Paris. DelaUnay. in-S : eu lSI'.i. Constant et Discrète, poème, Paris, \ ve Renard, in-18: en 1820, Louis Mil ait berceau d'Henri IV, suivi de Mulcsherbes. Paris. Pelieier, iu-S : en 1824, Amour. A Elle. Paria, Pelicier. î n- 1 S : en iSJ.'i. Inspirations poétiques, Paris. L. C.anel. in-12. - Sur ses vieux jours, Gaspard de Pons a réuni sei couvres complètes : /idieux poétiques, Paris. Librairie nouvelle. 1800, in-lS. :l vol.: Essais dramatiques, Paris. Librairie nouvelle.
i.a BATAILLE ROMANTIQUE. 6
S^ LA BAf AILLE ROll ANTIQUE.
moment où paraissent les premières livraisons de la Muse, il esl en Espagne ei prend part à la conquête de la Galice; bâtais, dès son retour, il donnera un article de critiqué littéraire (janvier 1824 , ei Vigny rendra compte, en mars, de son volume nouveau : Amour, — A Elle.
Quant à II. de Latouche, il semble déjà <]u'il se tienne, ou qu'on le tienne à l'écart. S. m esprit, naturellement inquiet, n'a pas vu sans aigreur l'importance que prenaient certains <le ges rivaux. e Devancé par quelques-uns de nos confrères dans ses idées «le novateur, écrjt Jules Lefèvre qui l'a bien connu, devancé dans son espoir par leur succès, il cherchait, pour ainsi dire, à s'en venger par d'autres innovations : en courtisant dans la liberté une muse plus romantique et plus sauvage que la leur'. » D'autre part, un mot de son vieil ami Deschamps à Saint-Valry donne à réfléchir : i Vous savez que décidément nous ne mettrons pas dans la Revue les vers de Latouche. C'est une chose convenue avec Victor*. » Et il est vrai que
1861, in-lN. 2 vol. parus seulement, le premier contenant une interminable préface. Biré, qui lui consacre- une notice détaillée, liv. cit.. p. 343, B'exagère l'importance el l'intérôl de cette préface ; en tout cas, on y chercherait vainement •< les
portraits de ses ami-, de criix surtout qu'il avait connus à la Muse française >■. (Biré, p. 345.)
1. J. Le Pèvre-Deumier, Célébrités d'autrefois, Paris, àmyot, 1853, in-12. p. 148. Voir aussi Sainte-Beuve, Causeries du lundi, t. XIII ; ChaudBS-Aigues, les Écrivains modernes de la F ronce, Paris. Gosseiin, 1841, in- 1 S ; II. Deberdt, Un grand exciteur d'âmes. te maître de Balzac et de G. Sand (Revue des Revues, 1er mai 1899); K. Pilon. Portraits français, t. Il, Paris, Sansol, 1906; E. DUpuy, liv. cité.
2. Lettre à Saint-Valry du 12 octobre 1823 (cit. par Biré, p. 3(14). — Latouche avait été le collaborateur d'É. Deschamps
ceci est assez vague, mais une lettre de Nodier du 2o octobre 182.'} apporte quelque précision :
Mon cher Emile, j'ai rencontré Latouche qui m'a paru fort affligé de n'avoir pas reçu de réponse à une lettre qu'il vous a récemment écrite. II veut absolument que je vous explique ce qui peut vous paraître contradictoire dans sa conduite et qui s'explique très bien pour moi. Je sens parfaitement qu'il a pu se croire obligé d'attaquer dans un journal d'opposition les doctrines d'un de nos journaux, sans s'en prendre individuellement à aucun de vos collaborateurs, et particulièrement à nous deux, ses plus anciens camarades. II était surtout bien éloigné de croire que son désir de renouveler avec vous les liaisons d'une vieille amitié pourrait se trouver en opposition avec vos liaisons nouvelles; c'était vous qu'il désirait voir et chez vous qu'il voulait entendre des vers. Vous le connaissez trop d'ailleurs pour supposer qu'il y ait la moindre duplicité dans cette rencontre de circonstances; à coup sûr, Latouche est incapable de tout ce qui ressemble à une fausseté; mais il peut calculer faux et c'est, je crois, ce qui lui est arrivé dans cette occasion où sa position était d'ailleurs fausse ellemême, puisqu'elle le plaçait, comme il l'est toujours, entre ses véritables affections et ses opinions auxquelles il attache aujourd'hui d'autant plus d'intérêt qu'elles sont vaincues. Il veut que j'ajoute que, dans cet état de choses, il l'ait avec un amer regret le sacrifice de vous voir, mais qu'il serait désolé de vous laisser de son caractère un sentiment contraire à ceux que vous lui avez toujours témoi-
pour ses comédies de LS1S. En août 1819, il envoyait en rc^ termes son Ghénier au père de son ami : « .Monsieur, voici le premier exemplaire <le la première édition d'André Chénier; Je voulais vous le porter ce matin; il ne m'a pas été possible. je voua prie de l'accepter comme un hommage de mon respect
et île le lire avec, quelque indulgence.... Les cartons en ont retarde la publication et il y reste encore des fautes.... » (Lettre
inédile.)
Voua reoonoaltrei b cette bôtise de délicatesse l'inspiration à laquelle j'obéis en vous écrivanl cette lettre1....
Il n'es! pas question iei d'un malentendu ou do Froissements personnels, mais de plus graves dissentiments. Quelle que puisse être la reconnaissance des poètes «lu cénacle pour l'éditeur d'André < Ihénier, il y a, entre <mi\ el lui, absolue divergence d'idées. Sur l'essentiel, sur ce qui Intéresse les sources mêmes de l'inspiration, le romantisme, t « - 1 qu'il le conçoit, esl le contraire exactement du romantisme <l<- la Miae '. lia été un des fondateurs du Mercure, c'est lui qui lui a donné son orientation politique, son programme de combat : ceci, pour l'instant, suffirait à en l'aire nu ennemi.
antagonisme ne peut que s'aggraver. Le Création du Mercure a provoqué entre Lefèvre <%l lui une brouille passagère . I><- la pari de Hugo, ce sera bientôt une haine véritable, la guerre déclarée.... Pour LatOtiohe, (Tailleurs, la lutte esl un in. Il peut regretter un moment des amitiés
t. Lettre inédite.
2. Voir la unie à la 2' édition de ses Classiques vengés, Paris. Ladvocat, IS2.">, in-12, p. 30 : •■ On répète assez vulgaireiiieni < j 1 1 *< m ne peut, selon la dénomination des partis, être a la fois Libéraj et Romantique. Il nous semble que ce double
caractère devrait au Contraire, en 1825, appartenir à qui marcherait avec les deux idées de 300 Merle.... „
:i. ■ De ce moment nous commençâmes à ne plus nous eutendre et le trouble pénétra «le plus en plus dans le ménage. Je lui donnais des atia qu'il n'écoutait pas. Il appelait des auxiliaires que je croyais utile de repousser.... V>> discussions
s'aigrirent et je lui quittai la place.... » (Célébrités d'autrefois, p. 144.) — 11 esl à remarquer que. lorsque le Mercure se rapprochera des poètes romantiques, Jules Lefèvre sera l'artisan de cette réconciliation. (Voir Mercure et le XIX' siècle, en tété du tome XI. octobre 1825.)
LA IIU8E FRANÇAISE. 8H
perdues, niais son tempérament batailleur a vite repria le dessus. En octobre 1823. il faisait effort pour se rapprocher de Deschamps; en février 1824,
un article du Mercure sur le livre de Gaspard de Pons lui donne l'occasion d'une assez violente sortie '. Et en juin, Emile Deschamps, sous le pseudonyme de Fontenelle, ayant voulu, dans la Muse, lui faire quelques avances, ses remerciements sont sur ce ton d'amabilité aigre-douce qui lui est habituel :
Mon cher ami, le Fontenelle de la il use ne descend pas de l'auteur de ÏOracle; il n'est pas le petit-fils de ce Normand qui n'ouvrait pas une main pleine de vérités; le votre ouvre la sienne toute remplie d'erreurs. Je suis confus de celles qui viennent de lui échapper. Je ne puis croire qu'il ait fait, à lui seul, tant de perfidies. Je ne lui connais de conditions pour me louer que celle de ne pas me connaître, et je dédie une partie immense de ma reconnaissance et de mon courroux à l'hypocrite interprète d'Emma i....
Avant de collaborer à l'œuvre commune, un bon nombre des jeunes poètes de la Muse avaient déjà vu louis noms figurer ensemble dans les recueils des
1. « Il paraîtrait convenu entre MM. Alexandre S., Alexandre (i.. Gaspard de 1*.. Saini-V.. Vn., Alfred D., Emile D.. Victor II. et quelques autres qu'ils se citeront réciproquement en exemple. Bit pourquoi ces petits primes de la poésie n'auraient--
ils pas fait cette alliance?... • (Mercure, t. IV, p. 382.)
2. Lettre inédite. L'article de la M une est si-ne S. de Fontenelle: la table des matières le porte au nom d'K. Dosehamps. — Latouche l'ait allusion à une élégie de Deschamps. Plainte de la jeune Emma.
Jeux floraux1. La seconde académie du royaume» a, dès !<• début, l'ail meilleur accueil que la première ;in\ romantiques. Par ses concoure, d'abord, ils oui connu la gloire : cela ne s'oublie pas.... Ces ■ brillans cortèges parmi les flûtes <>i les «^uitarcs o amaranthes d'or H ces beaux lys
d'argent • . Ions ces souvenirs du passé : il y a là quelque chose de gentimenl archaïque etoTémou-
1. Voici, dans les Recueils, entre 1814 et 1825, ce qui appartient aux poètes du premîei cénacle. 1814-1816 : Chénedollé, I'- Dante (Ode); A. Guîraud, Marie Stuart (Élégie);
Sou t. Milton (Ode). • 1811 : Chônedollé, le Génie de Baffon
(Ode); .1. il'1 Reeaéguier, Remerciement; les Regrets <Tun jeune guerrier (Élégie). 1818-1819 : V. Hugo, ",/,■ sur le rétablissement de lu statue de Henri IV: les Vierges de Verdun; les Derniers bardes; A. Guiraud, Ode a mon jeune tuai: V Exilé île Hartwell (Élégie); riTj/mcn (Élégie) ; Soumet, Remerciement; J. de Resaéguier, Éloge <;,• démener Jsaure. IN2u : V. Hugo, Moïse sur le .Ml (Ode); /< J<ii:te Banni, Raymond à Emma (Héroïde); les Deux Ages (Idylle)-; !■'. Durand (Durangel), le Génie (Ode); Mme Tastu, In Veillée de Noël. IS2I : V. Bugo, Quiberon (Ode); F. H*.lmondurand (Durangel), '<• Jeune. Poète mourant (Ode); J. de
èguier, Glorvina (Élégie); Éloge de M. P< Alevin- Peitavi; la Mort d'une jeun» fille de village (Élégie). — 1822: V. Hugo, le
tentent dans lapeste (Oie); Durand de Vrandaulmon (Durangel), le Détachement delà ferre (Ode); l'Adieu (Ode) ; Mme Tastu,
A l'étoile de la lyre (Ode): Saint-Yalry, Prière d'un jeune poète à la Vierge (Élégie); Rességuier, la Dernière Espérance; la Consolation d'une mère (Élégie); le Pèlerin. — 1823 : A. S. Saint-Yalry, la Pérouse (Ode); la Jeune Malade (Élégie) ; Diiraiid-Yrandaulrnon (Durangel), la Gloire (Ode); Ode èi V. Hugo; la Vieille France (Ode); le Ruisseau (Idylle): Mme Tastu. le Dernier Jour de l'année a-): le Retour à la chapelle (Hymne); Belmontet, Pierre l'Ermite (Ode); les Petits orphelins (Élégie); le Chien de l'aveugle (Élégie); /<• Pèlerin (Hymne). 1824 : Nestor de Lamarque, les Catacombes de Paris (Élégie); la Pauvre Mère (Élégie); l'Ange des dernières amours (Élégie). — 1825 : Belmontet, Corneille (Ode); N. de Lamarque, la Gloire (Ode), les Mineurs (Élégie); la Harpe aérienne (Élégie).