‹ La bataille romantique (volume 2)Chapitre 77 sur 146 · L XII · texte numérisé non relu

L XII

1831. — GODEFROY GavaignAC. Dubois cardinal, proverbe

histori<iue. — Une Tuerie de cosaques, scènes d'invasion. Paris, VTC Charles Béchet.

— IL BONNIAS. Le 9 Thermidor on la Mort de Robespierre,

drame historique non représenté. Paris, Moutardier.

MÉRY. 1/ Assassinat, scènes méridionales de 1815. Paris, l. Canel.

ls:^. — Une Conspiration de province tirée des Soirées de

Neuilly par If. T. Sauvage, représentée sur le théâtre du Panthéon.

1832. — A. -M. EUXDERER. Intrigues politique» et galantes de la oour de France.... Paris, Gouelin.

— Cordei.ikr-Dki.anouk. Le Barbier de Louit W, tù39-

l'is:t. l'.nis. Mme Charles Uéchct.

IlF.NHY MARTIN. La vieille Fronde, 10'iS. Paris,

Vve Charles Héchet.

— E. D'AnGLEMONT. Le Dur d'Enghien, histoire-drame.

Paris. Mame-Delaunay.

En face du Mercure du XIX0 siècle, organe du romantisme libéral, la Muse française avait porté vaillamment le drapeau du romantisme monarchiste et chrétien. L'événement politique qui provoqua sa fin eut aussi pour conséquence inattendue de préparer le rapprochement des deux factions rivales l.

Chateaubriand a connu le 6 juin 18-21 l'ordonnance royale qui le chassait du ministère. Au lendemain même de ce renvoi brutal, le ministère Yillùle va se trouver en présence d'une opposition royaliste qui s'appuie sur les Débats de Bertin et

1. Quelques faits déjà uni rendu possible ce rapprochement : li' plus important e8t la mort de lord Byron en avril 1824. Voir dans la dernière livraison de l;i Muse l'article de V. Hugo et son parallèle — assez, audacieux mais liés signi-

Bcatif —île Byron et de Chateaubriand. Pendant longtemps, les

poètes de i,i Muse sont restes réfractairés au Byronisme.

dont les libéraux de la Chambre des députés seront les alliés naturels. A part une courte trêve à l'avènement de Charles X, cette coalition étrange de gauche et d'extrême-droite poursuit en parfait accord sa campagne antiministérielle et anticléricale. L'ordonnance du 16 août 1824, le procès du Courrier et du Constitutionnel en juillet 1825, le projet de loi sur la presse de 1827, la supplique de l'académie, le rétablissement de la censure : autant de batailles Livrées en commun1.

Les journaux à la solde du pouvoir, l'Étoile, lu Gazette de France, le Drapeau Blanc, fulminent contre ce « révolutionnaire insensé » de Chateaubriand. En revanche, les petites feuilles indépendantes entonnent des dithyrambes, à chacun des volumes de l'édition complète que publie Ladvocat. La Pandore, à propos des Natchez,\e 14 mars 1827 : . Le succès d'un ouvrage purement littéraire est une chose bien difficile aujourd'hui; c'est au succès ou à la chute des ouvrages fort peu littéraires de nos ministres que tous les esprits s'intéressent.... Cependant, si à la qualité de poète, un moderne Virgile joignait celle de défenseur ardent des libertés, s'il avait souvent consacré son talent au triomphe des vérités utiles pour le monde, s'il avait combattu pour le siècle contre les préjugés d'un autre âge, s'il avait déshonoré le despotisme en le peignant nu et dans sa difformité vaniteuse, s'il avait divorcé avec le pouvoir pour contracter une alliance avec la raison publique, si la disgrâce ne

1. Voir G. Lanson, la Défection de Chateaubriand (Rev. de Paris, 1* août 1(J01).

lui avait point pesé, H si la gloire avait suivi celte noble résiliation, la reconnaissance des citoyens ferait pou/ lui ce que le sentiment littéraire aurait fait à un" autre époque, ce qu'il ne ferait plus maintenant pour un poète, poète seulement.... » Or, il faut se rappeler ce que représente Chateaubriand pour les poètes de la Muse française. Sa chute a été la première atteinte portée à leur ferveur monarchiste.

V. Hugo ne se trompe pas autant que veut bien le dire E. Biré, en faisant remonter son évolution politique à 1827, ou, plus exactement, à la publication de VOile à la colonne de la place Vendôme. Sans doute, il serait puéril d'affirmer qu'à cette date il se détache brusquement de tout son passé. 11 ne S'agit pas de « voir dans l'année 1827 une autre Hégire non moins fameuse que la première », qui marquerait l'instant précis où le poète « désertant les vieilles superstitions monarchiques et sacerdotales », se convertit « aux idées révolutionnaires '... ». Poser ainsi la question, c'est se faire la part trop belle et la démonstration facile. Hugo est royaliste en 1827, il le sera encore en 1829, — mais le royaliste de 1827 n'est plus le royaliste de 1824, et c'est là le point important. Biré s'efforce vainement de prouver que l'ode fameuse ne témoigne d'aucun changement « dans les opinions et les principes politiques de l'auteur », et qu'il ne s'y trouve rien qui puisse être désagréable au pouvoir. Voici le grand argument : l'ode a été publiée par les Débats en Premier-Paris; or« le Journal des Débals, à cette

Page 1