I. K. Biïé, Victor Hugo avant 1830, p
date de janvier-février 1827, es! encore ardemment
royaliste... ». Royaliste oui; mais je ne pense pas qu'il soit ardemment ministériel.
La presse Libérale ne pouvait s'y tromper; elle avait trop intérôl à accueillir cette brillante recrue. à souligner cette adhésion. La Pandore, le 10 février : « Le poète saisit sa lyre; il s'éloigne des routes obscures du romantisme par lui trop longtemps pratiquées ; il se jette dans la voie de la vérité qui est aussi celle du triomphe; il se t'ait le, champion de nos conquêtes et le Simonide de nos revers! Notre langue est maintenant la sienne, sa religion est devenue la nôtre.... »
Les divergences politiques et religieuses s'atléîui.inl ainsi, l'entente devient facile en matière d'art. Si V. Hugo, d'ailleurs, évolue nettement dans le Sens du libéralisme, les libéraux eux-mêmes ont fait, ver- leurs adversaires d'autrefois, la moitié du chemin. Il y avait quelque chose d'étrangement illogique dans la disposition ancienne des partis. Les champions de la pensée libre ne pouvaient s'obstiner longtemps à défendre en littérature ce qu'ils combattaient sur tout autre terrain, à demeurer ici seulement les hommes du passé. Au temps de la Mate déjà, les principes littéraires des Jay, des Jouy, des Etienne paraissaient un peu surannés à la génération nouvelle, d'esprit plus ouvert, d'instruction plus riche. De là, l'effort des Doctrinaires pou» réaliser un libéralisme littéraire, et la création du Globe en septembre 1824'.
1. Voir Th. Ziesing, le Globe et l'école romantique, Zurich 1881. — Ad. Lair, Souvenirs inédits de Dubois (le Correspondant, 25 avril 1900). — Des Granges, la Presse littéraire sous la Restauration,
Une lettre de Théodore Jouffroy à Dubois, le 16 aonl ISJ'i. marque très nettement la position intermédiaire où la feuille nouvelle entend se placer et les principes qui seront les siens : « Voilà notre critique littéraire en bonnes mains; vous la sortirez <le l'ornière sans la populariser et vous prêcherez la liberté littéraire en bon Français; deux choses qui ont besoin l'une de l'autre et qui attendaient depuis longtemps.... Vous allez, le premier chez nous, attaquer les règles avec le bon sens et le bon goût qui ne font qu'un et qui ne peuvent appartenir qu'à la jeunesse : car, en tout, la génération précédente est frappée d'aveuglement et de discrédit1.... » Le 15 septembre, Dubois lui-même précise ce programme : « Deux mots suffisent : liberté et respect du goût national. Ni nous n'applaudirons à ces écoles de germanisme et d'anglicisme qui menacent jusqu'à la langue de Racine et de Voltaire, ni nous ne nous soumettrons aux anathèmes académiques d'une école vieillie, qui n'oppose à l'audace qu'une admiration épuisée, invoque sans cesse les gloires du passé, pour cacher les misères du présent, et ne conçoit que la timide observation de ce qu'ont fait les grands maîtres, oubliant que les grands maîtres ne sont ainsi appelés que parce qu'ils ont été créateurs. »
Cela ne va pas sans beaucoup de réserve et de prudence. Ces néo-libéraux ne sont pas disposés à réparer à la légère toutes les injustices de leurs aînés il'étourderie est leur moindre défaut. Il leur
I. Correspondance de Th. Jouffroy, jxilil. par Ad. Lair. 1908
(cil. par L. Séché, Sniulr-Iiruvc).
manquera toujours d'être des artistes, d'avoir le
sens de la poésie1. Ce sont des critiques d'une loyauté absolue, sans préjugés, détachés de la tradition el de la routine, mais d'imagination nulle. Leur « froide raison presbytérienne2 » répugne à l'enthousiasme. Ils ne sont à Taise qu'avec les versificateurs de second plan. Les audaces de Hugo, « images incohérentes » (4 novembre 1826), T « obscurité fatigante » de Vigny (15 avril 1826), le « genre nuageux », le « mysticisme du cœur » auquel s'abandonne Lamartine (22 lévrier 1825), tout cela inquiète leur espril précis, amoureux de réalité, — «•! d'ordre. En février 1N2:>, Rémusat cherchant à définir Y Étal de la poésie française reconnaît, en tout, trois espèces de lyrisme : la Méditation, la Messénienne, la Chanson.... On songe à la fameuse réplique de Viennetà Baudelaire : « Il n'y a que cinq genres, monsieur! La tragédie, la comédie, la poésie épique, la satire et la poésie fugitive qui comprend la fable, où j'excelle! »
Du moins, n'y a-t-il pas trace de parti pris dans leurs sévérités. Ils ne songent plus à se faire les défenseurs irréductibles d'une orthodoxie littéraire, ils croient au mouvement et à la vie. En janvier 1827, le Globe accueillera les deux articles de Sainte-Beuve sur les Odes et Ballades.
L'évolution du Mercure du XIX" siècle a été plus rapide. En 1823-1824, les jeunes poètes n'ont pas eu d'ennemi plus déterminé : c'est le Mercure qui
1. Voir une lettre de Sainte-Beuve du 31 déc. 1827 (publ. par Lafond, VAube romantique, p. 127). — Sur leurs théories dramatiques, voir ci-dessus : le Théâtre historique et le i-omantisme.