Pub), par Saulaicr, p
2. Un autre breton, ami do Turquety, Evariste Boulay-Paty, le
futur autour d'Elie Meûriàker, a été accueilli chez Hugo avec la même bienveillance. Il écril à un de ses cousins le 23 octobre
182'.) : « Tous les soin indistinctement je suis invité d'aller chez HugO : il y a toujours des gens de lettres de la nouvelle BCOle ou des artistes a s'y réunir, et là, s'il n'y est pas, 8a femme
recuit, elle ne sort presque jamais. C'est une société d'amis, où
l'un est sans étiquette et ou l'on chante à cœur ouvert.... » Publ. par II. Caille, Un romantique de la prrjnière lieure, E. Boulay-Paty, Paris. Ficker, 1907, in-8°. — Boulay-Paty cite encore parmi les familiers de V. Hugo : Mme Tastu, Mme Belloc; Mérimée, Delanoue, Gavé, Roqueplan....
LA BATAILLE HOMARTIQUC. 14
Pour réchauffer le zèle des adeptes et assurer la cohésion, — pour que le bruit aussi s'en répande au dehors, — le cénacle lient ses assises régulières. Avant d'atï'ronter la foule, toutes les grandes œuvres sont présentas à ee public de choix dont l'admiration est volontiers débordante : Cromwell au printemps de 1827 (mars el mai); le 31 mars 1828 la traduction de Bornéo*; en octobre, les Orientales et le Rodrigue d'É. Deschamps. Durant Tété de 1829, les séances se multiplient : le 10 juillet, Marion de Lorme, le 17 Othello, le 10 août dans l'après-midi Marion encore et le .'$0 septembre Hernani. Autant de manifestations enthousiastes : acclamations ci fanfares
Et Victor Hugo, entouré de ses disciples, se sent
I. Voir la lettre publiée par M. E. Dupuy, liv. cit. 1. 1, p. 138. — l'nr Becoode lecture de Roméo a été donnée à la Un de février 1829. C'est ce qui ressort de quelques billets conservés dans les papiers d'É. Desebamps. I>e L. Aimé Martin : « Samedi lm fé\ rier IS2'.i. Monsieur, J'ai bien des regrets à vous exprimer. Tous les lundis, tous les vendredis, je fais jusqu'à neuf heures et quart une leçon s l'Ecole polytechnique. Je ne pourrai donc entendre probablement que les derniers actes de Roméo. Mais je les entendrai, car il m'est impossible de renoncer à cette espérance. Aussitôt donc ma leçon terminée, je prendrai le chemin de la rue de Villelévèque.... » De Prosper Mérimée : «20 lévrier 182!). J'ai l'honneur de présenter nies compliments à Monsieur Emile Desehamps et de le remercier du plaisir qu'il me fait en m'invitant ù la lecture d'une pièce que je désirais vivement connaître.... » Enfin de Victor Hugo : « Je ne pourrai être des vôtres, cher Emile, el c'esl un vrai chagrin pour moi. Tout ce que vous allez donner à vos hôtes de douce amitié et de belle poésie, j'y vais songer ce soir; mais, hélas! je n'en prendrai ma part que de loin. Mettez-moi aux pieds de Madame Aglaé, ma femme l'embrasse, et moi je vous aime. Victor. » (Lettres inédites.)
2. Lettre de V. Hugo du 18 avril 1828. — A la lin de 1820, le 24 décembre, lecture des Contes d'Espagne et d'Italie.
devenir Dieu. Il s'est habitué sans peine à l'adoration, c'est maintenant un besoin. Si caressant quand il veut plaire, une simple contradiction, la moindre blessure à son amour propre le mettent hors de lui. Pour un article de journal qui lui a déplu, il a de véritables accès de fureur. Au reste, ses familiers ne s'en émeuvent guère ; certains même s'en amusent. « Croiriez-vous, écrit Turquety, que, pour quelques mots défavorables à Hugo qui ont été mis dans la Quotidienne dernièrement, dans un article signé J. J. (Jules Janin, auteur de la Femme guillotinée), Hugo a menacé de le faire périr sous le bâton? Sainte-Beuve brandissait une clef qu'il tenait à la main, en prononçant des invectives '.... »
Charmantes scènes de famille! Mais, face au public, il retrouve sa majesté et sa sérénité triomphantes. Avant tout, il tient à remplir son rôle, à faire fonction de chef. Il se considère comme investi d'une sorte de dignité officielle....
En novembre 1829, il n'est bruit à Paris que de la mort lamentable du poète Charles Dovalle, tué en duel à l'âge de vingt-deux ans. Hugo a fort peu connu ce jeune homme, mais l'occasion est belle de traduire les sentiments de tous, de parler au nom de l;i poésie. En tète du recueil posthume que publie Ladvocat, il écrit une préface, et cette préface est un manifeste véritable, — une proclamation-. Avec une mélancolie noble, le maître s'incline sur cette tombe; en général qui sait la valeur de ses soldats,
1. l'tibl. par F. Saulnier, p. 83. — Cf. dans la Correspondance la lettre & Nodier du 2 aov. 1829.
2. Le Sylphe, Poésies de feu Ck. Dovalle, Paris, Ladvocat 1830, in-8°.
il pleure ces belles espérances si tôt flétries.... El bientôt, l'c'niotion l'emporte, il pleure sur lui-même! Ce malheur imprévu lui révèle surtout ce qu'il y a <lr cruel (huis su destinée jiropre : « Sans doute, c'est pitié «le voir un poète de vingt , ans qui s'en va, une lyre qui se brise, un avenir qui s'évanouit; mais n'est-ce pas quelque chose aussi que le repos? » Ne doivent-ils pas envier les disparus, ceux contre qui s'amassent tous les orages : « calomnies, injures., baînes, jalousies, sourdes menées, liasses trahison-!... Invideo, disait Luther dans le cimetière de Wnnns, invideQ qUÎQ ijuiescuntl... » Quand reposera-t-il à son tour?
En attendant) il profite de celte circonstance pour proclamer une fois de plus ses principes. Il reprend les idées de la préface deCromwell, mais avec une précision nouvelle. Nettement et sans réticences, il affirme ce qu'il suggérait seulement en 1827 : la révolution et le romantisme sont solidaires, celui-ci est aussi fécond que celle-là, — et il arrive à celle formule eh quoi se résume et s'achève toute révolution politique et littéraire de ces dernières années : « le romantisme, tant de fois mal défini, n'est à tout prendre, et c'est là sa définition réelle, que le libéralisme en littérature1 ».
Ainsi organisé, le romantisme est une véritable force d'accaparement. Il est naturel que l'on s'inquiète de ses appétits. « Décidément, écrit