‹ La bataille romantique (volume 2)Chapitre 92 sur 146 · Comp. la préface de Hernani (!) mars · texte numérisé non relu

Comp. la préface de Hernani (!) mars

l'unité ROMANTIQUE et le cénacle. 213

Edouard d'Anglemont en juin 182'.), il nVst, plus permis de publier des odes, d'arriver ô l'improviste èl sans coterie, au milieu du (ji-divl rèt/ne li/rù/ue de la France!... » Ce n'est pas qu'il veuille se poser en champion des classiques. Le romantisme, d'abord, 1 avait séduit; mais il en est resté au romantisme de 1823, à l'admiration de Soumet et de Guiraud. et, avec amertume, il suit du regard les progrès de l'armée conquérante, à laquelle il a cessé d'appartenir : « Du domaine poétique, ils ont tout pris! » Et ils ont le front de s'en faire gloire. La préface des Etudes françaises procédait déjà à la distribution des grandes provinces du royaume de poésie; ce sont maintenant autant de royautés constituées : « Le premier d'entre eUS, peintre à touches larges et savantes, à luxe prodigieux de couleurs, enlumine quelques pieds de toile et s'écrie : Ceci est l'Orient! L'Orient est à moi! N'y touchez pas! Et les thuriféraires de battre des mains et de dire ; C'est vrai!... A son exemple, un autre s'est rencontré qui a dit au maître : Laisse-moi la poésie espagnole, je veux faire des romanceros, je veux être Castillan!... Un troisième, à qui le poème a été adjugé, homme d'un grand talent en prose, et qui a du drame en tête, voyant tous ces gros in-8 ", a voulu avoir aussi le sien, il a rassemblé les membres épars de son corps de poèmes, il les a lancés au public en B'écriant : Voyez ' !... » Ainsi, les généraux de Napoléon se partageaient l'Europe.

I. Préface des Légende* françaises, Paris Ihircuil. 1829, in-8'. — Coin p. la préface de le Duc iTEngfden, histoirè-àtome, Paris, Hame-Delaunay, 1832 etceUe des Nouvelles légende* françaises, ibid., 1833. — Sur K. d'Adgleradttt, voir K. ksse, lei Petit* Romantiques.

Hugo ne daigna pas relever les attaques d'E. d'Anglemont. Par contre, rarticle de Latouche, en Octobre, le blessa profondément '. C'estque Latouche est le vieil ennemi. Au temps de la Muse déjà, il raillait durement ces petits //rinces de In poésie*, et son antipathie n'a pas désarmé. Elle a des causes assez complexes : des divergences politiques, un peu de jalousie et d'amertume à l'égard de ces jeunes gens qui se posenl en novateurs et ont pris la place à laquelle il croyait avoir droit, surtout cette inquiétude d'esprit qu'il ne dépouillera jamais, cette humeur bougonne, ce besoin d'être désagréable, — pour le plaisir.... L'évolution de Hugo et de ses amis n'a rien changé à ses sentiments. Il est, en face des admirations béates, l'esprit de révolte. Et quelle ingéniosité malicieuse! Ce- railleries, à la veille précisément de la grande bataille, quand les troupes romantiques vont avoir à donner la mesure de leur enthousiasme !... « Tout s'assombrit autour de nous, » écrit Victor Hugo à Sainte-Beuve3.

L'auteur d'Hernarii est à un de ces moments où l'on juge sans optimisme. A dire vrai, ses inquiétudes ne se justifient guère. Un article de revue ne peut rien contre l'école, — et elle n'aura pas à craindre davantage le lourd pamphlet d'A. Jay'%

1. La Camaraderie littéraire (Revue de Paris, octobre 1829). — Voir la riposte de G. Planche : la Haine littéraire (Rev. des Deux Mondes, novembre 1831). — De Sainte-Beuve, au tome II du Livre des Cent un. 1831 : les Soirées littéraires ou les poètes entre eux.

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