‹ La bataille romantique (volume 2)Chapitre 96 sur 146 · Lettre eitée par M. E. Dupoy, p · texte numérisé non relu

Lettre eitée par M. E. Dupoy, p

AVIONI DESCHAMPS

Emile et Antoni Deschamps, les deux noms demeurent inséparables, gloires véritablement fraternelles. Non pas que leurs esprits soient d'égale portée; mais différents d'aptitudes et de goûts, unis cependant dune affection profonde, ils marquent nettement les tendances diverses de leur temps. La vivacité de l'un, sa curiosité toujours en éveil, le génie tourmenté de l'autre, d'une sincérité poignante : ce sont les deux aspects du romantisme.

L'amour de la poésie est, dans leur maison, comme un héritage de famille. Leur père, Jacques Dischamps de Saint-Amant, ancien receveur général du Berry, a toujours professé un véritable culte pour les lettres, et, en particulier, pour l'art dramatique. Année par année, il a dressé, sur un cahier conservé actuellement à la bibliothèque de Versailles, un répertoire des pièces jouées sur les différents théâtres de Paris. Le travail est fait avec

un soin minutieux. Du Théâtre-Français jusqu'aux Bcènes les moins importantes (Cité- Variétés, Théâtre national, Théâtre patriotique, Victoires nationales), rien n'esl oublié : les nouveautés, les reprises, le nombre de représentations, les incidents divers. Avec cela, des observations rapides sur les œuvres principales. A propos de YHamlei de Ducis, le .'in septembre 1769 : « Cette tragédie, mal conduite, est. en général, écrite avec énergie; on y trouve de superbes tirades, des traits sublimes; l'auteur a l'ail un pas de géant dans la carrière depuis huit mois; il ira loin ». — Le 30 juillet 1770, pour la première de la Veuve du Malabar de Lemierre (6 représentations) : « Cette tragédie, mal jugée d;i n- -a nouveauté, doit obtenir à la reprise le plus grand sucres ... Kl le -J!) avril 1780, pour une reprise qui donne 31 représentations, ces simples mots : « .le Taxais prédit ».

Quand la République lappela de Bourges à Paris, au poste de chef de l'enregistrement el, des domaines, le salon de Jacques Deseliamps s'ouvrit

très large nt aux artistes et aux poètes. Ce fut,

pendant plus de vingt ans, comme une sorte de cénacle. Auprès de poètes attachés au passé, quelques jeunes gens essayaient leurs forces, Vigny dont les parents habitaient une maison voisine, Saint-Valry, Hugo.... Leurs audaces parfois lui faisaient froncer le sourcil; mais il n'était pas de ces vieillards hargneux qui répugnent, par principe, à toute nouveauté. Personne plus que lui n'était heureux de découvrir les talents naissants et de les encourager de ses conseils. Emile Deschamps nous a dit avec quel frémissement il vit un

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jour entrer chez son père Alexandre Soumet, le grand Alexandre, le jeune Dieu en qui semblaient s'incarner les espérances de la nouvelle génération poétique. Anloni a gardé aussi le souvenir de ces réunions :

Soumet, Alfred. Victor. Parseval, vous enfin

Qui dans ces jours heureux vous teniez par la main.

Rappelez-vous comment au fauteuil de mon père

VOUS veniez le matin, sur les pas de mon frère,

Du feu de poésie échauffer ses vieux ans

El sous les Heurs de mai cacher ses cheveux hlancs.

Les plus jeunes vantaient Byrou et Lamartine,

Kt frémissaient d'amour à leur muse divine;

Les autres, avant eux amis de la maison.

Calmaient cette chaleur par leur froide raison,

Kt savaient chaque jour tirer de leur mémoire.

Sur Voltaire et Lekain quelque nouvelle histoire,

Kt lecieur tout ému d'un innocent plaisir.

Avec les jeunes gens se sentaient rajeunir'....

lui décembre 1819, les frères Hugo commencent la publication du Conservateur littéraire; les deux Deschamps figurent au nombre des rédacteurs. Antoni cependant ne doit pas jouer tout d'abord, dans la lutte qui s'engage, un rôle bien important. Il n'a pas ces qualités aimables qui appellent autour de son frère toutes les forces vives de l'école naissante : cette facilité d'esprit et de caractère, cette amabilité banale mais ingénue, cette bonne humeur toujours souriante à la faveur de laquelle s'apaisent, entre ces jeunes gens, les dissentiments inévitables. pie neuf ans plus âgé, Emile restera jeune jusqu'à ses derniers jours: Antoni ne l'a jamais été. Sa réserve un peu hautaine n'encourage pas à la familiarité; mais ceux qui l'ont connu, même ses

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