‹ La bataille romantiqueChapitre 119 sur 139 · Odes funambulesques (Mort de Shakspere, janvier · texte numérisé non relu

Odes funambulesques (Mort de Shakspere, janvier

turés dans le groupe, mais ils n’y resteront pas. La bohême de Murger n’est plus la Bohéme galante de Gérard et elle ignore les ardeurs naïves des Jeunes-France ; elle n’a plus cette faculté d'enthousiasme, cette générosité, cet amour de l’art et surtout de la poésie. Cette jeunesse est tapageuse, mais n'est pas étourdie. Elle tient à se faire une place. Aussi s’attaque-t-elle, de parti pris, à tous ceux à qui sourit le succès; elle en veut aux écrivains dont les livres se vendent, aux auteurs dramatiques dont on joue les pièces, aux critiques dont l'influence peut se monnayer. « Pour arriver à leur but qui est parfaitement déterminé, tous les chemins sont bons, dit quelqu'un qui les connaît bien et qui s’imagine faire leur éloge... Leur ambition bat la charge devant eux... ils attellent l'audace à leur talent...’ » et, si le talent fait défaut, l’audace ne manque jamais.

Dans l’ensemble, c’est une école de médiocrité, médiocrité de sentiments et médiocrité d'esprit. En tout cas, la cause de la poésie n'a rien à attendre de son appui. Les réalistes qui font ici leurs premières armes seront pour le lyrisme ou, comme on dit alors, pour l'école fantaisiste, des adversaires aussi déterminés que les écrivains bourgeois ou sociaux.

Dès les premières nouvelles de Champfleury, il n’y

1. Murger, Préface de la Vie de Bohême. — Voy. aussi les Avenlures de Mademoiselle Marielle.

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a pas à s’y tromper. Ces blanchisseuses «aux mains rouges », ces lingères, ces ouvriers, ces bourgeoïs besogneux, ces gens de petits métiers avec leurs appétits vulgaires et leurs médiocres amours!, rien de plus éloigné du monde chimérique qui hantait l'imagination de Banville ou de Gautier. Il y a opposition irréductible. Les sympathies personnelles n’y changent rien, pas plus que les dédicaces ferventes — et sincères — du débutant aux maîtres consacrés. Peu importe que luimême, d’abord, ne s’en aperçoive guère. Quand il ne se force pas à admirer, son esprit net est, par nature, réfractaire à toute exaltation. Les ridicules des modes poétiques lui sautent aux yeux : « N'êtes-vous pas poitrinaire? — Et vous-même, mon bon monsieur? — Moi j'en vends! — Moi j'en mange?! »

On a cité souvent cette phrase de 1848 : « Dernièrement, la jeune école qui pousse a traité très durement Théophile à cause de moi, ce qui m’a fait un grand tourment. Je lui suis redevable de tout, du bruit qu'a fait mon nom et je ne veux pas être un ingrat*. » Il est vrai que ces lignes font honneur à tous deux... Pourtant, elles ne sont pas très chaleureuses. Je ne veux pas être un ingrat : on peut trouver ici la fidélité courageuse à un protecteur, la reconnaissance d'un disciple, — tout ce que l’on voudra, sauf un témoignage

1. Voy. E. Bouvier, la Bataille réaliste. Paris, Fontemoing. 2. Chien-caillou.

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