‹ La bataille romantiqueChapitre 120 sur 139 · Troubat, Sainte-Beuve et Champfleury, p · texte numérisé non relu

Troubat, Sainte-Beuve et Champfleury, p

d’admiration littéraire. Avec ceux qu’il appelle encore ses maîtres, Champfleury ne peut rien avoir de commun que certaines antipathies et certains souvenirs.

En revanche, les paradoxes de Stendhal le ravissent : il s'applique à imiler ses formules dédaigneuses. La préface du Réalisme, en 1857, donnera en toute franchise son sentiment : « Je n'ai point de style, mais je pense tout ce que j'écris (Stendhal, lettre de 1825)... J'aime la poésie, mais je ne la comprends que l’esclave de la musique. Alors, elle disparaît presque complètement... J'aime la poésie populaire avec ses rimes en gros sabots et ses sentiments naturels. J'aime encore la poésie domestique, la chanson d’après diner, les malices grivoises ou sentimentales de Béranger, Désaugiers et Bérat... Ils sont deux ou trois cents qui, tous les ans, poussent régulièrement le même cri : La poésie est morte! Allons, tant mieux! se dit l’honnête homme". »

C’est au premier Corsaire que Baudelaire, en 1838,

1. Réciproquement les poètes témoignent leur horreur du réalisme. Voy. Mademoiselle de Maupin : « Où est la nécessité que l'on fasse le portrait de quelqu'un qui a un groin de porc ou un mufle de bœuf, et que l’on recueille les billevesées d’un manant que l’on jetterait par la fenêtre s’il venait chez vous?... » (II, p. 77), — et dans les Odes funambulesques : Bonjour, Monsieur Courbet de 1854 et Réalisme de 1857.— Trois ans plus tard, la Revue fantaisiste de Catulle Mendès mènera le combat (voy. l’Introduction), en attendant que Fantaisistes et Impassibles se rejoignent au Parnasse contemporain.

avait fait, en compagnie de Levavasseur, ses premières. armes‘. Il y revint en 1845, à peu près en même temps qu'il débutait à l’Artiste d'Arsène Houssaye:. Celui-ci encore était une recrue dangereuse. Pour d’autres raisons. Ses sympathies ne pouvaient être douteuses : un artiste puissant et délicat comme lui n'abandonnerait pas les droits de l’art pur. Mais il faut compter toujours avec son horreur de toute discipline, ce désir d’étonner..

C’est, chez lui, comme un besoin naturel. De là, ses boutades successives. S'il a d’abord professé l’admiration de Petrus Borel et des Jeunes-France, il n’a pas tardé à s’en dégager. Parmi les artistes de Bohême, il affecte des allures de dandy. Il a adopté une tenue immuable, d’un goût sobre mais personnel, le chapeau haut de forme, les souliers découverts, le pantalon de: casimir noir, le gilet montant haut, la cravate foulard négligemment nouée et cet habit dont il a étudié le

1. En ce temps-là, Ponsard encore inconnu, on se moquaïit de- Casimir Delavigne :

Il fut toujours fort bien en cour, Même en cour citoyenne, On dit, le bruit fâcheux en court, Qu'il fit la Parisienne ; Avec l’École des vieillards, Il amassa quelques milliards De liards.. »

(Cit. par Crépet, Charles Baudelaire, p. 21.)

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