‹ La bataille romantiqueChapitre 25 sur 139 · Cité par Ernest Dupuy, Alfred de Vigny, t. IE, p · texte numérisé non relu

Cité par Ernest Dupuy, Alfred de Vigny, t. IE, p

2, Dans cet article des Débats (1° novembre 1833), Dumas était

violemment pris à partie pour ses plagiats. Or Hugo avait été l’introducteur de Cassagnac aux Débats; il avait eu connaissance de l’article avant l'impression : sa responsabilité était difficile à dégager.

3. En lui, les amis de Hugo voient le rival dangereux, ils ne le

L'ÉCOLE ROMANTIQUE APRÈS LA VICTOIRE. Dr

ser enrôler : l'unité romantique est bien compromise. j{ Le chef s'est élevé trop haut pour avoir désormais auprès de lui autre chose que de dociles admirateurs. Ceux-ci d’ailleurs ne lui manquent pas. « Une vaillante jeune garde, composée de capitaines, écrira dans ses Confessions Arsène Houssaye, s’avançait sur les ruines, je pourrais dire sur les trahisons du cénacle'. » Par malheur, ces jeunes capitaines ne valent pas l’ancienne armée. Leur vaillance est désordonnée. Il leur manque cette sincérité profonde, cette ardeur de conviction. Ils ne rêvent plus de réformer la poésie : la plupart sont

ménagent pas. D'une lettre inédite de la duchesse d’Abrantès à Hugo, le 13 décembre 1835 : « Quel est le nom qu’on peut vous opposer? Lamartine? Oui, sans doute, voilà celui qu’on va mettre en regard de vous. Eh bien, je deviens alors outrageante pour un talent assez beau pour se contenter de sa part, mais qui s’efface, dès qu'il veut, dans son orgueil, s’asseoir sur le trône où je ne veux que vous, et cela par justice. Qu'est-ce qu’un poète? Un homme qui fait des vers? Non, non! A ce compte-là, d’Anglemont le stupide est un poète. Nul ne sait rimer comme lui. Mais ce n’est pas la versification qui fait le poète, c'est la pensée! A propos de Lamartine, le plus beau fleuron de sa couronne, c’est l'Ode à Bonaparte. Eh bien, vous vous rappelez cette expression qui a fait dire : enfin, voilà une belle pensée! «Jl est là. Sous trois pas un enfant le mesure!» J'avais été dans l'admiration de cette phrase, mais voilà-t-il pas qu'en lisant hier au soir Selma, les Chants de Selma d'Ossian, je trouve littéralement la même pensée, la même expression. Mettez cela dans une note et voilà l’auteur de La mort de Socrate bien peu digne de concourir avec l’auteur des Feuilles d'automne! Y'auteur de Napoléon 11! l'auteur des Ballades! l’auteur des Orientales ! et de Notre-Dame de Paris, conception gigantesquement belle et où la critique est demeurée muette?» 1. Confessions, t. I, p. 29r.

architectes, peintres ou sculpteurs; ils aiment le vacarme, les cris, la lutte pour le plaisir de lutter. Recrutés pour un service spécial, ce n’est guère que dans une salle de spectacle, au soir des grandes batailles, qu'ils se sentent une âme commune. Et V. Hugo est heureux de pouvoir, à l’occasion, déchaïner leurs enthousiasmes tumultueux. Cet encens de qualité grossière ne lui déplait pas; mais, entre eux et lui, il ne peut y avoir intimité véritable. Le culte qu'ils professent à son égard est un culte de parade, plus bruyant que sérieux. [ls en veulent férocement à ses ennemis, mais leur admiration ne va pas à ce qu'il y a, dans son œuvre, de plus profond. De son côté, il se tient sur une certaine réserve. V. Pavie nous le montre, dans son appartement de la Place Royale, impassible parmi leurs cris. Il affecte — pour se distinguer sans doute — la tenue la plus stricte : Napoléon au milieu de son étatmajor !.* |

On a conté souvent les exploits de cette jeunesse. A distance, cela vraiment est puéril. Rien n’est fatigant comme cette extravagance laborieuse. Une recherche

1. « Il fallait toute la majesté olympienne de Victor Hugo et les tremblements de terreur qu’il inspirait, pour qu’on lui passât son petit col rabattu — concession à Joseph Prudhomme — et quand les portes étaient closes et qu’il n’y avait là aucun profane, on regrettait cette faiblesse d’un grand génie qui le rattachait à l'humanité et même à la bourgeoisie! Et de profonds soupirs s’exhalaient de nos poitrines d'artistes! » (Th. Gautier, Histoire du romantisme, p. 52.)

continuelle de la fantaisie, dans le costume, dans les façons de penser, dans le langage. Une application acharnée à manquer de bon sens et, sous couleur de mépriser les gens, un besoin naïf de s'imposer à leur attention. Tous les genres de cabotinage, le dandysme de Houssaye, les brandebourgs de Gautier, le gilet à la Robespierre de Pétrus Borel. Et ce contentement de soi!

Quant à leurs idées, elles se réduisent à peu de chose : culte exclusif de l'art. Pour toute doctrine, le mépris des bourgeois, des conventions bourgeoises, de l’utilitarisme bourgeois, la haine des commerçants, des propriétaires, des concierges, des académiciens et de Louis-Philippe. Sur ce point, Bousingos et Jeunes France sont d'accord. On pense de même à la rue du Doyenné et, tout en haut de la rue Rochechouart, au fameux Camp des Tartares; dans les ateliers et à la rédaction des petites revues éphémères, l’Ariel, la Liberté des Arts, l'Ane d'or, le Don Quichotte.

Il faut les voir, dans le Pandæmonium de Philothée O’Neddy, « pachalesquement étendus », à la lueur des. flammes vertes du punch,

En barbe Jeune France, en costume d’orgie….

Ce sont les révoltés, les servants de l'idéal,

1. Voy., dans la Revue crilique de Lassailly, la comédie des Taupes, satire antibourgeoise.

les cœurs prompts à s’armer De haine virulente et de pitié morose Contre la bourgeoisie et le Code et la prose!

Avec une verve féroce, Pétrus Borel trace le portrait de l’ennemi : « Front déprimé ou étranglé comme par des forceps, cheveux filasseux, de chaque côté des joues une lanière de couenne poilue, un col de chemise ensevelissant la tête et formant un double triangle de toile blanche, chapeau en tuyau de poêle, habit en sifflet et parapluie. » — « Mon républicanisme, dit-il encore, c’est de la lycanthropie... Je suis républicain parce que je ne puis pas être Caraïbe?... »

Amusements de rapins, charges d'atelier. Il est tout à fait excessif de découvrir ici des symptômes de décomposition morale. En dépit de leur cabotinage, ces jeunes poètes orgiaques sont les meilleurs fils du monde, et les plus paisibles, — et bourgeois beaucoup plus qu'ils ne pensent sous leurs oripeaux. Ils sont les fils de cette société contre qui se hérissent leurs colères. Ils clament leur dégoût universel, ils mènent à des suicides pittoresques des héros conçus à leur image, Champavert ou Trialph*; mais eux-mêmes s’accommodent de vivre. Escousse et Lebras qui se sont tués

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