UE AT TA PR EN PE
Le
LA
L'école romantique avait salué dans les journées de juillet le triomphe de son idéal. En politique, comme en poésie, commençait le règne de la liberté ; les poètes frémissaient d'enthousiasme.
La désillusion fut prompte. Le ministère Dupont de l’Eure constitué, Thiers proclame dans le National que tout est pour le mieux désormais et qu’il ne reste plus de bastilles à conquérir : il a quelques raisons — personnelles et de parti — de n'être pas mécontent. Mais tous ne partagent pas son optimisme. Le succès des Doctrinaires ne peut être considéré comme un bonheur national ou comme une victoire de l'esprit révolutionnaire. Certains avaient rêvé autre chose, qui peuvent se croire dupés.
« Il serait à désirer, écrit Rey-Dussueil, que Henri Monnier, avec la verve spirituelle qu’on lui connaît,
s’amusat à esquisser un homme du 29 juillet disant à un homme du lendemain : Faites-moi la grâce de m’apprendre ce qu'est devenue la révolution. Et l’autre la lui montrerait, soigneusement ficelée et empaquetée, dans la poche d’un doctrinaire. C’est qu’en effet jamais révolution ne fut plus subtilement escamotée. » — « Il en coûte cher, ajoute Henri Martin, pour apprendre que les Mazarins ne meurent jamais », et Auger s'amuse à broder des variations nouvelles sur la vieille histoire de Bertrand et Raton:.
Pour une fois cependant, Raton ne semble pas disposé à la patience... Le peuple avait eu peu de part aux préliminaires de la lutte. Dans les conflits engagés, il semblait même ne pas être question de ses intérêts. Carrel parlait encore, le 22 juillet, de ces « couches inférieures de la population, où l’on ne rencontre plus d'opinions, où il se trouve à peine quelque discernement politique » (National)... Or, voilà que brusquement, dans l’action, s'était réveillée /a grande Populace, celle d'autrefois. Elle réclamait ses droits. Ignorante des subtilités de la politique, elle avait peine à croire que son bonheur pût tenir à un changement de monarque et que l’œuvre fût achevée. Elle attendait, étourdie encore, mais frémissante.
1. Rey-Dussueil, La fin du monde, Paris, Renduel, 1830 (Préface) ; — Henry Martin, La vieille fronde, Paris, Vve Ch. Béchet, 1832 (Préface); — IH. Auger, Moralilés, Paris, chez l’auteur, 1834 (L21l/ p:97).
sh ir TE 15 € à
L'activité des sociétés secrètes, les agitations de la rue, la propagande républicaine, les émeutes continuelles : tout disait son impatience; et la jeunesse, d'instinct, communiait avec elle. Le ministère Dupont de l'Eure et le ministère Laffitte s’efforçaient en vain de rétablir la confiance, — ou la résignation. Les doctrinaires, de toute leur éloquence persuasive, célébraient les bienfaits de l’ordre. Leur éloquence n’y pouvait rien. Des aspirations nouvelles se dégageaient, que n'avait pas prévues le parti libéral, plus menaçantes peut-être pour les vainqueurs que pour les vaincus.
La littérature ne pouvait échapper à cette fièvre. Je ne parle pas seulement de quelques odes nationales, ou des colères de Barbier. Il y a quelque chose de plus intime et de plus secret, une sorte d'inquiétude intellectuelle et morale :
Les ténèbres partout se mêlent aux lueurs ‘.…
Admirable époque pour les fondateurs de religions et les constructeurs d'utopies.
Sous le masque du libraire Samuel Bach, Th. de Ferrière se moque de leurs fantaisies idéologiques : « Vous voyez d'ici le pays que j'habite, c’est un pays merveilleux ; j'y suis à ma fenêtre tout le jour; j'y vois passer, non pas des robes bleues ou jaunes, des habits