Hugo, Chants du Crépuscule
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noirs ou bleus, mais des systèmes et des idées et des semblants d'idées ; des idées de toutes sortes, sublimes, grotesques, en déshabillé, en toilette, en caricature ; les rues en sont pleines et je ne me lasse pas de les regarder. Ce sont les oiseaux de ce pays-là. Les nationaux passent leur temps à les poursuivre. Quand ils les atteisnent, ils leur attachent à la patte un petit papier qui porte leur nom, puis ils crient de toutes leurs forces pour les faire s'envoler le plus haut possible. Il y a tel de ces oiseaux qui porte jusqu’à 50 noms et l’on serait bien embarrassé de dire à quel maître il appartient‘... » La raillerie est facile, d'autant que les prophètes ne la redoutent pas. Un peu de ridicule force l'attention : et les Saint-Simoniens arborent fièrement leur tunique bleu de ciel, barrée de l’écharpe rouge?, tandis que la jeunesse républicaine revient au gilet à la Robespierre :. |
Cette inquiétude gagne ceux-là même qui sembleraient le mieux en garde contre ces préoccupations. Sainte-Beuve qui, en 1827, reprochait au romantisme ses origines royalistes et qui apparaissait un héritier du dix-huitième siècle est, aux environs de 1830, en
1. Th. de Ferrière, Il vivere, par Samuel Bach, libraire, Paris, Bureaux de la France littéraire, 1836, p. 52.
2. Rey Dussueil, Liv. cit., ch. vuir (Les Sectaires); — E. Delécluze, Souvenirs de 60 années, p. 460 et suiv.; — Ctesse Dash, Mémoires des autres, t. IV, p. 52.
3. Th. de Ferrière, Liv. cit., ch. 11, Ideolo, p. 67 et suiv.
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L'ÉCOLE ROMANTIQUE APRÈS LA VICTOIRE. à
pleine crise de mysticisme. Il affecte un détachement littéraire assez inattendu : « Je tiens très peu aux opinions littéraires... Ce qui m'occupe sérieusement, c’est la vie elle-même, son but, le mystère de notre propre cœur, le bonheur, la sainteté... »
Par malheur, un esprit lucide ne suffit pas à résoudre des problèmes de cet ordre. Il y faut autre chose, qui lui manquera toujours. Incapable de s'arrêter à une croyance ferme, dégoûté du présent, inquiet de l’avenir?, il traverse toutes les chapelles; il choisit dans le catholicisme, le piétisme, le jansénisme, le martinisme‘. Îl rend grâce au Père Enfantin, qui lui a révélé l'importance du principe d'autorité et du principe religieux ‘; il subit l'influence de Lamennais et de l'abbé Gerbet, en même temps d’ailleurs qu’il donne au National d'Armand Carrel des articles dont le sans-cu-
1. Lettre à l'abbé Barbe, 30 mai 1830. — Cf. L. Séché, Sainte- Beuve, Paris, Mercure de France, 1904 ; — G. Michaut, Sainte-Beuve avant les lundis, Paris, Fontemoing, 1905.
-2. Dans un article sur Diderot, il parle de « l’affligeant spectacle de la société environnante : tant de misère et de turbulence dans les masses, un si vague effroi, un si dévorant égoïsme dans les classes élevées, les gouvernements sans idées ni grandeur, des nations héroïques qu’on immole, le sentiment de patrie qui se perd et que rien de plus large ne remplace, la religion retombée dans l’arène d’où elle a le monde à reconquérir, et l’avenir de plus en plus nébuleux, recélant un rivage qui n’apparaît pas encore. » (Portraits littéraires, t. 1, p. 241.)