‹ La bataille romantiqueChapitre 31 sur 139 · Débalis, 1°’, 17, 26 novembre · texte numérisé non relu

Débalis, 1°’, 17, 26 novembre

3. Campagne dans La Presse, en 1838, à l'occasion des débuts de Rachel. — Voy. ses Œuvres lilléraires, Paris, Lecou, 1852.

Janin est un esprit léger et Cassagnac ne peut avoir un grand crédit : il est trop évidemment son obligé.

Un autre symptôme encore de réaction : les nombreux articles et les préfaces qui traduisent des préoccupations à la fois littéraires et sociales. En face du lyrisme individualiste de G. Sand, et sans rivaliser en rien avec les fresques puissantes de Balzac, de jeunes romanciers avides de succès orientent le roman vers la peinture des mœurs moyennes. Quels que soient la vogue des petits croquis de Paul de Kock et l’agrément qu'une clientèle spéciale continue à y goûter, la vie commune peut inspirer des études plus profondes et d’une vulgarité moins choquante.

Pourquoi le roman historique s’en tiendrait-il aux époques révolues? N'est-ce pas un anachronisme inadmissible? « L’aristocratie et le clergé n'existent plus

1. Celui-ci certes a tout ce qu’il faut pour plaire à la petite bourgeoisie dont il est le parfait représentant : d’abord son absence complète de sens littéraire et de style. « Paul de Kock, note Th. Gautier (Portraits contemporains), avait cet avantage d'être absolument pareil à ses lecteurs... », ce qui n’est flatteur pi pour eux, ni pour lui. C’est perpétuellement le bourgeois en ribotte; aucun esprit, une grossièreté irrémédiable, mais une certaine gaieté, un besoin physique de rire et de rire de tout : « des chutes ridicules, des bris de vaisselle, des rejaillissements de sauce, des coups de pied et des gifles qui se trompent d'adresse... », des pires farces d’arrière-boutique et des mésaventures conjugales. Encore sa gaieté est-elle supportable. Mais sa sensibilité! Et son romanesque! romanesque de guinguettes, attendrissements après boire!

politiquement, remarque C. Feuillide ; la nation ou, si l’on aime mieux, la bourgeoisie a pris leur place ;... l'histoire est donc bourgeoise. Si le roman veut être

vrai, il doit être comme l’histoire’... » Raisonnement inattaquable. Gozlan affirme aussi nettement : « Le ro-

man est l’histoire de la bourgeoisie » et 1l commence par le Notaire la série de ses études sur les Influences. Ensuite, viendra le médecin®?.

Partout les mêmes inquiétudes, chez les admirateurs du romantisme, comme chez ses adversaires. On s’interroge, on attend du nouveau. G. Planche disserte sur la Réforme dramatique’. Granier de Cassagnac:sur l'exploitation du Théâtre-Français et sur l'établissement du répertoire‘. L. de Maynard développe le vaste projet d’un théâtre d'état, favorisé d’abondantes subventions, mais surveillé de près : « Être un gouvernement! c'est-à-dire ce qui a force, puissance et mission de pilote,.….. se trouver face à face d’une découverte de cette gravité, immense comme l'imprimerie, plus redouta-

Page 1