‹ La bataille romantiqueChapitre 40 sur 139 · SR | | A , F · texte numérisé non relu

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çaise, abandonnée du public, ce vaudevilliste apporte des pièces capables d'attirer la foule et de ramener la fortune : tout est là et toutes les ambitions lui sont permises. Une parodie de Lucrèce Borgia lui a donné l’occasion de comparer son répertoire au répertoire romantique, d'opposer avec orgueil les deux romanesques'. À la fin de la même année et à quelques jours d'intervalle, le succès de Bertrand el Raton répond triomphalement à l’échec de Marie Tudor?.

1. La Répélition générale, jouée au Gymnase le 16 février 1833. — Ce n’était pas une parodie seulement que Scribe avait voulu donner : quelque chose comme sa Critique de l'École des Femmes! I1 prenait la défense de son théâtre. En face de Lucrèce Borgia, il dressait son opéra de la Marquise de Brinvilliers... J. Janin le rappela vertement à la pudeur : « Nous n’aimons pas vos colonels, vos petits-maîtres, vos agents de change, vos banquiers, vos vieux soldats, vos petites filles, vos petites femmes, vos petites soubrettes, vos petits jardins, parce que ce monde-là n’a jamais ressemblé à rien ni à personne; parce que jamais, en France, nous n’avons vu nulle part tant de moustaches frisées que chez vous, tant de millionnaires désintéressés que chez vous, tant d’ambassadeurs que chez vous. Faut-il le dire? tant d’adultères, tant de filles séduites, tant de maris trompés que chez vous. Votre comédie n'existe nulle part et n’a jamais existé qu'au Gymnase... Et vous, Monsieur Scribe, vous voudriez vous comparer à cet homme [V. Hugo]|!... Laissez-le donc en repos, vous et vos critiques. Qu’y a-t-il de commun entre lui et vous, je vous prie? Ne vous inquiétez pas plus de lui qu’il ne s'inquiète de vous... » (Débats, 15 février 1833.)

2. Marie Tudor à la Porte-Saint-Martin, le 6 novembre, Bertrand el Ralon à la Comédie-Française, le 14 novembre 1833. — V. Hugo a gardé de cette injustice quelque ressentiment. Dans une lettre à Mlle Bertin : « Ma femme m'a mené de droit divin à

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Il a d’ailleurs le sens de la hiérarchie et il a compris que cette dignité nouvelle imposait à son art de nouveaux devoirs. Dans cette demeure vénérable, le vaudeville s’est présenté décemment. Il a sacrifié ses flonflons, il s’est étiré en cinq actes, il s’est fait historique, satirique, philosophique même, — et il est resté le vaudeville.

L'histoire a toujours conféré à l’art dramatique une certaine grandeur. Scribe sait user d’elle et ne pas s'y asser vir : la nature l’a créé pour écrire des livrets d'opéra. La couleur vraie, le sens du passé, les âmes d'autrefois, les documents précis, il se soucie fort peu de tout cela. Mais des décors, des costumes, de grands noms évoquant de vagues souvenirs, ce luxe de figurants et d'accessoires et ces élégances de manières si chères au public bourgeois !.….

Quand il a emprunté au Struensee de Michel Beer le sujet de Bertrand et Raton', son premier soin a été d'éliminer tous les personnages essentiels, le roi Christiern, la reine Mathilde, Struensee lui-même, pour ne

Bertrand el Ralon qui nous a prodigieusement, merveilleusement ennuyés. » :

1. Le sujet, heureusement choisi, présentait un intérêt actuel. Michel Beer venait de mourir et sa mort avait fait du bruit, un long séjour à Paris et sa parenté avec un musicien illustre l’ayant rendu populaire en France. En septembre 1833, la Revue de Paris lui consacre un article nécrologique. De Struensee, traduit et connu depuis 1829, Arnould et Fournier tirent un roman en août 1833 et Gaillardet un mélodrame en octobre. La comédie de Scribe paraît un mois plus tard.

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laisser subsister que des comparses de son invention. Seule, avec le comte Rantzau, la reine douairière a échappé, mais pour être réduite au rôle d’une bellemère acariàätre. Auprès d'eux, les marionnettes traditionnelles, les ministres solennels, l’intrigant au machiavélisme bavard, le colonel incapable « dont l'épée sédentaire n’est jamais sortie du fourreau », le jeune noble et son rival obligé le jeune bourgeois, le bon commerçant flanqué de sa femme, de son fils et de son garçon de boutique... Et ce monde de fantoches crouille, se heurte, se perd et se retrouve, emporté dans les remous d’une invraisemblable aventure.

Le palais de Christiern est comme un lieu public où sont possibles toutes les rencontres. Scribe se fait, de la vie des cours, l'idée à peu près que peut s'en faire, sous Louis-Philippe, un petit commis de magasin. Des intrigues mystérieuses se trament dans un corridor ou derrière une porte, des chambellans se criblent d’épigrammes, une reine fait ses confidences à des fournisseurs, des conjurés dévoilent leurs plans à des ministres (« J'aime mieux tout vous dire... »), de jeunes inconnus cherchent un auditeur complaisant à qui conter leurs aventures, un boutiquier fait irruption, frémissant de colère : « C'est-à-dire que si je n'étais pas dans le palais du roi et si je ne savais pas

-__ le respect qu'on lui doit, ainsi qu'à ses huissiers! Me faire attendre deux heures un quart dans une antichambre, moi et mes étoffes... Au lieu de railler un

syndic, un bourgeois respectable, la reine et le ministre feraient mieux de s'occuper, l’un des affaires du royaume et l’autre de celles de son ménage qui ne vont pas déjà si bien‘... » Aimable liberté.

Cela, saupoudré de maximes pénétrantes : « Quand on conspire, il ne faut pas de haine, cela Ôôte le sangfroid... — Je crois tout le monde jusqu'à vingt ans; après cet âge-là, c’est différent... », ou de hautes pensées d'économie politique : « Moi, déprécier le commerce ! moi, fille et femme de fabricant! moi qui trouve que c'est l’état Le plus utile au pays, la source de sa richesse et de sa prospérité! moi enfin qui ne vois rien de plus honorable et de plus estimable qu’un commerçant qui est commerçant? !... » Nous voici loin de la comédie historique que rêvait le groupe stendhalien, loin du Pinto de Népomucène Lemercier, et même de l'exactitude relative des romantiques.

Bertrand el Ralon, le titre annonce un proverbe, et c’est bien cela’. Dans le sujet, ce qui l’a amusé c’est ce

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