‹ La bataille romantiqueChapitre 66 sur 139 · VON LL E · texte numérisé non relu

VON LL E

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en passant par les orages et les déceptions de l'amour.

La préface de 1836 apporte une interprétation différente, plus étudiée, plus ambitieuse surtout. En ses héros, elle a représenté toutes les tendances philosophiques de son temps : « Pulchérie, l’épicuréisme héritier des sophismes du siècle dernier ; Sténio, l’enthousiasme et la faiblesse d’un temps où l'intelligence monte très haut, entraînée par l'imagination et tombe très bas, écrasée par une réalité sans poésie et sans grandeur; Magnus, le débris d’un clergé corrompu ou abruti... » Mais elle hésite à définir Trenmor : « Trenmor, dit-elle seulement, m'a paru conçu vaguement et, en conséquence, manqué dans son exécution. » Il faut bien l’avouer; échappé du bagne, régénéré, ancètre de Jean Valjean, le héros qui devait incarner la sagesse est un pur produit de la pire sentimentakté romantique.

L’enthousiasme de Sainte-Beuve n’en est pas diminué : « Ce sera votre livre de philosophie, votre vue générale sur le monde et sur la vie. Tous vos romans suivants en seront éclairés d'en hautet y gagnerontune autorité grave qui ne leur serait venue que plus lentement'... » Mais Sainte-Beuve est, lui aussi, à une pé-

1. Lettre publiée par Spoelberch de Lovenjoul dans la Verilable histoire de Elle et Lui. — Comp. G. Planche : « Lélia n’est pas le récit ingénieux d’une aventure ou le développement dramatique d'une passion, c’est la pensée du siècle sur lui-même, c’est la plainte d’une société à l’agonie.. Tous les caractères de Lélia sont

riode critique d’idéalisme confus et d’aspirations indécises; il est sous l'influence du Philosophe inconnu, il a travaillé, avec Guttinguer, à cet étrange roman d'Arthur et Voluplé va paraître à la fin de cette année même.

De vagues souvenirs de Rousseau, une généreuse indignation contre les injustices sociales, contre celles surtout dont elle pourrait souffrir, cette idée que tout est racheté par la souffrance, que l'être humilié, Trenmor ou Pulchérie, est moralement supérieur à ses juges, par-dessus tout un orgueil « délirant et palpitant », — tout cela pourtant ne fait pas une philosophie.

Un instant, Lélia a essayé de revenir aux croyances de jadis’; elle a cru, dans le couvent des Camaldules retrouver le repos... Ici encore, derrière les murailles du cloître, sévissent l’égoïsme, la jalousie, la haine hypocrite. Ce n’est pas dans le passé que l’on doit chercher l'avenir. « Il faut que cette ruine s'écroule, vaticine Trenmor, et qu’on en balaie les débris... Une philosophie nouvelle, une foi plus pure et plus éclairée va se lever à l'horizon. Nous n’en saluons que l'aube incertaine et pâle... » $

Une aube incertaine et pâle : c'est la conclusion du roman; mais une âme ardente peut-elle se contenter de ces espoirs lointains? Brisée par ses expériences

des symboles philosophiques. » La même observation dans les Débals (article du 1‘ sept. 1833).

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