‹ La bataille romantiqueChapitre 90 sur 139 · Valentine, p · texte numérisé non relu

Valentine, p

2. Voyez le caractère romanesque de la première rencontre : « Bénédict n'était pas beau; maïs sa taille était remarquablement élégante. Son costume rustique qu'il portait un peu théàtralement, sa marche légère et assurée sur les bords du ravin, son grand chien blanc tacheté qui bondissait devant lui et surtout son chant... toute cette apparition dans une scène champétre qui, par les soins de l’art, spoliateur de la nature, ressemblait

« Élevé dans les plus purs sentiments démocratiques », mêlé aux agitations du compagnonnage, l’esprit bourré de spéculations généreuses, Pierre Huguenin est un ouvrier véritable ou, comme dit George Sand, «un prolétaire philosophe ». C'est au travail, ses outils à la main, aux lèvres la chanson des compagnons menuisiers, que M'° de Villepreux l’a, pour la première fois, aperçu. En lui, c’est le travailleur qu'elle aimera — et elle l’aimera par principes démocratiques plus que par entrainement passionnel. Elle aussi est nourrie de Rousseau : l’Émile, le Contrat social sont ses livres favoris ; avant de le connaitre, elle le cherchait. Écoutez cette étrange déclaration d'amour : « Si vous me voyiez choisir un grand seigneur, c’est alors qu'il faudrait vous étonner et penser que j'ai perdu la raison. Songez donc que j'ai été nourrie de l'esprit qui m'anime aujourd'hui, depuis que j'ai commencé à respirer et à vivre... Dès le jour où j'ai pu raisonner sur mon avenir, j'ai résolu d’épouser un homme du peuple, afin d’être peuple, comme les esprits disposés au christianisme se faisaient baptiser jadis, afin de pouvoir se dire chrétiens‘... »

Valentine n'allait pas jusque-là. Et la thèse y gagne peut-être en netteté, mais le roman y perd. Pendant une dizaine d'années, G. Sand va réagir contre ses qua-

assez à un décor d'opéra, c'était de quoi émouvoir un jeune cer-— veau. »

Page 1