I .> <. i-, Ht en l'ut quitte pour
DE POSTUNEX
quelques propoj qu'il entendit au passage. Les uns furent retenus par respect pour son bras en écharpc ; les autres, dit-on, par crainte de celui qui ne l'était pas.
De nuit comme de jour, il j\i ss;x le front haut à Weggis.
Un matin, il arriva de fort bonne heure à Postunen. L'époque fixée pour le mariage approchait, et il s'agissait d'aller faire des emplettes à la ville.
Balthazar aurait bien voulu ctre de la partie. Quand il vit que décidément on ne voulait pas de lui, il fit une tempête à tout rompre. Grite fut impuis-
santé à la calmer. Tobie n'y réussit pas mieux, et le sergent ne fit qu'exaspérer sa colère.
11 f;;llut que Tobic le retînt de force à la maison.
— Ma grande sœur est à moi.
criait-il, je ne te la donne pas, vilain sergent !
L'heureuse traversée qu'ils firent, ce jour-là ! C'était la première fois qu'ils se retrouvaient sur l'eau depuis leurs fiançailles.
Ils commencèrent par la madone du rocher, car il semblait à Margaretha que jamais elle n'eût eu plus besoin de protection que depuis qu'elle se sentait heureuse.
Le sergent se mit à genoux, lui aussi. Puis la batelière prit les rame;^. Quoiqu'il n'y eût
DU l'OSTUM-X 22^
point de coucher do soleil, point d'orage, point de peau de chevreau ; quoique la matinée fut grise et que plus d'un brouillard d'automne s;i traiiuit pesamment sur le lac, Grite n'avait jamais paru plus belle au sergent Kamenzind.
Elle riait, elle chantait, elle jasait, elle le regardait, et ses beaux yeux n'étaient que lumière et sourire. Pour faire rayonner les visages, le soleil qui chemine là-haut ne vaut pas celui qui se lève dans les cœurs.
A Lucerne, on les regarda beaucoup. Grite était vêtue de noir ; mais sa toilette villageoise, simple toujours, était plus fraîche que jamais.
Quand au seri^eiit. il était en
assez pauvre équipage pour se pavaner, avec sa fiancée, dans les rues de la grand'ville. Mais il n'y songeait même pas, et Margaretha se serrait contre lui, lîère de sa blouse bleue, fièrc aussi du cœur qui battait dessous.
Ils passèrent tout le jour à combiner mille choses de noce et de ménage.
Leur première visite l'ut pour le magasin d'un joaillier. Ils y demeurèrent longtemps et en sortirent avec une occupation de plus pour la journée, car ce n'est pas une petite affaire que d'avoir pour la première fois, à son doigt, l'anneau des épousailles.
Puis vint la robe de noce, puis des vêtements pour Bal-
DE POSrUN'EN 227
thazar, puis d'autres vêtements pour Tobie, de quoi vider l'échoppe du drapier.
— Et toi ? dit Margaretha, on ne se marie pas en blouse dans nos paroisses.
— Sois tranquille, j'ai mon affaire ; un sergent aux gardessuisses ne se marie pas en civil,
— Ah ! oui, l'uniforme, ce serait bien le plus beau ; mais tu ne l'avais pas pour le voyage.
— On a écrit pour le faire venir. Il a un trou au bras, rapport à la balle, tu y feras une reprise ; pour le reste, il est comme neuf.
De boutique en boutique le sergent et la batelière se chargeaient de paquets de toute forme et de toute grandeur. On
228 LA BATELIKKI
y remarquera bientôt un tambour pour battre aux champs et tout un attirail de guerre, de quoi reconquérir cent fois Taniitié de Balthazar.
— Il ne faut pas que ce jour fasse des malheureux à Postuncn avait dit le sergent.
Ils se rembarquèrent enfin.
La nuit tombait, une de ces belles nuits d'arrière-automne, sans lune, mais avec des étoiles par milliers, et où le ciel semble plus grand qu'à l'ordinaire.
Qiiand ils curent double la pointe d'Altst.id et qu'ils furent loin de tout rivage, Margaretha posa les rames et vint s'asseoir à la proue.
Ils ne s'étaient rien dit encore, lorsque la batelière, se penchant
nr posTUNEN • 229
;'i l'oreille de son funcé, y laiss;i tomber des paroles étranges :
— Elias ! est-ce bien vrai que tu me seras fidèle ?
Le sergent fit un soubresaut.
— Oh ! je sais bien que tu le seras... Mais, vois-tu, quand on est trop heureuse, on commence à trembler quelquefois... Êtesvous comme ça. vous autres hommes ?
— Grite, si mon capitaine vivait encore, je l'inviterais à notre noce; mais ils l'ont tué, les brigands ! ils l'ont assassiné...
Et si mon capitaine était de la noce, il te dirait bien, lui, que jamais ton sergent n'a failli d'un cheveu à la consigne.
— Et moi. crois-tu que je la garde, la consigne r
— Hé ! Grite, qu'est-ce qui te prend, ce soir r
— Ah ! dit Margaretha en jetant ses bras autour du cou du soldat, c'est que tu es le seul homme au monde qui m'ait fait mentir : j'avais promis de ne jamais épouser quiconque me parlerait d'amour le premier.
Tabli
Table