I.— TEXTES
" Le Seigneur dit à David, mon pcre : Ton fils, Salomon, érigera un temple à mon nom." (III Rois, 5.) — " Et Salomon se plaça devant V autel, en présence de V assemblée d'Israël; il étendit les mains au ciel : Écoute, Seigneur, la prière de ton serviteur et de ton peuple, et exauce dans ce temple, du haut du ciel, les supplications de leurs cœurs." (It. 8.)
L'art religieux, pour le culte de Dieu, est ainsi inauguré à Jérusalem, mille ans avant Jésus-Christ. L'immense édifice mesurait une étendue de 143,000 mètres carrés. Sa construction n'exigea pas moins de svpt années... L'Église catholique devait un jour imiter cet exemple, à travers les siècles et dans tous les pays. Elle a mspiré des œuvres monumentales, qui n'ont rien à envier à l'architecture profane, antique et moderne. Dépositaire et interprète de la Beauté de l'Homme-Dieu dans l'Eucharistie, elle lui a érigé les plus beaux chefs-d'œuvre.
I. — Le Temple de Salomon était l'étonnante merveille de cette époque reculée. David conçut le projet de le construire, en dressa le plan, recueillit l'or et l'argent, et une partie des matériaux nécessaires à l'exécution de la grandiose entreprise.
L'intérieur intime du Temple comprenait le Saint des Saiîits et le Saiîity séparés par une cloison en bois de cèdre . . . Toute la maçonnerie en pierres, taillées et mises en place sans marteau ni ciment, était revêtue de bois : les plafonds étaient en cyprès. Les lambris, non polis, étaient recouverts d'or laminé, oîi couraient les images de chérubins et les dessins de palmiers et de fleurs. Et en avant du portique oriental, se dressaient deux colonnes d'airain, dont les chapitaux, ornés de festons, portaient des lis sculptés de dimension énorme.
Dans le Saint des Saints reposait l'Arche d'alliance, ayant à ses deux extrémités deux chérubins, en bois d'olivier revêtu d'or, qui la couvraient de leurs ailes déployées. Dans le Saint, l'autel des parfums ou autel d'or, rectangulaire et flanqué de cinq candélabres d'or pur, portant des lampes ardentes et ornées de fleurs.
Le parvis intérieur renfermait l'autel d'airain des holocaustes, ainsi que dix bassins de même métal, la tribune et un trône royal. Les parvis extérieurs servaient aux prêtres et aux lévites . .
Bien que l'immense édifice fût dépourvu de richesses architecturales, sa beauté résultait de ses dimensions, de ses trésors, de la mystérieuse majesté émanant des communications divines.
IL — Les Beaux-Arts ont pour objet la représentation du beau. Ceux qui s'adressent à la vue et qui emploient les formes comme moyens d'expression, s'appellent arts du dessin ou plastiques : telles sont l'architecture, la sculpture, la peinture. Ceux qui s'adressent à l'oreille et qui font usage des sons, se
nomment arts du temps ou phonétiques : telles la musique et la poésie.
Jj* architecture, selon le degré de beauté et la puissance d'expression, est le premier des arts. Elle n'exprime, il est vrai, que la beauté physique, matérielle : mais avec quelle harmonie puissante et bien ordonnée ! Elle est incapable de traduire une idée autrement que d'une manière vague et indéterminée. Grâce aux lignes courbes ou allongées, brisées ou angulaires, grâce aux formes rondes ou carrées, elle façonne les masses énormes selon les lois du nombre et de la quantité ; elle les dispose ensuite avec régularité et symétrie. Ainsi elle offre aux yeux une image sublime, grande, belle ou gracieuse, bien qu'elle ne soit qu'un symbole muet de la pensée . . .
L'église de Sainte-Sophie à Constantinople, bâtie en 532 par l'empereur Justinien, est le premier chef-d'œuvre de l'art chrétien. La colonne antique y est remplacée par le pilier, soutenant des masses pesantes. Les piliers se relient par des arcs puissants et hardis. L'édifice porte la forme de la croix. Au point où se croisent ses bras, plane dans les airs une immense coupole qui repose sur les arcs. A cette coupole se relie harmonieusement une série d'autres coupoles latérales. Le marbre de toutes couleurs, l'or, les pierres fines et précieuses, la soie et le satin, les tapis de pourpre rehaussent la magnificence d'un temple, dont le fondateur se vantait d'avoir vaincu Salomon lui-même.
La cathédrale gothique devait, après plusieurs siècles, effacer pour ainsi dire ces beautés remarquables : elle tint le premier rang dans l'architecture chrétienne. Construite sur la forme de la
croix latine, se dirigeant du couchant vers l'orient, vers la lumière du Christ, elle s'élance, dégagée et svelte, libre et isolée, bien au-dessus des monuments profanes, sans avoir avec eux rien de commun par la structure . . . Regardez-la bien et examinez les diverses parties.
Le portail principal, large à l'entrée, se rétrécit vers le centre, invitant les âmes à s'enfoncer dans les pensées religieuses. Il est orné de sculptures symboliques et de statues parfois, ayant trait aux figures prophétiques. Au-dessus du portail s'épanouit la rosace, image du saint recueillement qui règne dans l'enceinte sacrée.
Cette enceinte, avec ses piliers latéraux, ses contreforts de la voûte et les arceaux divers, tous bien proportionnés et disposés avec calcul, grandit et s'élève, terminée par la tour en flèche hardie : elle porte à une surprenante hauteur, dans l'azur du ciel ou les voiles de nuées, la croix qui repose à sa base. La pierre ou le granit semble devenue lumière, la matière brute paraît spiritualisée. Dans l'ornementation du gros œuvre, la rosace à cinq feuilles alterne avec le trèfle, symbole de la Trinité. Le long de la nef centrale, montent vers les voûtes, comme si elles avaient pris racine dans le sol, des faisceaux de colonnettes qui s'élancent comme des futaies altières dans l'espace, leurs chapiteaux couronnés de riche feuillage.
La nef aboutit au sanctuaire et à l'autel, où tout doit converger, comme au roi de ce palais somptueux. Autour du chœur s'épanouissent d'ordinaire sept chapelles, symbolisant les sept sacrements. La lumière, tamisée par les vitraux en couleurs,
pénètre, comme l'aurore aux teintes chatoyantes, dans la nef et le sanctuaire. Ces fenêtres aux grandes dimensions sont elles-mêmes ornées et formées de découpures en dentelle . . .
Ainsi l'architecture religieuse a fait de la matière un tout organisé. Elle a animé la pierre, elle a vivifié le nombre, elle a fait parler la muette nature. L'ensemble de la cathédrale ou de la basilique gothique s'étale aux yeux comme un livre ouvert et à l'âme comme un poème lyrique enchanteur. Tels sont les chefs-d'œuvre de Notre-Dame de Paris et de Montréal, de Westminster à Londres et surtout du Dôme ou cathédrale en marbre de Milan : dans celle-ci, toutefois, le style gothique alterne avec le style roman.
III. — La basilique de Saint-Pierre de Rome est la reine de toutes les églises de la chrétienté. Elle est la plus imposante par son architecture. Commencée en 1506 par le Bramante, elle ne fut consacrée solennellement qu'en 1626. L'idée que traduit ce monument colossal, unique au monde, ce fut d'élever à Rome, centre de la catholicité, un édifice qui devint le dernier effort de l'art en l'honneur du Christ, du prince des Apôtres, de leurs successeurs. Saint-Pierre réalise l'idéal humain de l'architecture.
A l'extérieur, la basilique vaticane dégage surtout une impression d'écrasement par l'immensité de ses proportions, par son énorme dôme, lancé dans les airs par la main audacieuse de Michel-Ange, par sa longue façade précédé d'un portique superbe, ainsi que par les deux grandioses colonnades qui, des deux extrémités de la place, aboutissent au péristyle de l'église.
A l'intérieur, tout est grandiose, gigantesque, sans que l'harmonie des proportions puisse se rompre et déplaire à la vue. L'admiration du visiteur est doublée d'une violente surprise quand, en s'approchant de chaque partie de l'édifice, il les voit développer progressivement leurs coolssales dimensions. La richesse et la noblesse du temple répondent à sa grandeur et à sa destinée pratique. Avant d'atteindre le maître-autel, dont la face est tournée vers l'orient et où seul le Pape peut célébrer, deux escaliers en marbre conduisent à l'entrée de la Confession de Saint-Pierre ; autour de la balustrade brûlent nuit et jour 150 lampes, dont le nombre est augmenté, selon les circonstances. A la droite de l'autel s'élève la statue de bronze du prince des Apôtres, assis sur sa chaise, la main levée pour bénir ou absoudre. Dans l'un des piliers de gauche sont conservés les grandes reliques : le suaire, un morceau de la vraie croix, la lance de Longin, le centurion du Calvaire. La partie souterraine renferme un trésor de monuments antiques. Parmi eux se trouve l'autel qui contient le corps du prince des Apôtres . . .
La belle et imposante cathédrale de Montréal est une miniature de Saint-Pierre de Rome, en raison du style et des proportions.
Ainsi, grâce à l'architecture, " les -pierres ont pris un langage.'* (Luc 19, 40). Avec quel art puissant, avec quelles envolées de l'imagination et avec quelle profondeur de calcul, la main et le génie des artistes ont su faire chanter la pierre, le granit, le marbre, le porphyre, les matériaux les plus rebelles à s'assouplir. Pilastres monumentaux, faisceaux d'élégantes colonnettes, qui montent et s'entrelacent
comme les branches des forêts, chapiteaux ciselés en feuilles d'acanthes, volutes et corniches qui courent sur le pourtour des nefs, clochetons et pendentifs à jour, pinacles et aiguilles dentelées, bas-reliefs et chaires sculptées que soulèvent des cariatides, statues et mosaïques, marbre évidé et brodé comme une guipure, verrières simples ou multicolores, tout concourt à charmer les yeux et à provoquer l'enthousiasme . . . Une émotion intense s'empare de l'âme, maîtrisée par un religieux recueillement et le sentiment d'une grandeur qui la terrasse. Et, avec la prière, le cri d'admiration s'échappe des lèvres : Que c'est beau !
S'il est vrai que " l'art est une tendresse exquise ", il est aussi vrai que " des yeux levés au ciel sont toujours beaux ! " (Joubert, Pensées.)
Article II. — La Beauté de la Sculpture
L— TEXTES
" Tu feras aussi deux chérubins d'or, afin quils couvrent de leurs ailes le propitiatoire." (Exod. 25.) — " Salo)non fit deux chérubins de bois d'olivier, de dix coudées de hauteur, et il les revêtit d'or." (3 Rois, 6.) — " Il fit aussi une mer — ow bassin — en fonte de dix coudées . . .Et sous le bord une sculpture de dix autres environnait le bassrn. Il y avait deux ratigs de sculptures striées et fondues, reposant sur douze bœufs." (Ibid, 7, 23.)
Chez le peuple israélite, les seules traces de sculpture se rencontrent dans ces textes : le premier concerne le Tabernacle de Moïse, le second le
Temple de Jérusalem, ainsi que le troisième. Les païens, Assyriens et Égyptiens, sculptaient les statues d'aiiimîiux, qui leur servaient comme idoles. Dieu porta aux Hébreux la défense de la statuaire, afin de le préserver du culte de Tidolâtrie. Néanmoins, ils édifièrent le veau d'or, «^.ource de leurs châtiments.