I.— TiCXTES
" Dieu forma F ho m me du liiuGn de lu terre et il exhala sur son visage le souffle de vie ; et l'homme devint un être virant et animé.^" (Gen. 2.) — " Faisons Vhomme à notre image et à notre ressemblance, et quil commande à toute la terrée (Gen. 1.) — " Quand la science manque à l'âme, cela ne vaut rien.'' (Prov. 19, 2.) — " Au moyen de la grandeur et de la beauté des créatures, on peut connaître par analogie celui qui en est le créateur." (Sag. 13, 5.)
Telle est la création de l'âme, bien distincte du corps, bien établie dans son existence contre les négations des savants matérialistes. '' Image et ressemblance divine ", elle est donc spirituelle, simple, intelligente, dotée de volonté et de liberté, puisqu'elle est '* un souffle de vie, qui anime la limon de la terre ". Elle est supérieure aux animaux, car *' elle commande à l'univers ". Ses opérations dénotent ses facultés, qui acquièrent *' la science " de l'ordre naturel et ainsi " la connaissance du créateur ", par où l'intelligence remonte de l'effet à la cause.
Il — CONSIDÉRATIONS
I. — La beauté littéraire est créée et perçue par l'intelligence ou l'esprit. La littérature ou les belles-lettres constitue un art plus délicat et plus
puissant que les heaux-arts. En réalité, une basilique, une statue, un tableau, une symphonie, ne deviennent attrayants de beauté que par leurs relations avec l'esprit humain. Il en est de même d'un livre, d'un discours, d'un poème, d'un manuel de sciences. C'est le beau intellectuel.
La littérature est l'art d'écrire conformément aux principes établis par l'usage et par l'expérience des bons auteurs. Elle forme ainsi le littérateur, homme de goût et de discernement dvans l'appréciation des ouvrages de l'esprit ainsi que Vauteur ou Vécrivain, homme qui unit au goût littéraire le talent naturel et acquis.
Elle a pour fin de perfectionner l'homme dans ses facultés nobles : d'où le mot Humanités synonyme de littérature. Elle a pour objet le beau et le bien : ce qui plaît et ce qui convient.
Le beau est multiple : essentiel, c'est Dieu et Jésus-Christ ; raoral, c'est l'homme, sa nature physique et spirituelle ; naturel, c'est le monde ou la création entière et ses aspects ; esthétique, ce sont les beaux-arts et leurs charmes respectifs, artistique, musical ; idéal, conçu dans l'esprit, sans mélange de défauts ... Le bien, c'est la morale et la vertu, inséparables du beau en littérature.
En littérature, les facultés de l'âme naturellement interviennent, et dans l'étude des règles du beau, et dans la connaissance des œuvres des maîtres, et dans l'exécution du travail de composition.
h' intelligence conçoit les idées simples, les pensées plus complexes : elle voit le vrai ou le vraisemblable, comme l'œil aperçoit l'astre au firmament sans voile.
Uesprit est la raison saisissant avec facilité et promptitude les rapports cachés des idées et des objets.
La mémoire est Tintelligence conservant les souvenirs des formes et des sons, des sensations et des sentiments, des idées, des mots, des tours de phrase, pour leur donner, à l'occasion, corps et vie dans la composition littéraire.
Ij' imagination est la faculté de se représenter, sous des traits sensibles, les objets absents et les objets immatériels sous des images sensibles.
La sensibilité ou le cœur est la faculté d'éprouver des émotions et des sentiments, de percevoir les impressions morales venues d'ailleurs et de s'en affecter suivant leur nature.
Le goût est la finesse de l'intelligence et la délicatesse de la sensibilité, discernant et appréciant les beautés ou les défauts dans les œuvres de l'esprit.
Le génie et le talent sont la réunion des facultés, développées à un haut degré : c'est le premier, si elles ont une grande puissance et produisent une œuvre originale et grandiose ; c'est le second, si elles inspirent une œuvre au-dessus de l'ordinaire.
Deux qualités fondamentales distinguent les grands auteurs : le naturel et l'originalité.
Le naturel consiste à voir les choses au vrai et à les exprimer ainsi. C'est l'équation de l'impression intime des objets sur l'âme, et de l'expression par le style de cette impression. Voir la nature ou l'art tels qu'ils sont, les peindre dans ses écrits tels qu'on les a vus : c'est être naturel.
Ij^ originalité est l'empreinte personnelle que les images, les sentiments, les idées reçoivent, en passant
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par Tâme de récrivain ; et, cette empreinte, il la met dans le plan et le style de son œuvre.
L*ouvrage littéraire émane donc de Tâme de l'auteur et de l'ensemble de ses facultés. Quand est-il beau ? Lorsqu'il satisfait l'âme du lecteur ou de l'auditeur. C'est pourquoi l'écrivain doit être doté d'une belle âme noble, distinguée, généreuse, puissante même. Pour déterminer sur les âmes les impressions et les émotions de la beauté, il faut que son intelligence se conforme à sa nature, à l'ordre, à la proportion, à la variété, à l'harmonie, aux règles de l'art. La raison en est que l'intelligence est *' l'image et la ressemblance de Dieu, un souffle de sa vie ".
IL — Les conditions de la beauté littéraire sont fondées sur la nature de l'âme et de son langage.
Tout ouvrage écrit est tissé de mots et de phrases. Ces légers matériaux extérieurs servent souvent à façonner la charpente, le gros œuvre, les moindres détails de la structure. Viennent les idées et les pensées, les images et les sentiments, qui leur inspirent la vie et impriment le mouvement.
Il en résulte la création d'une double beauté. L'une jaillit, par ces moyens sensibles, mots et phrases, de l'âme de l'écrivain. L'autre, qui ressort de son œuvre, y reste cachée et latente, jusqu'au moment où le lecteur la découvre pour l'admirer et la sentir.
Il est évident que ce procédé implique, chez l'auteur, la connaissance approfondie de la valeur des mots, de leur propriété et de leur signification, de la correction orthographique et grammaticale des phrases, de leur élégance et de leur harmonie,
de la variété des figures et de leur convenance avec les sujets traités.
Ainsi l'œuvre littéraire est Taction bien ordonnée d'une belle âme, instruite et cultivée, sur d'autres âmes.
Et comme le chef-d'œuvre de Dieu, dans toute la création, est l'âme humaine, faite à sa ressemblance, il convient de conclure que le plus parfait des arts est l'art de la belle et bonne littérature.
III. — Les effets du beau littéraire sont l'honneur et la récompense de l'écrivain, car ils lui garantissent la conquête de l'âme de ses lecteurs. Telle se pose partout la donnée de l'expérience.
La beauté produit l'admiration, sympathie généreuse et désintéressée qui en jouit en l'égalant ; l'admiration, sentiment délicieux, qui réveille nos attraits, suscite nos efforts, rehausse nos noblesses premières. Est-ce qu'en lisant, dans l'Évangile, l'accueil que fait le père à son fils prodigue, nous n'éprouvons pas à un haut degré le sentiment de l'admiration ? Il vibre d'un son plus puissant, quand Jésus, recevant le baiser de la trahison, appelle Judas " son ami " !
La beauté littéraire provoque la louange, mêlée de gratitude et de tendresse. Devant les chefsd'œuvre de l'antiquité et de l'époque moderne, la postérité n'a jamais tari les flots de ses louanges. Elle garde avec une reconnaissance, pleine d'émotion, le souvenir de ces beautés toujours nouvelles aux yeux de la nature humaine.
Bien mieux encore, ces beautés ont le don et le pouvoir de créer de nouvelles inspirations ou des imitations, qui seront peut-être des chefs-d'œuvre
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à leur tour. Car le beau est fécond. Il s'empare de l'âme, la remue avec des frémissements et fait jaillir de ses profondeurs insondables les pensées belles et fortes, les nobles désirs, les grands desseins et les plus sublimes sentiments. Et alors, le beau, au lieu de conquérir l'âme, la vient convier à le reproduire en une œuvre personnelle. C'est là l'histoire même des plus admirables génies, dans toutes les nations. (V. F. Longhaye, Les Belles-Lettres, passim.)
Article II.* — La Beauté de l'Éloquence