‹ La beauté de l'âme chrétienne, religieuse, sacerdotaleChapitre 22 sur 95 · I. — La posésie est l'expression du beau avec · texte numérisé non relu

I. — La posésie est l'expression du beau avec

tous ses charmes et tous ses attraits.

Le beau absolu^ c'est Dieu. Jamais l'esprit humain ne saurait le traduire, bien que la poésie des prophètes et de l'Apocalypse en dessine certains traits, remplis de grandeur et de majesté.

Le beau idéal est le plus haut degré de perfection, auquel il puisse parvenir : c'est la Vierge Marie, parmi toutes les œuvres de la création, beauté de son corps, beauté de son âme.

Le beau relatif est réel et ravissant : il apparaît dans la vie des saints et des saintes, des martyrs et des martyres surtout, des âmes innocentes et justes.

Le beau fictif existe, quand le poète imagine ou invente ce qui atteint son but, sans qu'il soit telle-

ment parfait que l'on ne puisse rien supposer au delà.

En vérité, le beau en poésie se doit d'être plus parfait qu'en prose, par la raison que la prose n'a pour dessein que d'instruire directement, tandis que la poésie a pour fin principale de plaire avant tout. Et, c'est bien par ses charmes qu'un objet plaît et ravit ; c'est par ses attraits qu'il nous touche, nous émeut, nous attire.

Ainsi la poésie a pour objet immédiat la beauté, beauté idéale dans tous les genres qu'elle traite : poésie descriptive de la nature et des arts, poésie didactique qui s'adresse surtout à l'esprit, poésie dramatique ou comique, morale en un mot dans l'opéra comme dans le cantique ou la chanson.

II. — La poésie élève à la beauté idéale le monde réel, dans ses conceptions et ses œuvres. li faut, de toute nécessité, que le poète retranche, écarte tout ce qui n'est pas beau, tout ce qui déplaît, qu'il confère à ce qui est bien et beau une perfection, plus grande encore que celle que l'objet possède en réalité.

A ses yeux, dans la nature, les sites seront plus pittoresques, les vallées plus belles, les jardins plus attrayants, les fruits plus délicieux, les palais plus magnifiques, les personnages plus distingués et plus héroïquement vertueux . . . Ainsi le portrait du cheval de Job est l'idéal tracé du destrier ou du cheval de bataille. Ainsi le portrait du martyr Polyeucte dans la tragédie de Corneille.

Dans l'ordre intellectuel, les vérités seront plus sublimes et plus majestueuses, les plans mieux conçus

et plus étendus, les pensées plus fines, plus délicates ou plus fortes et véhémentes, les images plus charmantes et plus tendres, plus colorées et plus voyantes, les sentiments plus captivants et plus exquis... Tel se présente cet ensemble dans l'épopée en prose, si fraîche et si poétique, des Martyrs de Chateaubriand.

Dans l'ordre moral, les vertus seront plus héroïques, les actions et leurs mobiles plus purs et plus éclatants, les passions plus profondes et plus enthousiastes, les affections plus nobles et plus généreuses . . . Tels sont les caractères de la plupart des personnages de Racine et de Corneille.

En conférant à la nature réelle une grandeur morale ou une beauté sensible qu'elle n'a point, le poète l'élève au perfectionnement de Vidéal : ainsi idéalisée, elle est justement dénommée la belle nature !

III. — La poésie rend réel également le monde idéal. C'est là son triomphe.

La nature, en effet, quelque belle qu'elle soit, n'offre pas au poète des objets assez susceptibles de perfectionnement pour exprimer la beauté. Dès lors, il les doit inventer tels qu'ils deviennent aptes à servir à ses desseins. Il prête donc à la nature entière ce qui lui manque, à savoir le sentiment, l'intelligence, la vie, le mouvement.

C'est le propre du symbolisme. Il attribue à un objet naturel une qualité ou un état moral qu'il n'a pas, mais dont telle note physique semble retracer l'image. Ainsi le soleil, roi des astres, devient le symbole de la souveraineté : et Louis XIV le mit dans ses armoiries. La violette se cache

dans rherbe, où son parfum la trahit : c'est le propre de la modestie de fuir les regards et les louanges. La blancheur de la colombe en a fait le symbole de la pureté. L'air martial et la force du lion sont devenus le symbole du courage : et La Fontaine, dans ses Fables, en a fait le roi des animaux . . . (V. Souben, op. cit., p. 290.)

La Bible elle-même déborde de cette belle poésie. — " Les étoiles, chacune à son poste, font luire leur joyeuse clarté ; et, quand on les appelle, elles disent : Nous voici ! " (Bar. 3) . . . Les éléments sont les messagers ou les mandataires du Tout-Puissant : " Les fleuves sont dans l'allégresse, la mer prend la fuite, les cieux se réjouissent ..." (Ps. 148). On voit que le Prophète prête à la nature la physionomie de l'homme physique et moral. Quelle poésie plus attrayante et plus hardie ?

Dieu lui-même invisible est rendu visible par ses œuvres : le poète chrétien l'interpelle ainsi :

L'étendue à mes yeux révèle ta grandeur,

La terre ta bonté, les astres ta splendeur.

Tu t'es produit toi-même en ton brillant ouvrage.

L'univers coût entier réfléchit ton image,

Et mon âme, à son tour, réfléchit l'univers. . .

C'est toi que je découvre au fond de la nature.

C'est toi que je bénis dans toute créature.

(Lamartine, Méditations.)

C'est à la vue de ce monde réel, perfectionné et idéalisé, que le poète nous fait concevoir les mêmes pensées, éprouver les beaux sentiments, sentir les nobles affections.

La poésie, qui est sœur de la musique, nous charme, nous exalte, nous transporte jusqu'aux sommets du ravissement et de l'enthousiasme.

Article FV. — La Beauté des Sciences

I — TEXTES

" Tuhalcaïn, qui mania le marteau, fut habile en tous les ouvrages d'airain et de fer.'' (Gen. 4.) — " Que mes paroles soient gravées sur une lame de plomb avec un stylet de fer, ou sur la pierre avec le ciseau." (Job 19.) — " La fourmi, en été, prépare sa subsistance et recueille sa nourriture d'hiver, durant la moissoji." (Prov. 6.)

Les arts mécaniques, qui sont du domaine des sciences, sont indiqués dans les Écritures. Les connaissances rudimentaires des mœurs animales y sont signalées, à l'occasion. Il en est de même de plusieurs métiers, que les artisans Israélites ont plus ou moins perfectionnés, le long des siècles.. Mais les sciences diverses n'ont évolué qu'à une époque très moderne.

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