I. — L'origine de l'âme en révèle la beauté
** Dieu fait sortir chaque être de ses éléments propres ou principes : ainsi, de la terre il produit les herbages, les fleurs, les arbres, avec tous les animaux, qui n'ont d'autre vie qu'une vie inférieure, terrestre, animale, périssable. Mais l'âme humaine
est tirée d'un autre principe, qui est Dieu. C'est ce que signifie '* ce souffle de vie " qu'il tira de sa bouche pour animer l'homme. Ce qui est fait à " la ressemblance de Dieu " ne sort point des éléments matériels, comme le fait une statue de bois ou de marbre." (Bossuet, EUv. 4, 11.)
Au commencement du monde, comme dans la suite des générations, il y a diversité d'origine entre le corps et l'âme : l'un vient du ''limon de la terre " et s'alimente naturellement de végétaux et d'animaux ; l'autre vient de Dieu seul et se nourrit de ses idées, de ses pensées, de ses vérités, de son amour, de tout ce qui est beau et bon, comme lui. Faite à l'image de Dieu, l'âme tire de cette ressemblance tout son éclat et toute sa splendeur.
Par un dessein secret d'en-haut, l'âme est invisible au regard humain. Voit-on le feu caché dans la pierre, la sève dans l'arbre, la chaleur dans le fer, l'électricité dans le fil télégraphique ? Ils y sont bien, pourtant!... Aussi bien, la multitude humaine vit sans cesse des agréments du corps et des plaisirs des sens, sans songer à l'âme, à son origine, à sa nature, à sa beauté, à son prix. Elle y pense, par force, à l'heure angoissante de la mort et au spectacle navrant de l'agonie ! . . .
II. — La nature de l'âine appelle vos réflexions les plus sérieuses. Elle est un esprit, mot dérivé du latin spiritum, qui signifie souffle, produit en poussant de l'air par la bouche. Elle est donc une substance incorporelle.
Sa beauté réside précisément en cela : elle est simple ou non composée de parties, comme l'eau, l'air, le fer, le corps humain. Elle est spirituelle.
LA BEAUTÉ MOHALE 75
absolument distincte de la matière, du cerveau et des nerfs, du cœur et du sang. Elle est indivisible ou non séparable en parties diverses ; imviatérielle aussi ou non formée de corpuscules ou d'atomes. Elle est immortelle ou indissoluble, car il n'y a dissolution possible que du corps qui est composé de parties.
Sa beauté consiste donc dans son unité de pensée et de sentiment, de liberté et de volonté. Par exemple, vous avez la pensée d'obéir à votre père, le sentiment d'aimer votre mère : un assassin tue l'un et l'autre et vous jugez sévèrement son action ; ni cette pensée, ni ce sentiment, ni ce jugement ne sauraient jaillir de votre cerveau, ou de vos nerfs, ou de votre cœur, mais viennent bien de votre âme, qui est une, simple, immatérielle, libre, responsable.
Et cette beauté de l'âme se manifeste par des opérations analogues, aujourd'hui comme hier, se répètent tout le long du jour et tout le cours delà vie . . . Ainsi, par sa riche et incomparable nature, l'âme domine à une hauteur incommensurable tous les êtres de la création. En effet :
'* Aucun animal n'est fait à r image de la ressemblance de Dieu." (Gen. 2, 20.)
III. — L'union de l'âme avec le corps forme un tout naturel, d'une merveilleuse beauté : c'est la personnalité humaine elle-même.
Minéraux, plantes et animaux ne sont que des choses ou objets, qui ne s'appartiennent point, étant poussés par les lois physiques ou par l'instincc, incapables de maîtriser les impulsions ou les impressions qu'ils subissent fatalement.
Mais la personne que vous êtes, en supposant votre conscience éclairée et la rectitude de votre
libre volonté, vous rend apte à opérer le bien et à fuir le mal. Dès lors, vous reconnaisez vos devoirs ou obligations et vous vous sentez devenue responsable, capable de mériter ou de démériter, soumise à une sanction morale, à la récompense ou au châtiment. L'animal, le plus perfectionné par le dressage, reste en dehors de la moralité . . . Comprenez-vous, ainsi, la grandeur et la beauté de votre âme ?
Susceptible de devoirs, vous l'êtes également de droits. Nul au monde n'est autorisé à les entraver, quand vous exercez vos devoirs. Vous avez le droit de vous instruire, de dominer vos passions, de disposer de votre fortune, acquise ou héritée, de pratiquer la religion et de nrononcer des vœux . . . Est-ce que la loi morale affecte l'animal pour le perfectionner? Assurément non. Elle est l'apanage de l'homme.
La personnalité est justement l'un des fondements de son immortalité :
** Le corps retourne en terre, d'oît il a été tiré, Vâme retourne à Dieu, qui Va donnée.'' (Eccli. 12, 7).
Ainsi resplendit encore davantage sa prééminence sur les animaux. " Ne croyez pas que votre âme soit un air subtil, une vapeur, un fluide nerveux, ni qu'elle soit une parcelle de la substance de Dieu, comme l'ont rêvé certains esprits. Dieu n'est pas un tout qui se partage. L'âme n'est rien de Dieu. Créée et faite à son image et à la ressemblance de sa nature, elle doit lui demeurer toujours unie, étant esprit comme lui." (Bossuet, ihid,)
Dissolution d'un composé, la mort sépare du corps l'âme, qui lui survit, en vertu de sa nature. Aussi bien, elle conserve, même isolée, la vie consciente, la mémoire des souvenirs, les connaissances de
Tesprit, les affections de la volonté, la beauté antérieure, la personnalité. Sans elle, en effet, toute sanction d'outre-tombe, rémunération ou punition, serait impossible à la justice de Dieu.
Telle rejaillit en relief, la beauté supérieure de l'âme humaine ! . . . Qui donc réussira à vous en persuader, vous qui oubliez votre âme et celle d'autrui, vous qui semblez vous en désintéresser si souvent, peut-être habituellement ? . . .
Article II. — La Beauté de ses Facultés
I — TEXTES
" Le corps corruptible accable Vâvie et la demeure terrestre appesantit V esprit qui médite beaucoup d'idées^ (Sag. 9, 25.) — " C'est du cœur que viennent les mauvaises pensées.''' (Matt. 15.) — " Le bien que je veux, je l'omets, le mal que je ne veux pas, je l'accomplis." (Rom. 7, 15.) — " Chacun est tenté par son inclination qui l'entraîne et le séduit." (Jac. 1, 14.)
Dans l'Écriture, il n'est guère distingué entre l'âme et ses diverses facultés ou puissances, ni les facultés entre elles. Pensées et sentiments, inclinations et passions sont rapportées à l'âme comme à leur siège, à leur source. Les faits intimes, de connaissance et d'amour, au physique et au moral, se passent dans le cœur et dans la volonté. Mais ces indications, en nombre illimité, sont très suffisantes pour soutenir et analyser les facultés de l'âme.
I. — Les cinq sens ont leurs organes dans le corps, surtout dans la tête : l'œil, sens de la vue, l'oreille, sens de l'ouïe ; le nez, sens de l'odorat ; la langue, sens du goût ; la main, sens du toucher, qui est épanoui sur la surface du corps entier.
Emprisonnée dans ce palais vivant, l'âme, comme une reine, subit le contact du monde extérieur. Elle en reçoit Vimpression légère, celle d'un éclair rapide, celle de l'oiseau qui passe à tire-d'aile, celle des objets qui fuient avec le train lancé à grande vitesse. Elle en reçoit la sensation, si l'éclair se prolonge, si l'oiseau ralentit son vol, et le train son essor. Elle en reçoit la perception, si les trois objets provoquent la vue à les observer, à les percevoir distinctement : répétition des éclairs, forme et plumage de l'oiseau, objets perçus du train à l'arrêt.
Impression, sensation, perception se reproduisent de même pour les autres sens que la vue : ainsi les organes sont les ouvertures du palais par où la princesse en prison communique avec objets et personnes du dehors . . . Quelle merveilleuse et délicate invention du Créateur !
II. — L'imagination est une autre merveille. L'éclair, l'oiseau, l'arbre, la personne humaine, tout objet quelconque, ayant affecté les nerfs des cinq sens, transmettent Vimage au cerveau par les organes; puis une série d'images, une multitude innombrables d'images, qui s'y emmagasinent comme des photographies, des portraits, des tableaux. Elles s'y conservent, de l'enfance à la vieillesse, plus ou moins vives et nettes, plus ou moins confuses et altérées. Pourquoi et comment ? Parce que les images sorit localisées dans le cerveau, dont la matière est compo-
se. d'au moins six cent millions de cellules et de 4 itre milliards de fibres qui les relient ! (V. Sortais, S.J., t. I, p. 84.)
La beauté de cette faculté consiste dans le pouvoir qu'elle a de renouveler, de raviver en les colorant, de ressusciter les personnes absentes ou décédées, les objets disparus, les tableaux éloignés, les événements du passé.
Une beauté plus grande encore est sa puissance ou faculté de produire des images nouvelles, de les combiner entre elles, de les mêler aux anciennes. Ainsi l'imagination devient créatrice, féconde, brillante dans les œuvres d'art, les découvertes scientifiques, le domaine si étendu de la littérature . . . Mais elle court aussi le risque de construire des rêveries, des tissus d'illusions et même d'hallucinations.
Vous pressentez, tout de suite, quel important rôle peut soutenir cette faculté dans la vie morale, domestique, sociale.
" Elle dispose de tout à son gré. Elle fait la beauté, la justice et le bonheur, la réputation et le respect, la vénération . . . Partie décevante dans l'homme, maîtresse d'erreur et de fausseté, et d'autant plus fourbe qu'elle ne l'est pas toujours ! . . . Puissance ou faculté superbe, ennemie de la'raison, elle a ses heureux et ses malheureux, ses sains et ses malades, ses riches et ses pauvres . . . Elle semble nous être donnée exprès pour nous induire à une erreur nécessaire ! " (Pascal, Pensées^ art. 3.)
III. — La itîcmoire est la précieuse faculté de conserver, d'évoquer, de reconnaître les sensations et les sentiments, les pensées et les états de cous-
cience, antérieurement acquis. Analysez ce phénomène étonnant.
Par elle, vous vous rappelez les moindres faits de votre enfance lointaine, les moindres détails des lieux que vous avez habités, les personnes et leurs traits, les événements joyeux ou douloureux. Par elle, dans vos études, vous avez classé côte à côte les faits de l'histoire universelle, la géographie de l'univers, les noms des plantes et des animaux, des héros et des saints, de personnages sans nombre, les formules des sciences mathématiques et chimiques, les nomenclatures des sciences naturelles, le vocabulaire de plusieurs langues . . . Soudain, grâce à son action, au simple appel de votre volonté, tous ces souvenirs et toutes ces réminiscences, sortant en foule, prennent leur rang d'ordre au cerveau, sur les lèvres, sous la plume, avec précision et netteté, multiples et variés, rapides et instantanés !. . . Voilà le phénomène, qui vous paraît tout naturel. Il trahit sur-le-champ la secrète beauté de l'âme et de ses facultés.
Par la mémoire, les belles impressions de la nature, les suaves émotions du passé, les idées et les pensées de la littérature revivent dans l'esprit : il en est qui gardent leur fraîcheur et leur parfum, parfois jusqu'au soir de la vie. Facile et prompte, elle retient vite ; tenace et sûre, elle retient longtemps. Elle collabore ainsi, avec ses sœurs, aux charmantes inventions des beaux-arts, des belles-lettres, des sciences.
Sans elle, au point de vue moral, l'âme n'aurait pas conscience de ses promesses, de ses engagements, de sa personnalité : fondements mêmes de la vie
domestique, sociale, religieuse. Sa fidélité contribue singulièrement à sa beauté.
Le souvenir aimé des personnes qui ne sont plus n'est-il pas l'un de ses plus réconfortants apanages ? . .
IV. — La sensibilité, ou le cœur qui en est le siège, est la belle et charmante faculté qui fait éprouver à Tâme des inclinations et des émotions, des sentiments et des passions.
D'où vient le plaisir de revoir un père et une mère, après une longue absence ? De la sensibilité satisfaite. Pourquoi pleurez-vous leur mort ? A cause de la douleur qui meurtrit votre sensibilité contrariée. Vous avez obtenu une faveur : votre cœur bondit de joie, qui éclate sur vos traits ; on vous l'a refusée : la tristesse les assombrit et vous porte à verser des larmes.
Personnellement, le sentiment de Vamour se manifeste, ou bien par votre instinct du bonheur, qui est le grand ressort du travail quotidien et de l'activité humaine : ** Tous les hommes recherchent d'être heureux ; cela est sans exception " (Pascal) ; ou bien par votre attachement à la vie, qui vous fait triompher des souffrances ; ou bien par votre tendance au progrès et à l'amélioration de vos connaissances et de votre condition, de votre fortune et de votre être moral et social.
Au foyer domestique, la sensibilité est la reine des. cœurs: les affections y naissent par nature, distinctes cependant et désintéressées d'ordinaire. L*amour conjugal y associe étroitement deux existences, deux cœurs, deux vies, deux âmes, comme les cordes sonores et harmonieuses d'une harpe ; paternel et maternel, il ne les fait vibrer que pour les
enfants ; filial, il répond d'un son réciproque ; fraiernely il détermine les accords entre frères et sœurs.
Dans la société, le cœur s'attache par la sympathicy instinct qui pousse à l'harmonie des sentiments ; par Vamitié, lien d'attachement spécial et de choix libre ; par la bienveillance, qui veut le bonheur d'autrui et la bienfaisance qui le lui procure efiFectivement ; par la charité, inspiratrice du dévouement qui atteint au sacrifice ou héroïsme ; par le patriotisme, amour du sol national et de la race, de sa langue et de ses traditions, de ses mœurs et de ses intérêts, de sa forme de gouvernement et de ses lois, de sa religion et de ses héros.
V. — L'intelligence ou la raison constitue le grand privilège de l'âme humaine. Par elle, l'âme domine en souveraine toute la création ; par elle, l'homme se différencie supérieurement de l'animal.
** Je puis bien concevoir un homme sans mains, pieds, tête... Mais l'homme sans pensée serait une brute." (Pascal, Pensées.)
** Il n'est qu'un roseau, le plus faible de la nature, mais c'est un roseau pensant." (It.)
*' Nous avons de l'âme une si grande idée, que nous ne pouvons souffrir d'en être méprisé et de n'être pas dans l'estime d'une âme : et toute la félicité des hommes consiste dans cette estime." (It.)
Si la grandeur de l'intelligence est dans la puissance de la raison et de ses calculs, la beauté resplendit dans ses diverses opérations... Entrez dans le riche musée d'une capitale européenne. Là, votre esprit se fixe sur un objet ou un groupe d'objets : c'est l'attention. Elle devient application.
si elle est soutenue et prolongée ; contention, si elle est forte et intense ; réflexion, si elle est approfondie ; méditation et contemplation, si elle est accompagnée de lumière, de joie, d'attraits.
Vous avez d'un vautour une idée générale et abstraite ; voici l'oiseau lui-même empaillé dans le musée : l'idée est particularisée. Vous y apercevez l'armure d'un chevalier : faites la comparaison avec les armures modernes . . . Mille autres objets s'étalent là sous vos yeux, tableaux, statues, bustes, tapisseries; émaux : votre intelligence portera finalement un jugement, exercera son raisonnement, double opération qui aboutit à l'affirmation de votre admiration de tant de beautés et de splendeurs collectionnées.
Ainsi l'âme se sent tout entière doucement émue, satisfaite et ap^dsée, comme au sortir d'un festin intellectuel.
VI. — La vclonté libre est le plus beau fleuron du diadème dont Dieu a orné votre front. Sa fermeté se reflète souvent dans un regard calme, assuré, presque froid ou glacé, sur des lèvres serrées et immobiles, par un geste bref et une parole sèche, par une tête droite et une attitude impérieuse.
Si l'instinct de l'anlm^al est une activité fatale et sans conscience, la volonté est l'activité réfléchie et raisonnée.
La liberté est le pouvoir qu'a votre volonté de choisir le bien, sans subir aucune contrainte. C'est bien librement que vous allez, à votre choix, à l'église ou au théâtre. Tout l'honneur et la gloire de l'âme est là : se déterminer à une action bonne, ou meilleure, ou parfaite. Au contraire, le déshon-
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neur et la honte résultent de l'abus de la liberté. — " Les belles actions cachées sont les plus estimables." (Pascal.)
La volonté, toujours éclairée des lumières de la raison — ou des lueurs de la foi chrétienne — est le pouvoir réel de se déterminer aune action louable ou à l'omission du mal. Elle exécute résolument ce qu'elle a sagement décidé. Elle y persiste, en dépit des difficultés et des obstacles. Tel est le fondement du caractère.
Présentez à la volonté la douleur du jeûne ou le plaisir des aliments. L'âme fera son choix, car elle se sent libre.
** Il n'est pas honteux à l'homme de succomber sous la douleur, mais il lui est honteux de succomber sous le plaisir. Pourquoi ? C'est que, ce n'est pas la douleur qui nous tente et nous attire : c'est nous, qui voulons la faire dominer sur nous ; nous en sommes maîtres et, en cela, l'on succombe à sa volonté.
** Mais dans le plaisir, l'homme succombe à l'inclination du plaisir.
" Or, il n'y a que la maîtrise et l'empire de la volonté qui fasse la gloire, et que la servitude qui fasse la honte." (Pascal, Pensées, art. 2.)
Ainsi, la volonté accepte ou refuse l'exécution des devoirs qui obligent en conscience et en religion, en famille et en société. Elle se soumet aux lois diverses ou elle se révolte contre elles. De là sa responsabilité, qui appelle la sanction intérieure et extérieure, la rémunération ou le châtiment, nécessaires à l'ordre et à la justice.
Que votre âme est belle, en vertu de la grandeur et de la dignité de votre personne, de la variété et de l'harmonie de ses facultés. Elle est un reflet sur la terre de la splendeur de Dieu ! . . . Que sera-ce un jour au ciel ?
Article III. — La Beauté de son Langage