‹ La beauté de l'âme chrétienne, religieuse, sacerdotaleChapitre 26 sur 95 · I.— TEXTES · texte numérisé non relu

I.— TEXTES

** Voici, dit le Seigneur, qu'il ny a qu'un seul peuple et un seul langage pour tous... — "Descendons et confondons leur langue, de sorte que l'un n entende plus la parole de son prochain." (Gen, 11. 1-2.)

Le phénomène de la confusion des langues est considéré par plusieurs savants comme l'un des plus étonnants miracles, rapportés dans la Bible. Changer et transformer subitement la mémoire et l'imagination, l'esprit d'une foule d'hommes considérable ; leur ôter l'habitude, prise depuis longtemps, d'employer tels mots pour signifier tels objets et telles pensées ; y substituer une habitude différente, cela tient sans nul doute du prodige . . . Depuis ce jour, les langues humaines attestent l'un des plus beaux privilèges, octroyé par Dieu à sa créature intelligente. C'est un apanage incommunicable.

IL— CONSIDÉRATIONS

I. — Le langage est l'expression de la pensée et du sentiment par la parole. Il sert ainsi k traduire les phénomènes internes de l'âme. ** Regarder la parole comme un signe dont les hommes sont con-

venus et rappeler en son esprit les choses qu'elle signifie, c'est ce qui s'appelle entendre le langage." (Bossuet, Conn. de Dieu, 5.)

N'oubliez point que votre âme est à " Vimage de Dieu.'' Or Dieu a une pensée, qui est son Verbey un amour de ce Verbe, qui est Esprit-Saint.

L'âme, d'une façon analogue, produit aussi sa pensée et son amour : c'est son verbe ou parole intérieure, qui se manifeste et s'incarne, en quelque sorte, dans le langage articulé.

Ce rapprochement, simple ec sublime à la fois, vous aide à comprendre la beauté de ce don réservé à l'homme, à l'exclusion de tous les animaux de la création.

Le langage concourt à perfectionner la pensée, car il l'éclaircit, la fixe et la simplifie et il sert à la conserver et à la transmettre à la postérité et à des auditoires sans nombre.

La voix humaine, tantôt faible et basse, tantôt timbrée et sonore, contribue singulièrement à la beauté du langage. La nature en modifie les organes. Elle lui fait produire des sons, des inflexions, qui expriment des sensations ou des sentiments de joie ou de tristesse, de douceur ou de force, de colère ou d'admiration. Il y a ainsi, entre elle et l'intérieur, un rapport très intime . . .

Le chant révèle, mieux encore, les émotions et les passions de l'âme. Il est plus expressif et plus complet que la simple parole. Le langage poétique ajoute aussi à l'impression du langage vocal. Enfin la musique instrumentale rehausse davantage l'un et l'autre, en les poussant à leur expression la plus parfaite.

II. — La langue est le langage parlé ou écrit propre à une nation. C'est un ensemble de mots et de phrases, soumis à des règles et à des conventions.

Les savants admettent aujourd'hui que, quelque diversité qui existe dans les formes et les racines des langues humaines, l'on ne peut tirer aucun argument concluant contre la possibilité de leur origine commune : une langue primitive.

Les richesses d'une seule langue convient à des études approfondies, qui en décèlent les beautés. L'on a réussi à classer environ deux mille dialectes humains, les uns formant des langues mortes, les autres des langues vivantes. Une étude comparée de plusieurs révèle aux curieux des attraits surprenants.

Chacune a son caractère, ses traits de beauté et de charme. Ignorez-vous les puissantes harmonies de la langue française ? L'on y distingue les mots, leur origine, leurs significations diverses, leur accouplement et leur assemblage, qui fait la phrase. Celle-ci se peut construire et agencer d'une infinité de manières. N'en est-il pas ainsi des huit notes de la gamme musicale ?

Admirez-vous les autres langues du globe ? Elles ont avec la nôtre des rapports généraux, qui tiennent à la conformité naturelle des pensées, des sentiments et des émotions de l'humanité. Les différences relèvent des circonstances de temps et de lieu, de civilisation et de religion, de la mentalité propre à l'esprit national.

Des prodiges de richesses gisent dans les profondeurs de ces vastes champs d'études !

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III. — La puissance morale du langage surpasse toutes les prévisions de la langue orale et écrite.

Les fictions poétiques, les combinaisons romanesques, les récits de voyages, les synthèses d'événements historiques, les portraits des grandes figures enchantent et subjuguent des millions d'âmes.

Tous les théâtres et les opéras des cités populeuses en séduisent et enthousiasment des millions d'autres, avides de voir et d'entendre les œuvres des artistes. La raison en est l'écho qui, par la parole, la voix, le chant, retentit sonore et vibrant, gracieux ou passionné, des cordes invisibles de leur âme à l'unisson des sentiments de la multitude.

Ainsi, le langage avec ses puissantes ressources est le lien d'or et de diamant qui enchaîne les âmes aux âmes, et crée la merveilleuse unité de la société civilisée. La pensée et le sentiment influent nécessairement sur le langage, qui en est comme la parure et le riche ornement. C'est un instrument qui sert à les communiquer par l'instruction publique et par l'éducation, qui les transmettent d'âge en âge, depuis l'origine de l'écriture jusqu'aux livres contemporains. Telle est la condition du progrès individuel et social, international, au moyen de la conservation des lettres et des sciences, dans les bibliothèques mondiales.

Grâce au langage, l'humanité peut être considérée ** comme un même homme, qui subsiste toujours et qui apprend continuellement." (Pascal, Fragm.y p. 436.)

Article IV. — La Beauté de ses Actions

L— TEXTES

" Dieu plaça Vhomme dans le paradis de délices, pour le cultiver et le garder." (Gen. 2, 15.) — " C'est dans les travaux que tu te nourriras de la ferre, tous les jours de ta vie. . . A la sueur de ton visage tu gagneras ton pain." (It. 3, 19.) — " Tu travailleras six jours ; le septième, tu cesseras." (Ex. 2, 3.)

Dans rétat d'innocence, l'homme fut soumis à la loi du travail : la culture du paradis eût été agréable, plus pour le plaisir que pour l'utilité. Par ce moyen, il devait être instruit de la nature des terrains et du genre des plantes, des fleurs, des fruits, des semences ou graines : il y trouvait la figure de la culture des vertus. Les beautés de la nature, ramassées dans ce paradis, servant à son plaisir, étaient propres à l'élever à Dieu, auteur de tant de bienfaits . . . Dès qu'il fut déchu de ses grandeurs, le travail se changea en châtiment pour lui et sa postérité.

IL— CONSIDÉRATIONS

I. — L'activité au travail manifeste la beauté morale de l'âme. Partout et toujours, la loi primitive exige de chacun l'exercice de ses forces corporelles ou de ses énergies intellectuelles. Sa conscience et sa volonté viennent se ployer sans repos sous le fardeau du divin précepte.

Regardez les millions d'êtres humains à travers les siècles. *' Ils sont chargés de chaînes et tous condamnés à la mort : les uns étant chaque jour égorgés à la vue des autres, ceux qui restent voient leur condition dans celle de leurs semblables ; et, se regardant les uns les autres avec douleur et sans

espérance, ils attendent leur tour : c'est l'image du sort de tous les hommes.' (Pascal, Pensées^ IV, 7.)

Ainsi, les générations passent, courbées sous le poids du labeur. Et l'avenir sera le fidèle écho du présent et du passé.

Les monuments séculaires et les ruines témoignent en silence des souffrances de Tesprit et du corps au travail : c'est l'honneur et la gloire de ceux qui ne sont plus.

Ainsi le travail vient de la pensée de Dieu, architecte de l'univers : c'est la raison capitale de sa nécessité et de sa noblesse, de ses agréments et de ses avantages.

A son tour, l'ouvrier, comme le savant, éprouve la joie de vaincre la nature, qui lui est soumise, et de lui arracher ses secrets et ses trésors cachés.

II. — L'activité au Devoir manifeste la beauté morale de l'âme. L'âme se plaît à reconnaître, à accepter les exigences de la loi morale ; elle s'adapte volontiers à son obligation, imposée de Dieu, inscrite dans sa conscience. Et les devoirs, aussi bien que les lois, sont multiples.

L'homme en a envers lui-même^ en vertu de la loi naturelle ou de la morale personnelle. Doté d'une belle âme et d'un beau caractère, il porte à son corps le respect par l'hygiène et la délicatesse des sens, par l'exercice et l'alimentation de sa santé, par la dignité qui l'empêche d'attenter à sa vie et à se mutiler : seule la vertu l'autorise à le châtier et à en faire le sacrifice volontaire. Et c'est ia pratique des vertus naturelles qui tisse les beaux vêtements de l'âme.

Il en a envers ses semblables. Au foyer domestique, la nature lui commande tour-à-tour le respect, la reconnaissance, la soumission, l'amour, l'assistance. En société, elle lui impose le respect de la vie d'autrui, de son âme, de ses biens, de son honneur, ainsi que les devoirs de la charité, si intimement liée à la justice . . . Ainsi brille avec éclat la concorde entre les membres divers de la famille humaine.

Il en a envers Dieu, en raison de la morale religieuse ou des relations nécessaires qui relient les créatures au Créateur. Sans doute nos hommages ne sauraient accroître le bonheur de Dieu : mais les devoirs n'ont pas pour origine et pour mesure les avantages de ceux qui en bénéficient. La gloire extérieure et accessoire de Dieu exige le culte de rame et du corps : de là, la prière vocale associée à l'adoration, à la gratitude, à la demande de pardon ou des faveurs, l'amour manifesté par des gestes, des attitudes, des paroles, des chants, par des rites et des cérémonies, des assemblées. . .

Imaginez l'harmonieux concert des cœurs et le tressaillement splendide des âmes, si toute une nation s'associait ainsi dans le témoignage universel et simultané des devoirs envers la divinité !

III. — La pratique des vertus manifeste la beauté morale de l'âme. Ses actions comportent le mérite qui dure, résultant des nobles intentions conformes à la moralité.

Obéissez-vous d'habitude aux obligations du devoir, avec intelligence, liberté, amour ? Votre âme est vertueuse. Comme les devoirs, les vertus sont complexes.

92 LA BEAUTÉ DK l'ÂME

Les vertus privées ou individuelles répondent à tous nos devoirs envers nous-mêmes, comme la prudence do l'esprit, la force de caractère, le courage de la volonté, la tempérance de la sensibilité.

Les vertus publiques ou sociales répondent à nos devoirs envers nos semblables, comme la justice dans les contrats et les transactions, la piété filiale au foyer, la charité dans les malheurs, l'amour du pays mis en péril.

Les vertus religieuses répondent à nos devoirs envers le Créateur, comme les actes du culte intérieur et extérieur, la piété et les œuvres de miséricorde spirituelle.

Le patriotisme et la religion ont inspiré, à travers les siècles, les actions les plus sublimes : elles sont la gloire de l'héroïsme et du martyre.

Au point de vue naturel, rien n'égale le portrait de Vhomme juste, tracé par le génie d'un illustre païen :

" Le chef-d'œuvre de l'injustice est de paraître juste sans l'être. Donnons au méchant une injustice parfaite : qu'en commettant les plus grands crimes, il sache se faire la réputation d'honnête homme ; et s'il vient à faire un faux pas, qu'il se relève aussitôt ; qu'il soit assez éloquent pour persuader son innocence à ceux devant qui ses crimes mêmes l'accuseront, assez hardi et assez puissant, par luimême et par ses amis, pour emporter par la force ce qu'il ne pourra obtenir autrement.

" Mettons en face de lui l'homme de bien, qui est plus jaloux d'être bon que de le paraître. Otons-lui, même la réputation d'honnête homme . . . Dépouillons-le de tout, hormis la justice : qu'il passe pour

le plus scélérat des hommes, sans avoir commis la moindre injustice ; que sa vertu soit mise aux plus rudes épreuves et qu'elle ne soit ébranlée ni par rinfiamie, ni par les mauvais traitements ; mais que, jusqu'à la mort, il marche d'un pas inébranlable dans les sentiers de la justice, passant toute sa vie pour un méchant, tout juste qu'il est.

"Et ce juste sera fouetté, torturé, mis aux fers ; on lui brûlera les yeux, on le mettra en croix et par là, on lui fera sentir qu'il ne fau4: pas s'embarrasser d'être juste, mais de le paraître.

** C'est ainsi que les partisans de l'injustice prétendent que la condition de l'homme injuste est plus heureuse que la vertu du juste." (Platon, Républ, liv. 2.)

La beauté morale appelle donc, comme la beauté physique, trois conditions : la proportion, l'intégrité, la splendeur. Un esprit droit et une volonté juste les assurent à la vie humaine ; et ainsi, lui confèrent une réelle et grande beauté. (V. Janvier, Car. de 1921, Sixième Confér.)

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