II.— CONSIDÉRATIONS
I — La raison humaine est demeuré impuissante devant la connaissance de la nature intime de Dieu, devant la Trinité des Personnes en une seule nature. Même après la révélation explicite de la part de Jésus et de ses disciples, elle ne saurait réussir à démontrer le mystère.
D'autre part, elle est aussi impuissante à le dénoncer et à le détruire avec évidence, ou à le défigurer par ses interprétations.
II eàt plutôt loisible à la raison, en vertu de comparaisons empruntées à la nature, de s'en façonner une image imparfaite et une suffisante idée.
Ainsi la sculpture et la peinture religieuses ont présenté à la vue l'image du triangle, entouré de rayons de gloire : soit trois côtés égaux en une seule figure . . . Ainsi, tout corps matériel, même un grain de sable, a trois dimensions : longueur, largeur, profondeur . . . Ainsi trois fluides pénétrent l'air : électricité, lumière, chaleur . . .
Rien pourtant ne symbolise mieux la Trinité que l'âme ''faite à son image'' : elle est esprit, intelligence, volonté. Et ce que nous appelons faculté dans une âme, se nomme Personne en Dieu . . .
II. La Trinité peut se concevoir ainsi : Dieu le Père est esprit. Il se connaît et il est infini. Cette connaissance est nécessairement égale à lui, infinie, substantielle, éternelle, miroir de sa beauté, splendeur de sa gloire, figure de sa substance, image de sa bonté : elle est sa parole ou son Verbe, c'est-à-dire Dieu le Fils.
Le Fils procède du Père, comme le rayon émane du soleil, la pensée de l'âme, l'idée de la parole ou prononcée, ou écrite. Distinct de lui, mais inséparable ; uni à lui, mais sans confusion ; différent en Personne, mais identique ou le même en nature.
Mettez-les tous deux en présence : ils ne pourront point ne pas s'aimer. Ainsi se produit ou procède V Amour vivant, infini, éternel, parfait comme eux, égal à eux, la Personne de V Esprit- Saint.
Il procède des deux, comme aspiration mutuelle, effusion réciproque de leur joie et de leur amour, échange de leur lumière et de leur bonheur, rayonnement de leur beauté, embrasement de leur union, souffle mystérieux de leur vie commune.
Ces trois Personnes ont par essence les mêmes perfections, toutes égales, infinies comme leur nature.
Considérez bien l'image qu'en offre l'âme humaine. Avez-vous remarqué le besoin impérieux qui la tourmente sans répit d'être connue — intelligence et verbe — et d'être aussi aimée — volonté et amour ? Quelle est l'origine et la cause même de cette intense inclination native ? C'est Dieu, assurément.
Si elle vient de Dieu, pourquoi ne l'aurait-il pas en lui même, de toute éternité ? Ce besoin étant absolu, infini, parfait, de lui procèdent ainsi la seconde et la troisième Personne de la Trinité.
III. L'Unité associe les trois Personnes en une seule et même nature, ou essence, ou substance.
Notre esprit si imparfait ne conçoit, ici-bas, que des personnalités, ayant chacune sa nature à part : ainsi trois personnes humaines sont à nos yeux trois substances distinctes, qui vivent séparées entièrement.
Par comparaison, on peut pourtant affirmer : la lumière, la chaleur, la force du soleil n'en font qu'un ; la longueur, la largeur, la profondeur ne font qu'un seul corps ; la racine, le tronc, les branches ne font qu'un arbre ; le coloris, la forme, le parfum ne font qu'une fleur ; la spiritualité, l'intelligence, la volonté ne font qu'une seule âme.
Le mystère s'obscurcit pour nous, parce que, en vertu des lois de notre nature, nous concevons le Père comme antérieur au Fils : comme en réalité notre père est, dans le tempSt antérieur à chacun de nous.
Mais en Dieu, l'antériorité est une pure conception de notre esprit, car l'idée ou notion du Père est simultanée à l'idée ou notion du Fils. Il en est de même de la procession de l'Esprit-Saint, qui exclut toute succession postérieure.
Ainsi connue et aimée, la sainte Trinité est le fondement de l'Incarnation et de la Rédemption, de la pérennité de l'Église, de la sanctification des âmes, de leur béatitude dans la gloire éternelle !