I.— TEXTES
" Il y a dans la Sagesse un esprit d'intelligence, saint, un et multiple, immatériel, discret, agile, sans tache, infaillible, suave, aimant le bien, bienfaisant, plein de bonté, inébranlable, sans inquiétude, tout-puissant, pénétrant tous les esprits, pur et délié. . ." (Sag. 7, 22, 23.) — " Soyez donc parfaits, comme votre père céleste est parfait." (Matt. 5, 1, 8.)
Par mille textes, la Bible et l'Évangile chantent un hymne perpétuel en l'honneur de Dieu et de ses attributs. Ils révèlent la divinité à l'humanité dans
tout son éclat et sa splendeur. Tantôt les paroles inspirées exaltent une ou deux perfections, tantôt elles préconisent la série avec une étonnante richesse d'expressions.
Il — CONSIDÉRATIONS
I. — Considérées en Dieu même, les perfections sont celles qui appartiennent à son Être et s'en déduisent comme nécessaires.
Uunité de Dieu, affirmée contre les idolâtres, établit la différence radicale entre le vrai Dieu d'Israël et les faux dieux des païens. La raison nie aussi l'existence de deux êtres infinis et parfaits : ou ils auraient la même essence et se confondraient ; ou ils l'auraient différente et aucun ne serait infini.
La simplicité de Dieu exclut en sa personne tout ce qui est composé. La lumière blanche est constituée de sept couleurs. La nature humaine est formé du corps, qui se décompose en parties, et de l'âme qui se compose de facultés. Toute la personnalité de Dieu est, au contraire, intelligence, volonté, perfection à la fois et à l'infini.
L'immensité de Dieu le rend présent tout entier dans tous les points de l'espace et au-delà. D'habitude, vous vous le représentez comme une mer sans rivage : ce n'est qu'une image. S'il était dans un lieu et non dans un autre, il serait borné, fini. Dieu est esprit, simple, sans étendue. Ainsi se conçoit votre âme, qui est entière dans chaque partie du corps : elle n'augmente point avec la croissance, ni ne diminue par l'amputation d'un membre. C'est une force, qui est partout à la fois. . . . L*air, qui est
LA BBAUT£ D£ DIEU 101
partout et pénètre tout, est la plus fidèle image de rimmensité.
Jj* immutabilité de Dieu le soustrait à tout changement. Si l'Écriture aflSrme son regret, son courroux, sa vengeance, elle use du langage intelligible à tous. S'il punit les méchants par le déluge et son peuple prévaricateur par les serpents du désert, sa perfection est indépendante de ces effets des causes secondes.
II. — Considérées par rapport au monde, les perfections lui appartiennent comme Créateur, conservateur de l'univers.
La béatitude de Dieu est le bonheur parfait et la satisfaction dans le bien qu'il possède. Elle l'assure qu'aucun accident passager ne peut l'atteindre et elle le laisse toujours maître de ses actions. C'est elle qu'il communique à ses élus.
La justice de Dieu le rend équitable à chaque être, en lui donnant tout le nécessaire pour arriver à sa fin. En aimant le bien par dessus tout, il se doit aussi d'en faire respecter les droits imprescriptibles et d'en réprimer les violations. Cette justice devrait donc imposer à tous le respect et la crainte.
La miséricorde de Dieu est le propre de sa toutepuissante bonté de donner à ses créatures, de venir à leur secours, de les relever de leur misère, de faire du néant un être, du mal le bien, du péché le repentir, le pardon, l'amour. C'est le triomphe exclusif de Dieu.
La présence de Dieu étend sa puissance à tous les êtres, au brin d'herbe comme au moindre insecte, et son immensité au-delà de tous les mondes célestes. Les ayant créés, il les soutient de son action perma-
nente : il fait mouvoir ces masses dans Tespace sans fin, comme il fait germer la petite graine au sommet des montagnes.
** En lui, nous avons tous Vêire, le mouvement et la vier (Act. 17, 28.)
Il en est ainsi de l'âme qui nous anime. Rien n'est ni ne se fait sans lui, en vertu même de sa présence . . .
Notez bien que l'habitation, jpar la grâce, de la Divinité dans l'âme baptisée est une autre forme de présence et de beauté, bien plus intimes et plus élevées.
La puissance de Dieu le rend capable de réaliser tout ce qui n'implique pas contradiction et tout ce qui peut exister. La multitude des êtres réels et possibles jaillissent de sa toute-puissance quand il lui plaît, parce qu'il est le premier Être, comme la lumière éclaire, comme le feu chauffe et brûle naturellement.
La sainteté est en Dieu une essentielle incompatibilité avec le mal, avec tout péché, avec tout défaut, avec toute imperfection de l'esprit ou de la volonté. Il ne saurait exister en lui ni tache, car il est la pureté ; ni lacune, car il est la perfection même ; ni erreur, illusion, ignorance, car il est la sagesse en personne.
Aucune de ces qualités n'est distincte de la substance divine et elles sont toutes une seule et même essence avec lui. Mais l'Écriture s'est accommodée à notre faiblesse de concepticn et d'intelligence, en les présentant séparément comme si elles l'étaient de fait.
Ainsi resplendit à nos yeux ce Dieu invisible, immortel, inaccessible, comme un soleil éclatant, dont les rayons de perfections, métaphysiques et morales, viennent éclairer et embellir notre vie, si remplie de ténèbres et de misères ! . . .
Article III. — La Beauté de sa Providence
I — TEXTES
" Soyez les enfants de votre Père des deux, qui fait lever son soleil sur les bons et les méchants, et tomber la pluie sur les justes et les injustes." (Matt. 5, 45.) — " Considérez les lis des champs, comme ils croissent ; ils ne travaillent ni ne filent : si Dieu les vêtit, combien plus vous, hommes de peu de foi." (It, 6, 28.) — " Regardez les oiseaux du ciel : ils ne sèment, ni ne moissonnent, ni ne ramassent dans les greniers. Et voire Père céleste les nourrit. Est-ce que vous ne valez pas plus queux ? " (It. 26.)
Le dogme de la Providence est mis en évidence dans l'Écriture. Elle s'étend à la nature entière, même aux êtres sans raison. Les hommes en sont l'objet principal, surtout les âmes justes que Dieu aide dans les épreuves, qu'il encourage dans les malheurs. Si Dieu, pour être juste, se voit contraint d'user de châtiments envers les siens, c'est pour les ramener au devoir et à la vertu.
IL— CONSIDÉRATIONS
I. — La conservation est l'acte par lequel Dieu maintient tout être dans l'existence. Toute créature sans exceptioii^vient de lui et non d'une autre ou
d'elle- même. Elle dépend de lui, même une fois existante. Sortie du néant par un acte de sa bonté, elle y rentrerait à tout instant, sans un acte permanent de conservation. Aussi on peut affirmer que la conservation des êtres est une création continuée.
Ainsi, partout et toujours, toute la création reste dans la dépendance de son auteur souverain, sans discontinuité. Est-ce que, pour rester lumineuse, Tatmosphère n'a pas besoin de recevoir incessamment l'action illumina trice du soleil ?
Il y a donc erreur et oubli de rester persuadé que, une fois en possession du corps et de Tâme, vous en disposez en maître souverain et que vous pouvez bien subsister par vous-même, indépendant de la puissance divine. Illusion commune à la généralité des chrétiens eux-mêmes î
II. — Le concours naturel accompagne la conservation. C'est la coopération que Dieu accorde à tous les êtres en chacune de leurs opérations, même la plus insignifiante.
Dans une usine mécanique, la vaj>eur ou l'électricité sert de générateur ou cause de la force, nécessaire au mouvement et au travail. Cette force se communique par les courroies de transmission ou par les arbres de couche à tout le reste de l'engrenage, des roues, des mécanismes : ainsi s'opèrent, par ces instruments ou causes secondes, les plus merveilleux ouvrages.
Cette comparaison manifeste à vos yeux que Dieu est la cause première de tout mouvement, de toute opération dans les êtres de la création, même matérielle. Dans ce dessein, il a établi des lois de Vordre 'providentiel. Ces lois, auxquelles obéissent les créa-
tures inférieures, sont découvertes et fixées par les sciences : lois de la pesanteur, de la chaleur, de la lumière, de l'aimant, de l'électricité . . . L'instinct des animaux suit fatalement les lois qui les régissent. Aussi l'ordre le plus beau règne sur les êtres de la nature, grâce au constant concours qui leur vient de Dieu.
Voyez quelle vaste intelligence préside à cet immense concert d'harmonie, depuis les astres lointains, l'impénétrable atmosphère, l'océan céleste et les océans terrestres, jusqu'au plus petit animal et à l'invisible microbe ! Entre les êtres innombrables du règne minéral, végétal, animal, agissant les uns sur les autres depuis des siècles, avec une complexité sans fin, Dieu seul a sagement disposé leurs rapports mutuels et ordonné l'ensemble et chacun vers le but assigné.
III. — La Providence est encore plus merveilleuse : ce nom est exclusivement attaché au gouvernement divin du monde moral ou des âmes raisonnables et libres. Ni ma main, ni ma langue, ni mon bras, ni mon pied ne pourraient faire un mouvement, ni mon âme ne saurait concevoir une pensée, ni mon cœur traduire un sentiment, si Dieu ne prêtait pas sa propre force à leur service. Sans répit, son action pénètre autant mes actes pour les faire se produire que mon être pour les faire exister.
Réunissez par la pensée l'incalculable multitude des hommes et calculez toutes les variétés d'action dont ils ont le pouvoir. Dieu a su tracer le plan où chacun et chacune de ses forces trouve sa place et son emploi. Il a prévu toutes les rencontres et tous les chocs et assigné la marche vers le but final.
Bien plus, il a su opérer cette merveille déconcertante, en sauvegardant à chacun sa liberté.
Soutient-il jusqu'au bout l'acte mauvais, le péché moral de désir, le bras de l'assassin ? Oui. Car il se conforme à la loi de sa Providence en fournissant la force promise ; mais il laisse la responsabilité de l'usage à l'âme libre de l'employer ou pour le bien, ou même pour le mal physique ou moral. Et encore, si vous pouvez exister sans rien ravir à l'infini de Dieu, pourquoi ne pourriez-vous pas agir sans nuire à sa puissance ?
En vue de la beauté harmonieuse du monde moral, la Providence lui a imposé des lois, non plus aveugles et fatales, mais véritablement connues, comprises, acceptées. Que l'homme soit associé à son semblable au foyer domestique ou en société civile, il est soumis, qu'il le veuille ou non, à ces lois obligatoires de ses devoirs.
Les causes libres et morales subissent la loi naturelle^ inscrite dans la conscience humaine ou promulguée à l'intelligence et à la volonté : *' Tu feras le bien, tu éviteras le mal ; Tes enfants sont ta propriété, le bien d'autrui ne t'appartient point." La Providence veille à l'exécution ou à la transgression de sa loi.
Dieu a promulgué la loi positive : divine au Sinaï par les dix commandements donnés à Moïse (loi mosaïque) ; évangélique, imposée par Jésus-Christ, son Fils égal en autorité ; ecclésiastique, façonnée à travers les âges par ses successeurs légitimes.
Dieu sanctionne la loi humaine, promulguée par l'autorité compétente en vue du bien commun de la société qu'elle gouverne.
Le miracle est la dérogation à ces lois. Dieu en est le maître, puisqu'il les a posées. Il peut donc en interrompre, quand il lui plaît, l'exercice ou dans l'ordre des lois physiques de la nature, ou dans l'ordre des lois morales de l'humanité. Mais s'il sort de ses lois ordinaires, sa Providence ne saurait le faire que rarement . . . Un grand nombre de chrétiens, surtout dans le malheur, réclame souvent cette dérogation aux lois^établies. C'est oublier que Dieu se doit de les maintenir d'ordinaire dans leur rôle, pour manifester la constance de ses décisions et la profondeur de ses desseins. Il saura, sans nul doute, tirer de ces maux passagers un bien tout-à-fait supérieur.
Dans son action sur la nature, l'homme ne se rapproche-t-il pas de Dieu opérant le miracle ? On le voit par la science séparer les éléments d'un corps, qui fussent unis sans cela pour jamais ; ou il en constitue de nouveaux et s'en sert pour de merveilleuses guérisons. Ainsi l'homme devient la providence du malheur.
Si l'on admire les faits miraculeux, d'où vient que l'on soit indifférent devant le royal gouvernement du monde ? Ce vaste réseau si complexe, composé de millions de causes secondes, libres, et responsables, fonctionne dans un ordre admirable. N'oublions jamais que Dieu l'a établi par pure bonté et pour la manifestation de sa beauté ! (V. Les Sources de la Piété.)
Article FV. — La Beauté de la Trinité
" Faisons l'homme à notre ressemblance." (Gen. 1, 26.) — " La Sagesse (Verbe) que Dieu possède en son snn." (Prov. 8, 12.) — " Le Seigneur dit : Tu es mon Fils / . . ." (Ps. 109.) — " Saint, saint, saint, le Seigneur des armées I " (Is. 6, 3.) — "Baptisez au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit" (Mat. 28, 19.) — *' Ils sont trois qui rendent témoignage ait ciel : Père, Fils et Saint- Esprit, et ces trois ne sont quun." (I Jean 5, 7.)
Les textes bibliques contiennent à peine des allusions à ce dogme fondamental. L'Évangile est venu les éclaircir. Et le Nouveau Testament est très explicite. Jésus ne cesse de parler de son Père et ensuite du Paraclet. Arrivé au terme de sa mission, il dévoile clairement le mystère à ses apôtres et aux disciples et, par eux, à tous les croyants de l'avenir (V. J. Lebreton, S. J., Le Dieu vivant).