II.— CONSIDÉRATIONS
I. — L'enfance de Jésus, parvenu à l'âge de discrétion ou de raison, selon le langage ordinaire, n'est marquée d'aucun trait saillant, extraordinaire. S'étant fait enfant, il vit, pense, parle, agit comme l'enfant, mais sans nul défaut de l'enfance.
Il a pris sur lui les faiblesses de cet âge, hormis le mal qu'il repoussa toujours. Le péché, l'ombre
même du mal ne sauraient un instant ni ternir, ni faner la fleur de sa belle âme, deux fois immaculée, et en elle-même et dans sa source. Jamais ne vient l'effleurer ni un désir sans motif, ni un caprice vagabond, ni une mutine vivacité . . . Mais, comme il apprit à faire ses premiers pas au bras de sa mère et à bégayer avec elle les premiers mots, il accommode le développement de son corps aux progrès des années, ses paroles et ses actes au degré de perfection de ses facultés.
Ainsi, il y a 'progrès de la science, acquise comme la nôtre, par le contact de l'expérience : seulement, chez lui, tout est ordonné et parfait, rien d'anormal. PoUi* nous, dans la première enfance, l'âme n'est d'ordinaire qu'une maîtresse peu écoutée et mal obéie.
S'il est vrai que la divine lumière baigne alors son front, illumine ses yeux, rayonne dans son sourire, transperce le nuage de son corps, elle est néanmoins adoucie et mesurée à dessein. C'est, dans sa carrière, le matin d'un ciel calme et limpide, l'aube qui blanchit, de discrets rayons, une nature admirablement belle et captivante.
II. — L'adolescence de Jésus est semblable au soleil dont le disque se dessine majestueux à l'Orient qu'il illumine.
La douzième année constitue la majorité en Israël : l'adolescent devenait responsable de sa soumission à la Loi de Moïse et de toute sa conduite. C'est ce qui explique la présence parmi les docteurs, interprètes de la Bible en faveur du peuple.
Jésus reste à Jérusalem, à l'insu de ses parents et sans aucune faute de leur part : sa perte est une
épreuve passagère et méritoire. C'est le sort réservé aux plus belles âmes, dans la suite. Mais la volonté divine a le droit de l'imposer, selon ses desseins cachés.
Jésus rendu au Temple, " assis au milieu des docteurs ", pour les mieux entendre, se permet de les interroger, et de leur répondre. Ici paraît sa science divine. Comme adolescent, il écoute avec humilité, recherche prudemment la vérité, répond avec modestie. Comme Dieu, son langage provoque la stupeur ou le profond étonnement de ses auditeurs, qui admirent une si haute sagesse dans un âge si jeune. Il mérite sans doute, de la part du Conseil, l'autorisation d'enseigner désormais la Loi mosaïque, privément et en public.
Jésus, retrouvé après trois jours, répond aux plaintes de sa mère : " Ne saviez-vous pas .^ Les intérêts de mon Père, avant tout le reste.** C'est sa première parole dans l'Évangile. Elle établit le principe de la soumission surnaturelle de la part des parents envers les desseins de Dieu. Principe aussi de force et de consolation pour les enfants ; principe de détachement et de sacrifice à l'égard de personnes aimées et des appuis qui semblent le plus nécessaires. Combien de fois l'ombre projetée par la nature obscurcit le divin dans les âmes!
III. — Le charmant adolescent " descendant avec ses pareniSy vint à Nazareth, où il leur était soumis ". C'est la retraite d'une vie cachée durant dix-huit années. . . D'ordinaire, c'est l'âge de l'indépendance.
A Nazareth, la piété. Jésus prie sans cesse. Il dérobe au sommeil de longues heures, pour s'entretenir avec son Père. Son âme a son ciel. Le jour du Sabbat, il est présent à la synagogue, perdu dans la foule, et trois fois l'an il va célébrer les fêtes
LA BEAUTÉ DE jésUS-CHRIST 125
solennelles à la ville sainte. . . Le seul pieux adolescent est à l'abri de tous les vices.
A Nazareth, le travail. Travail vulgaire et rude, mais d'autant plus aimé. Jamais artisan n'eut un apprenti plus docile et plus vaillant que Jésus. Il sera bientôt un parfait ouvrier, grâce à sa persévérance. . . Le travail est la sauvegarde des vertus.
A Nazareth, la pauvreté. Coup d'oeil sur la demeure et ses hôtes : étroitesse du local, nudité des murs, ouvertures où passe un jour douteux ; meubles rustiques, ustensiles sans apparat, lits et linges grossiers et propres; vêtem.ents tissés à la main, repas d'une sobriété simple, costumes d'ouvriers et tenue vulgaire. Que Jésus est beau dans cette simplicité volontaire et ce retranchement des agréments de la vie ! . . . La prodigalité éloigne l'adolescence des joies pures.
A Nazareth, Vhumilité. Il sacrifie ses droits de royauté universelle, droits aux palais de marbre et d'or, aux tissus et aux étoffes de luxe, droits aux métaux précieux, diamants, perles et pierres précieuses, droits aux hommages des foules et des serviteurs empressés ... Il a choisi l'abaissement, le détachement de toute vaine gloire, l'effacement de la plus modeste des conditions : pour lui, l'humiliation, l'obscurité, l'effort, la fatigue, la peine, les privations. Qu'il est grand dans tout cet appareil ! . . .
Des multitudes de jeunes adolescents des deux sexes ont suivi, dans le monde et en religion, les traces de leur parfait modèle : il en est qui ont mérité les honneurs du culte sur les autels. Beaucoup, revêtus de la blancheur de leur innocence, ont pris leur essor vers les sphères éternelles !
Article FV. — La Beauté de sa Jeunesse