I.— TEXTES
" Jésus progressait en âge. . . Et il leur était soumis." (Luc. 27.) — " N'est-il pas, celui-là, le Jlls d'un ouvrier? " (Matt. 13.) — " N'est-il pas, celui-ci, l'ouvrier fils de Marie? " (Marc 6.) — " Et Jésus était, alors, âgé d'environ trente ans, et on le pensait fils de Joseph." (Luc 3.)
Jésus grandissait " avec Vâge " par le commun développement physique de l'ossature, de la taille, de la vigueur, des traits: c'est le passage de l'adolescence à la jeunesse, jusqu'à la trentième année, âge réputé parfait. . . Jésus est proclamé fils *' soumis ", l'obéissance comprenant tous les devoirs des enfants : respect, reconnaissance ou piété filiale, amour, assistance. . . Jésus est dit ''fils d'ouvrier^' et ** ouvrier " lui-même, ''fils de Marie " : ce qui est vrai ; et "on le pensait fils de Joseph*' : ce qui n*est point vrai... "Ouvrier" ou travaillant le fer ou utilisant le bois : la tradition seule a marqué le métier de charpentier, qui parfois travaille aussi le fer. . . Jésus est descendu jusque-là par amour pour les plus humbles.
I. — Le travailleur modèle offre l'exemple prolongé des beautés morales e' des principes de grandeur.
Fils de Dieu, il façonne le bois et apprend son métier comme un ignorant, comme un novice apprenti. Il se sert d'outils imparfaits, se blesse parfois.
avance avec lenteur, subit la fatigue et l'épuisement. Son front royal si pur se mouille de perles de sueur ; ses belles mains viennent à s'élargir, à se durcir ; ses épaules fléchissent de mouvements rythmés à chacun des coup» de marteau ; son corps se plie en ramassant les copeaux ! . . . Qui osera le plaindre ?
Les curieux passants et les voisins inactifs, n'apercevant que les apparences des gestes, estimaient les deux charpentiers, selon les humaines apparences, très modestes. Marie et Joseph sont seuls ravis d'admiration devant cette grandeur d'âme ignorée.
Quant à Jésus,ravenir des travailleurs de l'univers est présent à son esprit: il honore et relève Isl valeur du travail, comme il condamne d'avance le mépris instinctif, témoigné par tant d'âmes, aux travaux vulgaires et aux personnes qui en vivent. A ses yeux, il bénit toutes les conditions honnêtes, car il sait que, dans la société, il faut des cerveaux qui pensent, comme il faut des bras qui agissent.
La leçon est encore plus réconfortante : le travail n'est pas une nécessité seulement ; il ne se revêt pas seulement de dignité ; il ne mérite pas seulement l'estime et le respect, l'intérêt commun et l'amour habituel des travailleurs. Hélas ! Les diverses aptitudes humaines ne songent guère qu'à l'argent, au gain, aux agréments, aux avantages et à l'honneur que peut procurer le travail. C'est la source intarissable des réclamations, des discordes, des rébellions et des haines sociales.
Jésus est venu dire et prouver par sa vie cachée laborieuse : le travail est une loi qui s'impose à chacun et à tous, même au premier homme demeuré innocent. C'est une punition, en vertu de la déchéance
primitive, châtiment auquel nul n'a le droit de se soustraire : c'est la loi, faisant peser sur tous ses contraintes et ses fatigues. C'est un préservatif et un remède, car " l'oisiveté donne naissance à tous les vices," et le travail assainie les fermentations ou les passions qui menacent la vie morale et surnaturelle. C'est une coopération à l'œuvre de Dieu dans la création, la rédemption, la sanctification, car la famille et la société y puisent leur activité et leur vitalité féconde ; l'individu y accroît sa valeur personnelle par le développement de ses facultés et de leurs connaissances, de leurs énergies et de leur félicité.
Le Maître dira plus tard : '* Chacun aura la récompense de ses œuvres.'' (Matt. 16.) Or, chaque action de votre corps et de votre main est un corps sans vie : le motif surnaturel seul en est l'âme. La plus vulgaire, comme la main de Jésus ramassant les copeaux, a le pouvoir de devenir divine et méritoire d'un degré de gloire au ciel.
IL — La vie de la Sainte Famille à Nazareth offre un exemple idéal aux familles chrétiennes, religieuses, sacerdotales. Grand et beau spectacle de l'élément humain, mêlé au divin.
A l'extérieur, éclatent la bonté, la mansuétude, l'affabilité, la distinction, l'abnégation. On les voit épanouies sur leur physionomie: jamais ni regard, ni sourire, ni trait, ni parole, ni geste, qui soit de nature à blesser, à froisser même en apparence aucune de ces trois âmes . . . Admirez et contemplez la sublime beauté de leurs quotidiennes relations au foyer, la suave et profonde douceur de leur union ! . . . Quel enseignement pratique ! Il faudrait le renouve-
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1er, chaque matin, aux âmes chrétiennes et consacrées à Dieu : " Entre vous, la bonté et l'union, avant tout!. . . La mutuelle charité, sans nul froissement, manifesté au dehors ! "
A l'intérieur, tous trois ont les mêmes idées sur toutes choses ; ils vivent en effet dans une atmosphère surnaturelle et les clartés d'en haut . . . Pour nous, nous caressons l'idée de notre personnalité, de nos intérêts individuels, de notre goût et de notre égoïsme : d'où le désordre, la désagrégation, les divergences, les défauts et les péchés. — Tous trois ont les mêmes goûts ou inclinations : c'étaient ceux de Jésus, assimilés par l'âme de sa mère et de Joseph . . . Pour nous, nous cédons au tempérament et au caractère : il dépend de chaque âme de leur commander, à la longue de les modifier, jamais de les imposer à autrui.
Tous trois unissent leur volonté pour la soumettre à Dieu par l'amour et s'en détacher par le sacrifice et l'abandon. L'affection réciproque est le ciment de l'union des cœurs. Elle rend souple les caractères, adoucit les tempéraments, épargne aux autres les douleurs : elle aime et sait se faire aimer, en Dieu, pour Dieu, avec Dieu, même si elle s'aperçoit qu'elle n'est point aimée. Au fond, c'est l'amour divin, poussé jusqu'à l'héroïcité de toutes les vertus : c'est la perfection relative et la sainteté même sur la terre ! . , .
III. — La soumission de Jésus n'était pas une feinte complaisance. " Soumis " ou obéissant, donc on lui commandait, donc on l'instruisait, donc on le formait à son métier. Il a choisi de descendre à ce degré de connaissance expérimentale. L'action de
Marie et de Joseph n'était pas une vaine apparence d'autorité : les progrès du jeune homme, bien que Fils de Dieu, étaient donc des réalités visibles. De là des joies toujours nouvelles pour ses parents et de sa part d'incessantes expressions de reconnaissance et d*amour envers eux.
Ainsi se réalisent, d'une façon idéale sans doute, mais imitable cependant, tous les devoirs des parents envers leurs enfants et ceux de Jésus envers les siens : c'est le superbe tableau de la vie commune entre les personnes du même foyer, du même Institut religieux, du même diocèse.
Dans cette vie commune, il convient de ne pas oublier les vertus de Nazareth, les joies qui débordent des trois âmes, les marques extérieures de la douce paix qui les inonde, la conformité de leurs pensées et de leurs sentiments, l'harmonie exquise de leurs cœurs, les scène^ intimes de leurs exercices religieux au-dedans et aux solennités du Temple, leur zélé caché et leur modeste apostolat pour les voisins, le prochain et les païens.
Quelle^ belles leçons, laissées aux belles âmes qui désirent les pratiquer en marchant sur les traces de Jésus, Marie, Joseph ! !