II.— CONSIDÉRATIONS
I. — Le miracle est une dérogation aux lois physiques ou morales de la nature. Dieu qui les a posées est bien en droit de les suspendre dans leurs effets, à son bon plaisir. Et Jésus est Dieu.
Les miracles particuliers, exposées dans les Évangiles, sont au nombre d'environ quarante. Ils se partagent en deux séries : ceux de son amour et ceux de sa puissance.
Les miracles d'amour^ dans le dessein de soulager les souffrances physiques ou morales, proviennent de la compatissante charité du Sauveur. Ce sont :
Les trois exemples de résurrection : Lazare, la fille de Jaïre, le fils de la veuve de Naïm ;
Les six cas de guérison mentale ou d'expulsion des démons et une vingtaine de gucrisons corporelles^ qui concernent presque tous les genres de maladies : fièvre, lèpre, anémie, hydropisie, hémorrhagie, cécité, surdité, mutisme, paralysie . . .
Les miracles de puissance attestent en Jésus un droit absolu de contrôle sur toutes les forces de la nature. Ce sont :
Les faits de création, tels que le changement de l'eau en vin et la multiplication des pains, deux fois renouvelée ;
Les faits d'abrogation des lois ordinaires de la nature, comme la Transfiguration, la marche sur les eaux, les deux pèches, l'apaisement de la tempête.
Les faits du Iriomphe de la volonté sur les volontés ennemies, tels que la double expulsion des vendeurs du Temple et le renversement de la troupe venue à Gethsémani effectuer l'arrestation ;
Le fait de destructioii, mis en évidence par le dessèchement subit du figuier stérile.
TL — D'autres miracles, non consignés dans l'Évangile, furent opérés en grand nombre, selon l'affirmation générale des textes.
" Jésus parcourait toute la Galilée, guérissant toute langueur et toute maladie parmi le peuple ; et dans la Syrie on lui présenta ceux que tourmentaient les démons, les lunatiques et les paralytiques : et "i7 les guéritr (Matt. 4, 23.)
** Le soir venu, il chassait les esprits d'un mot, et il guérit tous les malades." (Ibid. 8, 16.)
** Sortant de la barque, il vit l'immense foule, et il eut pitié d'eux, et il guérit leurs malades." (Ib. 14,
" A Genesar, ils le priaient qu'il leur permît au moins de toucher le bord de son vêtement : et quiconque le toucha fut sauvé." (Marc 6, 16.)
*' A cette heure même, il délivra beaucoup de personnes de maladies, de plaies et d'esprits mauvais, et il rendit la vue à beaucoup d'aveugles." (Luc 7,21.)^
Ainsi la bonté du cœur de Jésus est inépuisable et ses miracles sont innombrables.
Et où sa majesté et sa grandeur éclatent à merveille, c'est que s'il guérissait tous les malades y il les guérissait à'une parole ou d'un acte de sa volonté ; il le faisait soudainement de telle sorte que, entre sa parole et la guérison, il n'y avait pas d'intervalle ; et il les guérissait complètement.
Jamais aucun savant, jamais aucun saint n'ont produit de si grandes merveilles. Le saint prie, voilà sa part ; l'exaucer et opérer le miracle, voilà la part de Dieu. Mais Jésus commande en Maître, sans nulle intercession. Une parole suffit.
Il dit à la tempête : '* Tais-toi .' " ; au démon : " Sors de cet homme " ; à l'aveugle : '* Va te laver .' " ; à l'oreille du sourd et à la bouche du muet : " Ouvre-
toi / " ; au lépreux : ** Je le veux, sois guéri / " ; au paralytique : *' Prends ion grabat et marche ! *' ; au mort que l'on porte en terre : '* Jeune homme, je te VordonnCy debout ! " ; à la jeune fille étendue sur son lit funèbre : '* Enfant, lève-toi / " ; à son ami, au tombeau quatre jours : " Lazare, viens dehors /"
Remarquez que sa parole agit à distance, aussi bien que de près : " Va, dit-il au prince, ton fils est vivant ! " ; au centurion : '' Va chez toi, ton fils est guéri / " ; à la Chananéenne : " 0 femme, ta foi est grande : que ta volonté soit faite ! "
II. — La prophétie est la révélation d'événements prochains ou lointains, confirmée et réalisée par les faits.
Jésus est proclamé " le prophète originaire de Nazareth en Galilée.'' (Matt. 21.) Roi et maître de tous les anciens voyants d'Israël, il lui fallait revêtir ce caractère, pour faire éclater la véracité de sa divine mission.
Il prédit aux disciples ses souffrances et son genre de mort, avec des circonstances précises, contraires aux coutumes israélites.
Il annonce à Pierre son triple reniement, malgré les présomptueuses protestations de son zèle ; à ses disciples la trahison de Judas, bien qu'il fût son apôtre et son commensal, investi d'un ministère de confiance et de pouvoirs spirituels sur les démons.
Il prédit, les larmes aux yeux et le cœur broyé, la ruine du Temple, la destruction de la ville sainte, la dispersion de ses compatriotes à travers les espaces et les siècles : terrible prophétie qui s'exécute encore sous nos yeux !
LA BEAUTÉ DE jÉSUS-CHRlST 143
Il prédit la diffusion et V universalité de son règne dans Tunivers entier : rois et peuples, riches et pauvres, génie et vertu, dévouement et sacrifice, héros et martys, savants et letlrés, artistes et magistrats, tout ce qu'il y a de grand, de beau, de saint, de noble dans l'humanité s'est prosterné au pied de sa croix et de ses autels.
Il prédit la perpétuité de son Église, si humble et si faible de son vivant. Ce groupe modeste qui l'entoure n'a pas su comprendre encore sa belle doctrine, ses constants miracles, les pouvoirs promis ou conférés, ni avoir le courage de le suivre aux tribunaux ou la loyauté de l'avouer pour le Maître adoré! Et cette jeune plante va se développer en un grand arbre, dont les branches et les rameaux ont, depuis, enveloppé le monde entier ! . . . Ni les ruses et les haines de l'enfer, ni les cruautés conjurées des Césars et des peuples, rien n'a pu arrêter son développement et son expansion.
Saluez la majestueuse physionomie du thaumaturge et du prophète divin ! ''Si vous ne croyez pas à sa parole, croyez au moins à ses œuvres.*' (Jean 10, 38.)
Article IV. — La Beauté de ses Actions
"Les œuvres que je fais rendent témoignage de moi." (Jean 5, 36.) — *' Je vous ai montré beaucoup d' œuvres bonnes ; pour laquelle me lapidez-vous ? " (It. 10, 32.) — " Si je ne fais pas les œuvres de mon Père, ne croyez point en moi ; si je les fais, croyez à mes œuvres" (It. 10, 38.) — " Mon Père, j'ai consomma l'œuvre quê vous m'avez confiée." (It. 17, 4.)
Déjà à douze ans, le Sauveur disait à sa mère : ** Mon devoir est de me dévouer aux intérêts de mon Père.*' (Luc 2, 49) . . . Mais les œuvres de Jésus, c'est tout l'ensemble de sa vie, surtout dans les trois dernières années. Assurément, ses plus éclatantes actions sont les miracles et les prophéties. Néanmoins ses moindres actes forment une corbeille de fleurs toutes parfumées. Qui comprendra jamais la sublimité de sa douloureuse Passion ?.. Toutes ses actions si belles se peuvent classer en deux catégories principales.