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CHAPITRE IV

La Beauté de l'Esprit-Saint

L— TEXTES

Article I. — La Beauté de sa Mission

" Le Paraclet, V Esprit-Saint que le Père enverra en mon nom, TOUS enseignera toutes choses et vous suggérera tout ce que je vous aurai dit.'' (Jean 14.) — " Et je prierai mon Père, et il vous donnera un autre Paraclet, pour qu'il demeure avec vous perpétuellement." — " L'Esprit de vérité, qui procède du Père, rendra témoignage de moi." (Ibid.)

Il convient de reconnaître que l'Ancien Testament, par des allusions voilées, confirme les affirmations de notre foi au sujet de *' V Esprit de Dieu ou du Seigneur ".Il renferma ces trois idées : qu'il y a en Dieu une troisième Personne ; que cette Personne a la nature divine ; qu'elle est distincte du Père et du Fils . . . Mais le Nouveau Testament révèle nettement sa Personne, ses attributs, sa mission, visible et invisible. Là réside sa grandeur, ainsi que sa beauté.

II — CONSIDÉRATIONS

L — L'Esprit-Saint est l'amour réciproque et consubstantiel du Père et du Fils. Éternellement, tous deux ne peuvent se connaître sans s'aimer d'un amour égal à eux, infini et nécessaire. Le Père est esprit et saint, le Fils est l'un et l'autre, et le Saint-

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Esprit leur est commun à tous deux, procédant d*eux essentiellement.

Le nom d'amour, dit saint Thomas, est le nom propre de la troisième Personne, comme le mot Verbe est celui de la seconde.

On l'appelle aussi Don de Dieu, parce qu'il nous est donné par lui pour toujours, et parce que donner gratuitement à quelqu'un, c'est l'aimer : la volonté donne avant tout son amour — ou elle le refuse librement.

On le nomme Créateur, venant en réalité dans les âmes, afin d'y créer la vie surnaturelle, comme il est venu en Marie pour y former la sainte humanité du Verbe.

Ainsi il est en vérité une Source vive, " qui rejaillit jusqu'à la vie éternelle ", laquelle il est chargé par Jésus d'inaugurer ici-bas dans les élus de la gloire.

Il est également le Feu de la divine charité, que Jésus " apporte sur le terre ". Seule la charité survit et est couronnée au ciel.

Il est V Onction intérieure, comme l'huile et le saint chrême à l'extérieur, laquelle embaume et fortifie, qui consacre, non des rois périssables, mais des dieux immortels.

Il est enfin le Paraclet ou le Consolateur parfait, qui pénètre dans l'intime demeure de l'âme et y exerce son rôle de tendre amitié et de suave affection. L'Esprit-Saint est V Esprit de Jésus, avec sa douce indulgence et ses miséricordieuses mansuétudes, *' prenant de lui tout ce qui lui appartient pour nous le communiquer " : lumières de sa doctrine, beaux sentiments de sa morale, joies fécondes de ses conseils, sublimes résignations de ses souffrances !

II. — La mission du Saint-Esprit est sa destination éternelle à l'accomplissement d'une œuvre sur la terre : ce qui n'implique d'ailleurs aucune idée d'infériorité. La divinité e^t pareille au soleil qui envoie sa lumière ou le Verbe, sa chaleur ou rEsi)rit-Saint. Ce n'est là, par comparaison, qu'une distinction d'origine, sans commencement ni fin.

Il y a deux sortes de missions pour l'un et pour l'autre : la mission visible du premier par l'Incarnation, du second par ses apparitions au baptême de Jésus, sur le Thabor, au cénacle de la Pentecôte ; la mission invisible a lieu lorsque tous deux viennent se communiquer à l'âme bien préparée, où ils habitent comme dans un ciboire.

Travaillant ensemble à l'œuvre de notre sanctification, objet final de leur mission, si Jésus par sa nature humaine fournit le modèle de notre être surnaturel, c'est l'Esprit-Saint qui en opère la copie dans notre âme et notre vie ... Si les mérites de Jésus sont la source de notre vie divinisée, c'est l'Esprit-Saint qui y puise pour nous en faire la communication . . . Si la prière de Jésus au ciel fait appel à l'effusion des grâces, c'est l'Esprit-Saint qui en opère V application ... Si le monde des âmes se tourne vers Jésus, c'est le même Esprit qui en est Vagent mystérieux.

Ainsi, tous deux font la vitalité de l'Église, lumière et chaleur des âmes. Gloire et gratitude à ces deux missionnaires de la divinité et à leur parfaite union dans une œuvre identique ! Leurs deux amours seront inséparables dans nos âmes vivifiées . . .

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Article II. — La Beauté des Vertus infuses

" <Si quelqu'un ne renaît de Veau et de V Esprit-Saint, il ne peut entrer dans le royaume de Dieu." (Jean 3.) — "Dieu nous a sauvés, à cause de sa miséricorde, par le baptême de régénération et de rénovation de l'Esprit- Saint." (Tit. 3.) — " Maintenant demeurent ces trois vertus : foi, espérance, charité qui est la plus grande." (I Cor. 13.)

La déclaration de Jésus est positive et explicite : nécessité du baptême pour la rémission du péché. Puis, simultanément, création de la vie surnaturelle par rinfusion de la grâce sanctifiante qui affecte et transforme la substance de l'âme ; infusion des vertus théologales qui affectent et transforment ses facultés, instruments de l'âme comme les sens sont les organes du corps ; infusion des dons du Saint- Esprit, qui mettent en mouvement les vertus ; infusion aussi de certaines grâces qui agiront en temps opportun. L'eau et la formule du baptême sont les éléments matériels de la régénération; l'Esprit-Saint est l'agent invisible qui opère la seconde naissance, celle de l'âme à une vie supérieure.

IL— CONSIDÉRATIONS

I. — La foi est la première vertu surnaturelle, mise ou infuse dans l'âme, même de l'enfant. Ce germe sera en activité à l'âge de discrétion et de raison.

Elle est surnaturelle dans son origine, puisqu'elle a Dieu pour auteur. Elle l'est dans son essence,

puisqu'elle est t^upérieure à toutes les perfections naturelles, acquises de nos propres forces. Elle Test dans son motif, puisqu'elle appuie son assentiment sur la parole de Jésus-Christ. Elle l'est dans son objet y puisqu'elle adhère aux vérités du Credo, qui dépassent la raison et ne sont connues que par la Révélation.

Remarquez attentivement que la foi est la lumière de l'intelligence. De même que l'œil le mieux conformé ne peut rien percevoir, le jour ou la nuit, sans le concours de la lumière diffuse ou artificielle; de même l'intelligence ne saurait voir ni les dogmes, ni les prophéties, ni les mystères, ni les vérités révélées, sans la lumière surnaturelle de la foi. Elle les voit à travers les ombres, mais son regard illuminé par la foi finit par la belle vision de la religion céleste, de ses croyances distinctes de l'harmonie qui règne entre l'ordre naturel et l'ordre surnaturel. Sans la foi, l'âme languit fatalement enfermée dans les horizons terrestres. Avec elle, elle goûte déjà aux voluptés d'en -haut.

Uesprit ou Vhabitude de la foi devient ainsi le principal ressort de la vie chrétienne, de la perfection religieuse, de la dévotion réelle et de la piété eflScace. Grâce à cette culture de la foi, les âmes saintes se sont montrées fortes et généreuses. Sans doute la rude crainte les hantait. La justice de Dieu les tenait en respect. Le péché était, à leur sentiment, le seul mal redoutable. Le détachement des biens de la terre, la lutte sans pitié contre les basses inclinations, la surveillance des occasions périlleuses, l'accomplissement des devoirs pénibles, tout peut contribuer à solidifier leur vertu.

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Les convictions de la foi surpassent toutes les convictions naturelles : elles ont fait les martyrs.

II. — L'espérance est la seconde vertu surnaturelle, infuse dans l'âme, même de l'enfant. Ce germe prendra son développement à l'âge de discrétion et de raison.

Son nom seul paraît doux à l'oreille, aimable au cœur. Elle mérite le nom de vertUy puisqu'elle nous rend meilleurs, en attachant notre volonté à la possession du bonheur sans fin et sans mélange, en nous rendant capables de la désirer avec une indomptable ténacité, de l'attendre un jour avec une confiance inébranlable, de la chercher avec une énergie entreprenante et combative.

Elle mérite le nom de vertu surnaturelle, puisque son objet, qui est la béatitude de notre être tout entier, est hors de la portée de toutes les créatures et ne saurait dépendre de l'acquisition et de la jouissance de toutes les vertus naturelles, même poussées jusqu'à l'héroïsme.

Elle mérite le nom de vertu théologale, car elle naît de l'Esprit-Saint, elle s'appuie sur Dieu et se porte sur son secours ; elle ne peut se renouveler, se développer, se maintenir dans l'âme que par Dieu et sa toute-puissance.

Remarquez bien la croyance catholique. Dieu est tout puissant et il veut notre félicité éternelle. Bien plus, il a daigné nous en faire la promesse. Or toutes choses que Dieu a promises, selon l'ordre de ses conseils, sont déjà accomplies en quelques sorte, parce qu'elles nous sont assurées. Il s'est dessaisi luimême, en s'ôtant la liberté d'en disposer autrement... Et Infidélité de Dieu est irrécusable. Si le temps vous

paraît long, considérez ce qu'il a dit à Abraham : sa promesse sera acccomplie deux mille ans après : il envoie son Messie, il achèvera le reste dans la suite et il nous ouvrira un jour les portes de la Jérusalem céleste qu'il a promise aux siens.

Mais l'âme a besoin du concours incessant d'enhaut, si non elle risque de s'appuyer présomptueusement sur ses forces, de se confier aux espoirs naturels, de s'abattre même dans l'insuccès, les épreuves et les malheurs. L'œuvre de notre bonheur éternel se poursuit en commun entre Dieu et nous. Que d'âmes s'oublient ! . . .

Il nous appartient d'y mettre le dernier sceau et de la conduire jusqu'à son terme. C'est à quoi nous exhorte le prince des Apôtres : " Efforcez-vous y dit-il, de rendre voire élection et votre vocation certaines par vos bonnes œuvres.'' (2 Pet. 1.) Dans ce concert de deux volontés. Dieu a fait sa part ; faisons la nôtre : et rien ne saurait plus ébranler la certitude de notre espérance divine . . . Combien d'âmes escomptent leur seule habileté humaine ! Présomption ! . . .

III. — La charité est la troisième vertu surnaturelle infuse dans l'âme, même de l'enfant. Elle n'est pas identique à la grâce sanctifiante. " L'espérance ne trompe personne, parce que la charité de Dieu a été répandue dans nos cœurs par le Saint- Esprit qui nous a été donné." (Rom. 5.)

La charité désigne Y amour de Dieu pour nous et Vamour de chaque âme envers lui. La charité, justice ou sainteté, est un fruit de la grâce ; elle est intérieure et inhérente à l'âme. De là sa beauté surnatu-

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relie incomparable, supérieure à toutes les autres beautés de la création.

Par certaines comparaisons, l'on comprend mieux cette charité, instrument de la beauté invisible. Elle est à Tâme ce qu'est la pourpre à un tissu fin ou grossier, résistant ou fragile ; la lumière à un bloc de cristal qui la reflète ; Yéleciricité à une lampe très puissante ; le feu au fer auquel il communique ses propriétés d'éclairer, de brûler, de chauffer ; la sève à la plante, à la fleur, à l'arbre, principe caché de la vie, de la frondaison, de l'eflBorescence, de la fructification ; Vâme au corps qu'elle anime jusqu'à la mort . . . Quelle âme se complaît à cela ?

'L'amour de charité nous attache positivement à Dieu considéré dans sa nature, dans ses Personnes ou sa Trinité, dans sa bonté et son amabilité infinies. La parfaite charité nous fait voir en notre âme, à travers le voile de la foi. Celui que contemplent les élus, et nous le fait aimer par-dessus toutes choses. Quelle supériorité et quelle prééminence sur tous les autres amours créés ! Il atteint Dieu tout entier . . .

Le précepte de cet amour domine tous les autres commandements : " C'est le premier et le plus grand ", a dit Jésus. " Il oblige universellement, autant, plus même, si c'est possible, que la défense du meurtre. Pas une créature de Dieu, sauf les baptisés sans raison, n'entrera jamais dans son ciel de vision béatifique, sans y avoir persévéré finalement ! " (Faber, Créât, et Créatures.)

Et le mode de cet amour est nettement dessiné par Jésus : " Vous aimerez Dieu de tout votre cœur^ de toute votre âme^ de toutes vos forces,'' (Matt. 22.)

Ce qui signifie, un amour intérieur de volonté et un amour extérieur de renoncement et de sacrifice.

L'amour de charité envers le prochain est inséparable de l'amour de Dieu : précepte divin, essentiel, absolu, affirmatif, naturel et positif, renforcé par Jésus. Il concerne aussi tous les siècles et il ne sera jamais abrogé. Le viotif est aussi fondamental : c'est Dieu dans l'âme du prochain. Jésus s'est identifié avec lui, et il affirme sa doctrine dans ses discours, la confirme par ses actes et par ses exemples. Car le prochain est à la fois l'œuvre de Dieu et son image, l'enfant adoptif de Jésus, l'élu de la gloire. Il est donc notre frère.

Ainsi, l'amour de nos semblables, provenant de la charité est surnaturel : dans son origine, étant né de l'Esprit-Saint, dans son objet, qui est Dieu en lui ; dans son but, qui est la sanctification des âmes ; dans son universalité, qui embrasse amis et ennemis.

Il conviendrait que chaque âme se pénètre de toute cette belle doctrine, afin de purifier ses intention^, d'enrichir son cœur et son esprit, d'embellir sa vie et ses relations.

Article III. — La Beauté de ses Dons

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