II.— CONSIDÉRATIONS
I. — Le don de crainte nous fait redouter le péché à cause, non du châtiment, mais de l'injure qu'il cause à Dieu. Elle est appelée filiale, en vertu de la majesté et de la bonté infinies qui l'inspirent, comme la crainte respectueuse d'un bon fils envers son père très bon, d'un frère envers son frère, d'un ami envers son ami. Ce don est le fondement des autres, puisque la première démarche vers Dieu est la fuite du mal.
Les effets de ce don ** qui chasse le péché " (Eccl. 1) sont : une grande retenue devant la présence de Dieu, à l'intérieur et à l'extérieur ; un profond respect envers les représentants de Dieu et de son autorité, et aussi envers le prochain, œuvre de ses mains, image de sa beauté ; une extrême appréhension de la moindre offense de Dieu et de l'occasion de lui déplaire ; une soigneuse vigilance sur soi-
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même ; l'accroissement simultané avec la charité, par la totale soumission à Dieu.
Filiale envers Dieu, elle aide à combattre la peur, qui vient de la faiblesse de l'imagination, la crainte mondaine ou frayeur de perdre la vie et les biens de ce monde, les vaines terreurs qui ont pour cause souvent un manque de foi et de confiance en Dieu, le respect humain ou la crainte des hommes et de leur opinion, la frayeur excessive de la mort et des fins dernières.
II. — Le don de piété nous lie et nous unit à Dieu, comme notre Père, et nous porte à lui rendre nos devoirs. " Vcnis avez reçu VEsprit d'adoption des enfants par lequel nous crions : Mon Père ! " (Rom. 8.) Il révère aussi tout ce qui le touche, les saints, les Écritures inspirées, les objets du culte.
Les efets de ce don " qui est utile à tout " (I Tim. 4) rendent l'âme soumise et dévouée envers Dieu, lui fait ressentir vivement l'injure faite à Dieu : il opère sur le cœur la même action que le feu sur la cire ; il nous fait aimer les paroles inspirées et chaque mot de Jésus selon son application à l'âme ; il inspire une tendre dévotion envers Marie, saint Joseph, les anges et les saints, sans laisser d'aimer toutes les âmes comme enfants de Dieu ou créatures faites à son image. D'où les sentiments de compassion à l'égard des idolâtres et des païens, des schismatiques et des hérétiques, des apostats et des incrédules, des incurables et des aliénés, des malades et des mourants, des malheureux et des miséreux : dès lors, réparation, expiation, pénitences incessantes pour les vivants et les âmes du Purgatoire, par la
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prière, la communion, le chemin de la croix, Taumône et les œuvres de miséricorde.
III. — Le don de science éclaire Tâme sur les choses humaines pour en avoir une vue certaine par rapport à la foi et à Dieu : " car le Seigneur conduit le juste far les voies droites et lui donne la science des saints ". (Sag. 10.) Par exemple, la connaissance ferme et réfléchie de Dieu que provoquent chez eux les merveilles de la nature, les événements du monde ou l'histoire des âmes.
Les effets de ce don sont de dissiper les ténèbres de notre esprit, provenant de l'ignorance naturelle, des préjugés et des maximes du monde, des tentations de Satan ; de porter un jugement droit et feime sui les richesses, les honneurs, les charges, les plaisirs des sens ; de percevoir dans les épreuve^, les abandons, les persécutions, les mépris et les souffrances une beauté et une satisfaction inexprimables ; de découvrir dans les vertus des degrés de perfection inconnus aux autres ou des imperfections qui égarent et qui illusionnent bien des âmes ignorantes. ** La croix est le livre qui enseigne cette science divine. "
IV. — Le don de force nous communique le courage d'entreprendre pour Dieu de grandes choses et la confiance de les accomplir malgré tous les obstacles. Il est nécessaire à l'âme dans les conjonctures ardues et les tentations urgentes, où sont engagées les biens, l'honneur, la vie elle-même. Ainsi ce qui est impossible aux forces morales ordinaires de la nature devient possible et même facile par la force de l'Esprit-Saint. Elle porte à l'héroïcité des vertus.
Les efets de ce don sont le triomphe contre les tentations les plus violentes, les plus obsédantes, les plus insinuantes, les plus permanentes ; la constance dans l'exécution des plus saintes résolutions, au milieu des plus rudes combats contre la nature rebelle et passionnée ; la persévérance dans les plus grands maux pour le service de Dieu : aflBictions intérieures et extérieures concernant la réputation et la santé, sans aucun retour d'amourpropre ou de désir des louanges et de la gloire. Avec ce don, les roseaux sont des colonnes, comme Agnès, Agathe, Lucie, Rose de Lima. . . '* Demeurez fermes dans la foi, soyez pleins de courage et de force" (I Cor. 16.)
V. — Le don de conseil illumine Tâme, dans les circonstances difficiles, pour qu'elle fasse choix du meilleur parti à prendre en vue de la perfection et du salut. Ces conjonctures difficiles sont le choix d'un état de vie, les perplexités d'une âme timorée, les obscurités spirituelles, les embûches tendues à la simplicité, les pièges dressés à la persévérance, les attraits trompeurs présentés à la vertu mal affermie.
Les effets de ce don sont : le perfectionnement de la vertu de prudence, qui suit la saine raison, la discrétion dans la pratique des devoirs et des vertus, la distinction des motions de la nature et de la grâce, le rapide progrès dans les voies de la perfection, la parfaite tranquillité de la conscience.
VI. — Le don d'intelligence est une lumière qui fait pénétrer les vérités obscures que propose la foi. Il déploie aux yeux de l'âme les excellences de la grâce, la parfaite harmonie de toutes les parties de la religion, l'accord bien ordonné de la foi et de la
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raison, la suprématie de la Révélation : c'est un rayon céleste qui perce les voiles des vérités nécessaires.
Les ejfets de ce don sont : la certitude inébranlable de la foi, la compréhension des mystères moins élevés de la vie de Jésus, l'harmonie des Livres saints et des hagiographies, la connaissance de notre voie personnelle. ** Ce don, dit saint Ambroise, nous communique l'intelligence de Jésus."
VIL — Le don de sagesse, lumière et attraction, illumine la cause première et universelle, Dieu, sa grandeur, sa beauté, sa justice, sa bonté, ses perfections ; et cette connaissance donne à l'âme un goût délicieux, plus ou moins intense selon le degré de sa pureté et de sa perfection. " Le cœur, dit le saint curé d'Ars, se baigne dans l'amour divin."
Les efets de ce don sont : l'effacement des attraits du mal, la saveur des choses divines, la rectitude pondérée de la conduite ordinaire et le perfectionnement des trois vertus théologales.
Il appartient à chaque âme de solliciter sans cesse les trésors inappréciables de la bonté de l'Esprit- Saint.
Article IV. — La Beauté de ses Fruits
I — TEXTES
" Toute grâce excellente et tout don parfait viennent d'en-hatU et descend du Père de tovte lumière." (Jac. 1.) — " Les fruits d$ l'Esprit sont la charité, la joie, la paix ; la patience, la bénignité, la bonté ; la longanimité, la mansuétude, la foi ; la modestie, la la continence, la chasteté : coyitre de tels fruits, il ny a point ds loi." (Gai. 5.)
Selon saint Thomas, l'Apôtre n'a i)as voulu formuler rénumération complète des fruits du Saint- Esprit dans l'âme ; il en signale seulement douze^ qui sont opposés aux divers péchés charnels dont il vient de détourner les Galates. La plupart des appellations sont aussi dénominations de vertus morales. Les fruits pourtant sont des actes surnaturels, produits des dons et des vertus. Ainsi, dans la précédente énumération, la foi et la charité ne désignent point les deux vertus théologales, mais leurs actes, accompagnés de la douceur qui en est la récompense.
1 La charité ou amour fervent fait que Ton possède Dieu, l'Esprit de Jésus, et fait goûter le bien.
2. La joie naît de cette possession divine ; et l'Esprit Saint est très présent au Père et au Fils.
3. La paix maintient l'âme dans la possession de la joie, et l'Esprit-Saint est le lien qi i unit les deux autres Personnes.
4. La patience, à qui tient ton cœur dans la joie et en paix, dispose à supporter facilement toutes
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les peines qui surviennent. " C'est dans la 'patience que vous posséderez vos âmes.'* (Luc 21).
5. La bénignité ajoute à la patience la gracieuseté, en présence des aspérités de caractère, les brusqueries de manières, la sécheresse du langage et tout ce qui peut ternir la paix et la joie intérieures. Elle est à la bonté ce qu'est le coloris au tableau.
6. La bonté est l'effet de l'union de l'âme avec Dieu, la bonté infinie ; elle remplit l'âme de suavité et la porte à se communiquer, en donnant ce qu'elle a et ce qu'elle est.
7. La longanimité ou persévérance empêche l'ennui et la peine, qui proviennent du bien que l'on espère, ou encore de la longue durée du bien que l'on fait ou du mal que l'on supporte. Le zèle y joint l'ardeur et la constance.
7. La mansuétude empêche de causer au prochain ni fatigues, ni peines. Colombe sans fiel, agneau sans défense, telle est l'âme, animée de la douceur.
9. La foi est une parfaite fidélité aux promesses, opposée au mensonge et à la tromperie des mondains. Ou bien, c'est l'acte ou fruit savoureux de la vertu qui soumet à Dieu l'intelligence et tout ce qui nous appartient par la raison.
10. La modestie règle l'ordre dans tout notre extérieur. Rayonnement du calme intérieur, elle maintient les yeux, les lèvres, le rire, les traits, la démarche, l'attitude, les gestes, les vêtements mêmes, toute notre personne, dans les justes limites tracées par la foi. Rien de plus aimable, rien de plus persuasif. L'Apôtre voulait que la modestie des chrétiens fut évidente à tous comme la lumière. (Phil.4).
11. La continence maîtrise l'intérieur, c'est-à-dire le plaisir sensuel ou concupiscence, dans le parfait usage des aliments et des boissons.
12. La chasteté couronne tous les autres fruits, faisant de l'homme un ange dans un corps corrompu et mortel. Maîtresse de ses sens extérieurs et de ses inclinations intérieures, l'âme chaste règne dans la plénitude de la paix et du bonheur.
Les douze fruits ne sont que de belles fleurs relativement au fruit de la vie éternelle : là tendent toutes les splendides opérations de l'Esprit-Saint. Au ciel sera son règne absolu, animant, divinisant, plongeant anges et hommes dans le même océan de lumière, d'amour, de voluptés et de délices.
13. Les béatitudes sont des actes et des états de perfection suréminents qui procèdent des dons. Jésus en a proclamé huit : il leur a donné ce nom si doux et si peu compris, parce qu'elles rendent heureux ici-bas et parce qu'elles conduisent plus directement à la félicité finale.
" Heureux les pauvres en esprit, car le royaume des deux est à eux.
" Heureux ceux qui pleurent, car ils seront consolés.
" Heureux les doux, car ils posséderont la terre.
" Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice, car ils seront rassasiés.
" Heureux les miséricordieux, car ils obtiendront miséricorde.
" Heureux les cœurs purs, car ils verront Dieu.
" Heureux les pacifiques, car ils seront appelés enfants de Dieu.
"Heureux les persécutés pour la justice, car le royaume des
[deux est à eux.
Comme les dons, les huit béatitudes s'enchaînent les unes aux autres, dans un ordre dont les degrés élèvent l'âme au comble du bonheur. Néanmoins, des auteurs ont affirmé qu'elles s'imposent à tous, dans une certaine mesure, et qu'il n'y a point de
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salut sans elles : ainsi elles ne constituent point des actes héroïques seulement, mais la voie commune et croissante vers le terme du salut.
Le ciel ou le bonheur parfaii est la récompense de toutes les béatitudes. Mais cette récompense est proportionnée et en harmonie avec le genre spécial de mérite, obtenu en vertu de chaque béatitude :
Ainsi aux pauvres par l'esprit, le ciel sera le pouvoir, l'opulence, la gloire ;
A ceux qui pleurent, la consolation et la joie sans mélange et sans fin ;
Aux doux, l'empire des cœurs dans la terre des vivants ;
Aux affamés de justice, le rassasiement du corps et de l'âme ;
Aux miséricordieux, la miséricorde avec ses ineffables tendresses ;
Aux cœurs purs, la claire vision de Dieu dans l'éclat de sa beauté et dans les magnificences de ses œuvres ;
Aux pacifiques, le nom glorieux et l'incomparable privilège d'enfants de Dieu ;
Aux persécutés, le triomphe et le couronnement de l'éternel repos dans la victoire.
Comme la pratique des béatitudes dépend, en grande partie, de la grâce que Dieu accorde à son gré, l'âme peut être attirée et excitée plus à l'une qu'à l'autre. Cette prédominance ne contredit point la connexion qui existe entre elles, pas plus que la préférence d'une vertu morale n'emporte la négation des autres.
Combien d'âmes ignorent ces beautés et s'en désintéressent, le long de leur existence ! . . .
ÏROISIËME PARTIE
La Beauté surnaturelle