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CHAPITRE I

La Beauté de Marie Article I. — La Beauté de la Vierge

I — TEXTES

*' Je mettrai une inimitié entre toi et la femme, entre ta race et la sienne. Elle te brisera la tête et tu essaieras de la mordre au talon.'' (Gen, 3, 15.) — " Vous êtes toute belle, ô bien aimée, et il n'y a aucune tache en vous." (Cant. 4, 7.) — '* Et le nom de la Vierge était Marie." (Luc 1, 27.)

Voilà l'arrêt porté contre le Tentateur. Mais dans la sentence même, Dieu insère la promesse du Rédempteur et de sa mère. Marie est " la femme ", Jésus est strictement ** sa race ", puisqu'il n'est engendré d'aucun père. Tous deux devaient écraser la tête du Tentateur ... La beauté de Marie est dans son âme et dans son cœur très pur.

II — CONSIDÉRATIONS

I. — La prédestination rend Marie toute belle dans les desseins de Dieu et ses conseils éternels. Avant Touverture des temps qui rappellent et la succession des âges qui roulent vers son berceau, Dieu l'a vue et désignée : sa colère désarme devant la colombe.

1. Marie est toute belle dans les décrets divinSy où se prépare la parure de son âme. Le Père l'a choisie, le Fils lui applique, par anticipation, les fruits de la Rédemption, l'Esprit-Saint assemble ses dons et lui en tresse un diadème. Elle entre dans la pensée de Dieu avant toute autre merveille de ses mains. Et l'interprétation mystique met sur les lèvres de cette créature sans égale les paroles de la Sagesse : " Dès V origine et avant les siècles j'ai été conçue.'' (Eccli. 24, 14.)

Dès l'heure de la malédiction primitive, Marie devient l'espérance de la race élue d'Israël. Et le serpent infernal se tord et se replie soudain sous son pied virginal. Car, seule de toutes les filles d'Eve, elle sera exempte de la tache originelle.

2. Marie est toute belle dans le rang des femmes bibliques, qui n'en sont que l'ombre et la figure. Satan sait qu'une femme naîtra '* son ennemie ".

Voici Sara, mère d'Isaac, serait-elle l'ennemie ? — Non ; son âme n'est point sans souillure. Voici Racket, mère de Joseph, serait-elle l'ennemi ? — Non ; elle est conçue avec la tache du péché. Voici Maricy qui sauve des eaux son frère Moïse, serait-elle la rivale redoutée de sa puisance ? — Non encore.

L'ennemie sortira de la délicate tige de Jessé, sur laquelle viendra s*épanouir une fleur céleste. Comme Ruth, elle renouera entre Dieu et son peuple les liens rompus d'une illustre alliance. Elle associera le courage de Judith et les grâces d'Esther, en réduisant à l'impuissance, comme la première, la haine jusquelà victorieuse de l'ennemi ; en échappant, comme la seconde, aux lois odieuses qui condamnent les autres et n'épargnent que sa royale personne, ** gloire de Jérusalem, joie d'Israël, honneur de son peuple.'' (Judith, 157.) Femmes célèbres, illustres héroïnes, toutes n'esquissent que son ébauche ; et le doigt de Dieu s'essaie à sa création dans l'imperfection des figures.

3. Marie est toute belle dans la grâce des symboles antiques. Jardin de délices, clos aux empiétements du serpent menteur. — Source scellée, dont les nappes diaphanes reflètent comme les traits de la Divinité. — Arche du salut, s'élevant au-dessus des abîmes où disparaît toute vie, portant dans ses flancs le Noé qui sera la souche d'une race meilleure. — Arc-en-ciel irisé, signe de la réconciliation entre la terre coupable et le ciel apaisé. — Mystérieuse échelle de Jacob, dont le sommet s'élève jusqu'à Dieu et par où montent les anges portant nos hommages et nos prières et redescendent chargés de grâces et de dons. — '' Buisson ardent " de Moïse que les flammes ne consument point et où se reconnaît la virginité merveilleusement conservée. — Toison de Gédéon, humide ou desséchée, montrant sur la terre aride l'âme de Marie inondée de la rosée du ciel ou demeurant seule immaculée dans l'universelle corruption.

Lis éblouissant et parfumé, se dégageant sans violence du cercle d'épines qui l'enserre ; — rose de Jéricho, empourprée d'amour divin ; — olivier en fleur ; — vigne chargée de grappes ?

Mère de la vie sans déclin, trône rutilant de la gloire, si)lendeur royale de la céleste Jérusalem !

II. — L'Immaculée-Conception rend l'âme de Marie toute belle aux regards de Dieu et des anges. Elle est sans tache et sans lacune. Xii milieu des ténèbres de l'ignorance et du mal couvrant alors la terre, elle est l'aube qui blanchit et *' V aurore qui se lève " à l'Orient.

L'on soupçonne à peine le mystère de grâce entre Dieu et l'âme de Marie. Cette âme est déjà pensante et libre : son amour créé répond aux avances de l'amour infini. Ainsi, quand la lumière du matin vient toucher et ranimer la fleur, la tige se relève d'elle-même vers le soleil, la corolle s'ouvre et se dilate, comme pour boire avidement les chauds rayons.

Avec la grâce sanctifiante, gratuitement donnée, son âme immaculée reçoit tous les privilèges qui en sont le cortège brillant : participation à la vie divine, relation d'amitié avec Dieu, habitation de la sainte Trinité, dons, vertus, fruits du Saint-Esprit, béatitudes et dispositions habituelles mises dans les facultés, pour leur faire produire les actes de toutes les vertus infuses, cardinales, morales . . . Divines énergies, possédées non à l'état de germe qui sommeille, mais en pleine activité et agissantes : déjà son âme est le paradis délicieux, embelli de toutes les fleurs et embaumé de tous les parfums des fruits.

Son esprit s'éveille donc à la vie, plein d'idées non acquises, mais déposées en lui par son Créateur, qui l'habite. L'intelligence aperçoit, non l'essence divine, mais sa beauté incomparable, le bien parfait. Sa volonté y adhère par le plus ardent amour. Marie n'a pas un regard pour elle-même. C'est vers Dieu qu'elle se tourne tout entière, dès le premier instant, par un acte parfait d'humilité et de charité. Tel est le magnifique chef-d'œuvre préparé pour le Fils dans la personne de la Vierge-Marie. (V. Bainvel, S.J., Le saint Cœur de Marie.)

III. — La Nativité de Marie est restée voilée des ombres du silence. Mais qu'elle était belle au berceau, sous les yeux d'une mère, devenue la patronne de toutes les mères ! Sa présence vint illuminer et embaumer la modeste demeure de ses parents. Où donc .'* A Jérusalem ou à Nazareth : on l'ignore, puisque la tradition seule nous a transmis les noms de Joachim et d'Anne. Tous deux cependant étaient de la lignée royale et peut-être sacerdotale, comme saint Luc l'affirme de sainte Elisabeth, " cousine de Marie ", et de saint Zacharie.

Les m.embres de la parenté se penchent sur le berceau de la merveilleuse enfant, trésor sans prix, dont ils ignorent tous la grandeur et la mission. Parmi eux, une autre Marie, l'épouse de Cléophas et mère de Jacques, de Joseph, de Simon et de Jude. Elle est nommée " sœur de Marie " et ses fils sont appelés ''frères du Seigneur'', La raison de parenté autorisait, selon l'usage, ces dénominations, car Cléophas était très probablement le frère aîné de saint Joseph et né d'un premier mariage. Son

alliance avec la Vierge resserrait les liens entre les cousins.

Les anges entourent, eux aussi, ce berceau de leur reine que, les premiers, ils vénèrent et exaltent comme le chef-d'œuvre de la création entière.

Anne et Joachim, sans doute avertis d'en-haut, remerciaient le Dieu d'Israël d'avoir exaucé leurs vœux et leurs supplications. Ils sentaient que sa main était avec eux et ils lui demandaient d'accomplir jusqu'au bout ses miséricordieux desseins.

Tout le monde, parents et amis, admiraient la radieuse beauté de l'enfant et sa paix souriante. Ne portait-elle point la ressemblance des traits de famille ? Jésus ne devait-il pas ressembler à sa Mère ? Quand Dieu façonnait le corps d'Adam, n'y voyait-il pas d'avance le corps du Verbe ? Et ainsi, n'est-ce pas à l'image du Fils qu'il avait fait la mère. Et, comme c'était la grâce de Jésus qui remplissait l'âme de Marie, son visage aussi s'éclairait d'avance d'un reflet de la beauté de Jésus. (V. De la Broise, S.J., La Sainte Vierge.)

IV. — Le Nom était imposé aux Israélites, le quinzième jour après la naissance. Dans l'Écriture, Dieu a souvent nommé lui-même ses grands serviteurs. Pouvait-il ne pas désigner le nom de sa mère ? Sans doute, il choisit celui de la sœur de Moïse, MiryaîUy prononcé Mary a m au début de notre ère, et que nous transcrivons Marie.

Ce nom si doux et si beau, si Dieu l'a indiqué, convenait bien à l'enfant bénie. Mais le secret de son exacte signification n'a pas encore été découvert. On en a proposé plus de 67 interprétations.

176 LA BEAUTÉ SUBNATURELLE

Certains Pères de l'Église ont traduit Marie par ** Daine " ou ** Souveraine ", d'après l'étymologie syriaque. Selon l'hébreu, il signifierait " élevée ^\ ** puissante ", " illuminairice ". Les interprètes modernes y trouvent le sens de beauté, pleine de force et de grâce. Mais Dieu se réservait de lui donner, chez la femme par excellence, la plénitude de sa signification et de sa surnaturelle splendeur. (V. P. de la Broise, La S. Vierge.)

V. — La Présentation au Temple n'est point signalée dans l'Évangile. La tradition veut que l'enfant ait été présentée et offerte au Seigneur. Sa maison paternelle était sise non loin de l'édifice sacré, à quelque centaine de mètres. Vouée à Dieu par ses parents avant sa naissance, ils eurent la pieuse pensée de la porter au Grand-Prêtre pour remercier le Ciel de ses faveurs.

Certains auteurs ont récemment écrit que le séjour de Marie au Temple, dès l'âge de trois ou quatre ans, est resté " assez problématique ". Néanmoins le plus grand nombre s'est prononcé pour le séjour permanent, dans les édifices réservés aux veuves et aux jeunes filles. Là s'écoulèrent les années de son enfance et de son adolescence.

Bien qu'elle fût incapable de la moindre défaillance vénielle, sa vie devint une vie de mérites incessants. Tous les secours intérieurs et extérieurs lui conféraient la confirmation en grâce absolue.

La peine et la douleur lui incombaient toutefois. Seule, la lutte contre la tentation lui était inconnue. Mais il lui restait, comme à nous, l'effort pénible des souffrances, les privations imposées aux sens, la fatigue du labeur quotidien. Sa liberté n'était

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entravée pour le bien le plus parfait par aucune erreur, aucune ignorance, aucun trouble des sens : jamais nulle inclination, nulle passion n'obscurcit le jugement de son esprit. Elle se possédait pleinement elle-même par la rectitude de sa volonté.

Enfant, elle le demeura aussi longtemps que les autres enfants. Mais la sujétion, le rang inférieur, la continuelle dépendance, les mille actes de renoncement, que nous avons faits ou subis sans conscience ni mérite, elle les agréait pour Dieu de plein gré. Elle était donc profondément humble. Elle sentait plus vivement la pauvreté inhérente à toute créature.

Humble envers ses compagnes mêmes, elle aimait Dieu dans leur âme avec ses dons et ses grâces, comparant son néant à leurs vertus. Là est le secret même, la grâce aimable, le suave parfum de l'humble charité. Ce beau lis se développait en ignorant sa blanche candeur !

En grandissant, à sa science infuse par Dieu vint s'ajouter sa science acquise : pour les détails de la vie, les résultats de l'expérience, les textes et les pensées des Livres Saints . . . Elle pouvait apprendre d'expérience, comme Jésus adolescent, et elle pouvait être enseignée par les autres. Elle croissait ainsi dans la connaissance de Dieu, de ses œuvres, de sa Providence, de ses desseins d'amour sur les âmes, sur Israël et sur l'humanité. Elle entrevoyait le Messie, l'aimait d'avance et savait que tout se rapporta à lui.

De là, son cœur virginal s'épanchait en cantiques de louanges et en ardentes supplications. Elle priait pour elle-même. Elle priait pour les siens et

son peuple. Elle priait pour le moude, enseveli dans les ombres de la mort.

Article îï. — La Beauté de la Mère

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