‹ La beauté de l'âme chrétienne, religieuse, sacerdotaleChapitre 44 sur 95 · I.— TEXTES · texte numérisé non relu

I.— TEXTES

'* Marie, étant fiancée à Joseph, avant qu'ils habitassent ensemble, fut trouvée ayant conçu du Saint-Esprit." (Matt. 1, 18.) " Voici la servante du Seigneur : qu'il me soit fait selon votre parole." (Luc 1, 38.) — " Marie entra dans la maison de Zacharie et salua Elisabeth." — '^L'ange dit aux bergers: ils vous est né aujourd'hui un sauveur, qui est le Christ." (Luc 2, 11.) — " Ils portèrent l'enfant à Jérusalem pour le présenter au Seigneur." — " Des Mages vinrent d'Orient à Jérusalem." (Matt. 2, 1.) — " Il prit l'enfant et sa mère, et se retira en Egypte." (It. 14.)

Les parents de Marie décédèrent, croit-on, durant son séjour au Temple. Elle les pleura avec une profonde affliction . . . Orpheline, elle se trouva étrangère en ce monde. La première en Israël, elle avait engagée à Dieu sa virginité par un vœu . . . Mais la Providence lui envoya Joseph, âgé de vingtcinq à trente ans, selon l'opinion commune de nos jours. Tous deux se serviraient du voile du mariage pour sauvegarder leur pureté. Mais Dieu avait sur eux d'autres desseins.

IL— CONSIDÉRATIOx\S

I. — L'Union virginale, réelle et légitime, associe les deux fiancés, les deux époux, qui se donnent véritablement l'un à l'autre, comme l'on se donnerait

des joyaux consacrés à Dieu, et qu'on livrerait à des mains sûres pour les conserver avec un souverain respect. Tous deux échangeront désormais leur tendresse, leurs soins, les prévenances de la charité : tons deux jouiront des avantages et des douceurs d'une communauté de vie: belle initiation de la vie religieuse !

Mais leur mutuelle affection, où n'entrera rien de terrestre, ne saurait partager le cœur. C'est en Dieu qu'ils s'aimeront. Ils ne seront unis que pour s'aider à le mieux servir. Ils n'auront d'autre pensée que lui, d'autre désir que de lui plaire : bel exemple offert aux âmes religieuses !

Et bientôt, l'enfant qui paraîtra à leur chaste foyer sera pour eux l'incomparable bénédiction et le lien suprême de leurs cœurs dans l'amour de Dieu seul. Une si sainte union dépasse de bien loin les rêves de la terre : l'idée n'en pouvait venir que de " Vinefable Providence ".

Quelle éclatante leçon pour les unions chrétiennes ! . . ,

II. — L'Annonciation allait illuminer l'humble maison de Nazareth. C'était l'heure de la prière. Marie à genoux élevait vers le ciel le cantique et l'encens de sa belle âme . . . Quand soudain, du sein d'une vapeur lumineuse, se détache la forme élégante d'un ange : '* Je vous salue, ô Marie, pleine de grâces, le Seigneur est avec vous ! . . . Vous concevrez et donnerez au monde un fils, le Fils du Très-Haut ..." — " Comment cela se fera-t-il, puisque je ne connais point d'homme ? " — '* U Esprit-Saint surviendra sur vous ... et oe qui naîtra de vous sera nommé le Fils

180 LA B£AUTÉ SURNATURELLE

de Dieu. " — " Je suis la serrante du Seigneur : quil me soit fait selon votre parole ! " (Luc I, 30-36.)

Sublime dialogue !.. A l'instant même, s'accomplit le mystère de l'Incarnation. Sans perdre sa virginité qu'elle sauvegardait d'un mot, Marie devient mère. Cet événement, le plus sensationnel de tous les siècles, sépare en deux époques l'histoire de l'humanité, en vertu du libre assentiment d'une jeune Vierge.

Remarquez, dès lors, Jésus vivant en Marie, comme en nous par la communion ! Il est à elle seule, dans le secret et le silence le plus absolu. Quel recueillement rassemble sur lui ses pensées et ses sentiments ! Quel étonnement, mêlé d'admiration et d'adoration, d'humilité et d'amour, se prolonge avec les heures et les jours ! . . . Et nous oublions si aisément la visite et la présence de Jésus ! Et tant de milliers d'âmes n'ont pas l'intelligence nette de leur vie surnaturelle ! . . .

III. — La Visitation suit de près l'Incarnation, car l'ange a révélé la conception de saint Jean- Baptiste.

Nouveau dialogue inspiré entre les deux mères, suivi du cantique, du Magnificat de la reconnaissance.

Nouveau mystère aussi : Jésus veut se communiquer aux âmes par Marie. Voilà désormais son rôle et sa mission, qui lui seront confirmés au Calvaire !

C'est bien Jésus par sa mère qui fait tressaillir le Précurseur et le sanctifie, avant même sa naissance. C'est le premier de ses innombrables miracles. Il sanctifie sans doute aussi ses parents. Et les senti-

meuts exprimés par sainte Elisabeth doivent être les nôtres envers Jésus et Marie.

La leçon s'impose impérieusement : union à Jésus par Marie !

IV.— La Nativité de Jésus reste le plus grand événement de l'histoire du monde. Elle reçoit dans l'Évangile une mise en scène qui constitue une beauté unique. Seul le récit de la Passion a le don de le surpasser : aussi bien, Noël et Pâques sont nos plus belles fêtes !

Cependant de retour à Nazareth, et après quelques mois, Joseph sent son cœur étreint par une anxiété angoissante. Notez bien que l'épreuve est plus dure encore pour Marie. Elle discerne très sûrement les tortures qui broient une âme qui lui est si chère. Et elle se tait!. . . Quand les moyens de se disculper manquent à une victime, le soin de le faire passe, de droit, à Dieu seul, selon son bon plaisir ... Et Dieu envoie un messager de sa cour rassurer saint Joseph et inonder son âme des torrents de joie de la bonne nouvelle ! . . .

Sachez que Dieu dirige tout jusque dans les détails et il le fait de manière cachée par l'ordre établi dans l'univers : le recensement impérial conduit Marie, de Nazareth à Bethléem ; l'exclusion des hôtelleries la contraint au refuge dans une étable. Rien n'abat la foi bien assise sur l'inébranlable abandon à Dieu !

Dans ce réduit d'animaux, miraculeusement, virginalement, Marie donna le jour à son fils, favorisée alors sans doute d'un ravissement spécial, peut-être de la vision de la Divinité ! . . . Le frêle petit enfant est dans ses bras, sur ses genoux, tremblant au froid de la nuit ; et " elle V enveloppa des

langes " apporté*-. Nul berceau : une crèche, sorte d'auge en argile, portée sur des supports de bois. Elle y '* coucha son fils " ; et, agenouillée avec Joseph, lui offrit les premières adorations et actions de grâces de l'humanité. Quelle émotion immense ! Quelle extase calme et lumineuse ! . . .

Bientôt le chœur des x'Vnges entonne l'hymne céleste : *' Gloire à Dieu ! . . . Paix aux hommes ! . . . " (Luc 2, 14).

Avertis par ces messagers d'en haut, les bergers accourent émerveillés : les petits, les humbles, les pauvres, les préférés de l'Enfant-Dieu, lui-même miséreux, abaissé, anéanti. Ames simples et dociles, ils annoncent ensuite la bonne nouvelle : '' Et tous ceux qui les entendirent parler étaient dans Vadmiraiion.'' Et Marie, se penchant sur son fils qui lui souriait, lui donnait des baisers plus que d'une mère, parce que c'étaient les baisers d'une mère vierge. (Bossuet, Serm. sur le Rosaire.)

Après le huitième jour eut lieu la circoncision ou l'effusion du sang rédempteur : première douleur qui déchira le cœur de Marie. Et par la bouche de Joseph, l'Enfant '* fut appelé du nom de Jésus, que Vange avait désignéy avant son incarnation ". (Luc 2, 21.)

V. — La Purification venait échoir le quarantième jour. Joseph avait élu domicile à Bethléem, dans une maison située plus bas que l'étable. Tous deux portèrent leur fils au Temple *' pour le présenter au Seigneur ".

Le prêtre Siméon, qui *' avait reçu de V Esprit- Saint cet oracle, qu'il ne devait pas mourir avant d'avoir vu le Christ ", les y accueillit. Survint Anne la prophétesse, qui rendait hommage au Seigneur

et parlait de lui à tous ceux qui attendaient la rédemption d'Israël.

'* // dit à Marie sa mère : Voici que celui-ci est établi pour la ruine et pour la résurrection de beaucoup ; il sera un signe de contradiction, et votre âme sera traversée d'un glaive. " (Luc 2, 34).

Sans doute, Marie n'ignorait rien de la mission douloureuse de Jésus : elle connaissait bien l'Écriture et les prophéties à son sujet. Mais Dieu veut aujourd'hui, trente-trois ans d'avance, lui dénoncer l'avenir avec une certitude plus précise, par une parole qui la frappait au cœur. Comment désormais le regarder une seule fois, sans penser aux tortures qui l'attendent ? Comment livrer son cœur à l'allégresse et à l'espérance des mères, sans le blesser à la pointe de ce glaive, toujours prêt à le transpercer? (P. de la Broise, La Sainte Vierge.)

Ce cœur de la reine des martyrs, grand, pur, saint, resta silencieusement soumis à Dieu, abandonné avec amour à ses desseins : elle sera la corédemptrice du genre humain, le parfait modèle de toutes les plus accablantes douleurs maternelles ! . . .

La Sainte Famille, si elle se rendit alors à Nazareth revint, croit-on, habiter Bethléem jusqu'à l'exode en Egypte.

VI. — L'adoration des Mages eut lieu à une date incertaine. Jésus, pense-t-on, avait un an et quelques jours ou mois.

A leur arrivée, ** ils entrèrent dans la maison , trouvèrent Venfant avec Marie, sa mère, et se prosternant, ils r adorèrent, lui offrant V encens, Tor et la myrrhe. " (Matt. 2, 11.)

Marie était le trône de ce roi naissant, dans sa manifestation — Epiphanie — aux savants, et aux grands du monde et aux gentils ou païens, manifestation qui présageait l'adoration future des empereurs, des princes, des riches de l'univers.

Les Mages ouvrirent leurs trésors et ** offrirent comme présents Vor, V encens et la myrrhe ". Ils entendaient ainsi honorer le Dieu incarné, le roi par excellence et le Rédempteur du monde. Avertis la nuit en songe, " ils retournèrent dans leur pays par un autre chemin ". (It. 12.)

VII. — La Fuite en Egypte est aussitôt annoncée par l'Ange à Joseph, parce que Hérode, *' joué par les Mages, s'irrita avec violence et envoya tuer tous les enfants de Bethléem et des environs, depuis deux ans et au-dessous ". (Matt. 2, 16.)

La haine et la cruauté du tyran faisaient l'œuvre de l'amour divin. Si Jésus semble attirer la persécution, il apporte aux Innocents les palmes éternelles du martyre. Il en souffrit toutes les douleurs dans son âme compatissante.

Et Marie emportait son précieux fardeau, se hâtant avec son époux, peut-être à dos d'âne, d'atteindre la frontière, derrière laquelle se venait briser la puissance d'Hérode. En quatre jours, elle était franchie : la Sainte Famille arrivait à Héliopolis, où s'était groupée une colonie israélite. L'or des Mages servit alors à leur installation. Néanmoins, l'exil leur fit éprouver ses privations et ses tristesses.

On en ignore la durée : les uns la portent à une année, et d'autres à environ trois ans, jusqu'à la mort d'Hérode.

Article III. — La Beauté de l'Épouse

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