‹ La beauté de l'âme chrétienne, religieuse, sacerdotaleChapitre 46 sur 95 · II.— CONSIDÉRATIONS · texte numérisé non relu

II.— CONSIDÉRATIONS

I. — L'amour conjugal de Marie est le premier caractère de son union chaste et angélique.

n n'est pas douteux que, sous la lumière intense de la grâce, elle dirigea vers Dieu seul les mouvements ae son cœur et de sa volonté. Dieu l'éclairant toujours, inclina son cœur vers l'amour de Joseph, la poussa vers leur virginale alliance et une sorte de réciproque amitié tendre et exquise.

Il reste assez certain qu'elle y voyait plutôt la sauvegarde et la protection de sa virginité elle-

même. Est-ce que l'histoire de l'Église n'a pas consigné plusieurs exemples de personnes liées par le contrat matrimonial et qui ont su garder intacte leur innocence ? Marie ne se fiança point malgré elle, d'une façon inconsciente ou par ignorance des conditions conjugales. Tout simplement, elle y percevait clairement la volonté de Dieu certaine et indubitable.

Elle aima donc son époux dans toute la fraîcheur de son affection de fiancée et d'épouse véritable.

Nous dirons, qu'il en fut de même de la part de saint Joseph. Lui aussi, éclairé d'en haut par la grâce, s'éprit de Marie, la demanda en fiançailles, la prit pour son épouse. Son affection ne résidait pas dans les sens, mais dans un cœur virginal et tout parfumé des plus belles vertus.

Ainsi, jamais sur la terre il n'y a eu une union plus vraie, un attachement plus suave, un amour plus sincère, plus fort, plus inébranlable : c'est le type parfait du mariage chrétien.

Avant les épousailles, cet amour subit une cruelle épreuve : les plus douloureuses angoisses torturèrent les deux cœurs. Le Ciel dissipa les ombres du mystère de la maternité divine.

IL — La vie de travail honore les mains et le corps très pur de l'épouse. Elle remplit avec la plus diligente attention tous ses devoirs de maîtresse de maison.

Elle prépare les repas que le père et l'enfant devaient trouver en revenant du labeur. Prenant sur son épaule la cruche de terre, elle allait puiser l'eau à l'unique fontaine que l'on voit encore aujourd'hui.

Elle prenait soin du linge ; et même, comme les ménagères de l'époque, elle tissait en grande partie ses propres vêtements et ceux de la famille.

Peut-être acceptait-elle également et cherchaitelle des travaux à faire pour le dehors : c'était un petit gain ajouté à celui de son époux et c'était le moyen de faire l'aumône. Souvent, sans doute, elle donnait aux pauvres et un peu d'argent, et même l'ouvrage de ses mains.

III. — La pauvreté est un trop puissant moyen de sanctification, pour que Dieu ne l'ait pas imposée aux trois âmes dans lesquelles il se complut davantage.

Il voulut la leur faire parfois éprouver jusqu'au dénuement : à Bethléem, dans la fuite vers la terre d'exil, et plus tard, dans l'hospitalité de la vie publique.

A l'état habituel, la condition de la Sainte Famille n'était pas la misère, qui d'ailleurs était rare dans le peuple Israélite. C'était plutôt cette honorable condition des familles d'artisans, que le travail met au-dessus du besoin.

IV. — Les conversations journalières réjouissaient le foyer de Nazareth : entretiens des époux, confidences de Jésus durant les repas ou après, épanchements aux jours de repos et dans les sorties devant la mer de Tibériade encerclée de collines.

Tous trois devaient échanger, chaque jour, leurs pensées sur les affaires et sur les devoirs qui remplissaient leur vie, sur la grande obligation de l'amour et de l'union à Dieu, sur le rachat et le salut des âmes.

L'on aime à se figurer Jésus adolescent, prolongeant ces entretiens, dont ses parents attendaient l'heure avec une sainte avidité pour en goûter le charme et les délices. Sans doute, il leur dévoilait peu à peu quelques traits de l'avenir qui le concernait, de l'œuvre mondiale et divine, l'Église, qu'il devait fonder, de la belle doctrine qu'il devait révéler aux croyants . . . Ne convenait-il pas qu'il les manifestât d'abord à ces deux belles et chères âmes ?

Les colloques et les effusions de la Vie cachée leur assuraient les lumières et les suavités que tant de révélations privées ont depuis communiquées, dans l'histoire des saints, à un si grand nombre de personnes privilégiées.

Quel profond et délicieux mystère dans ces entretiens journaliers ! Il est demeuré secret, le secret de Nazareth !..

V. — La charité de l'épouse embellissait, à chaque instant, son âme immaculée.

Pour elle, le travail des mains n'atténuait en rien sa vie contemplative. Au plus intime de son être, indépendamment des opérations des sens, qui travaillent à nous dissiper et à nous divertir sans cesse, c'était la perpétuelle adoration, méditation, louange, exaltation des divines perfections. L'objet de ses pensées, que n'obscurcissait aucune ignorance, elle le retrouvait au dehors par tous les actes, pareils aux nôtres, auxquels elle exerçait ses facultés. Ses yeux se baissaient, lorsqu'elle traversait bourgades et villes, ses oreilles se fermaient aux bruits du monde. Mais ses sens, son imagination, sa mémoire, elle les concentrait sur Jésus et sur son époux. Là était le trésor gardé dans le cœur, sans cesse

contemplé, étudié, imité, enrichi de nouvelles aspirations . . . Quelle leçon pour les personnes pieuses ou consacrées au service de Jésus ! . . .

Cette charité est la cause principale du mérite de ses œuvres les plus communes et quotidiennes. En aucun temps, ni en aucun lieu, tant de mérites ne furent accumulés que dans le foyer de la Sainte Famille. Il y avait plus de grâces que n'en recueilleront plus tard les plus saintes familles, les plus fervents monastères, les plus austères solitudes. C'est que, aux plus humbles emplois de la vie extérieure, la vie surnaturelle, qui en est l'âme, donnait un prix inestimable : l'or pur de la charité transforme par son contact tout en or !

** L'homme juste ", son angélique époux, s'endormit dans le baiser de Jésus et de Marie. Leur douleur fut vive, profonde, en raison même de la pureté de leur amour réciproque . . . Mais l'abandon aux desseins de Dieu vint la tempérer, soutenu sur les ailes de l'espoir de l'éternelle réunion !

Article IV. — La Beauté de la Martyre

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