‹ La beauté de l'âme chrétienne, religieuse, sacerdotaleChapitre 47 sur 95 · I.— TEXTES · texte numérisé non relu

I.— TEXTES

" Elle coucha l'enfant dans une étahle, farce quil ny avait 'point de place dans V hôtellerie.'" (Luc 2, 7.) — '* Un glaive transpercera votre âme." (It. 35.) — " Prenez VenfarU et sa mère, et fuyez en Egypte." (Matt. 2, 13.) — " Votre père et moi, nous vous cherchions tout affligés." (Luc 2, 48.) — " Femme, que me voulezvous, mon heure n'est pas encore vernie." (Jean 2, 4.) — " Femme. voici votre fils l Ei au disciple il dit : Voici votre mère l " (It. 18, 27.)

Il y a dans la souffrance ** ce je ne sais quoi d'achevé que le malheur ajoute à la vertu ". (Bossuet.) En général, toutes les douleurs de Marie sont

relatives à Jésus : il en est la cause et l'objet. En vertu de sa belle nature et de la perfection de ses vertus, elle échappe aux souffrances qui proviennent de nos défauts, de nos erreurs, de nos illusions, de nos attaches déréglées, de nos péchés réels. Jusqu'à l'heure de l'Incarnation, la vie de la Vierge semble une vie tranquille et heureuse. Elle eut, cependant, à subir la douleur de la séparation de ses parents au Temple, et de leur disparition dans son adolescence...

IL— CONSIDÊRATIOxNS

I. — L'objet de son martyre se présente à elle le long de toute sa carrière : sans répit, sans repos.

La première douleur se compose de Vanxiété et des hésitations de saint Joseph . . . La plus poignante des épreuves n'est-elle pas celle qui atteint l'honneur ? Elle nous frappe au front. Une vie déconsidérée n'est plus qu'un long martyre. Marie se disait : quand les moyens de se disculper manquent à une victime, le soin de le faire passe à Dieu, de droit et en justice. C'est ce qui arriva.

Une seconde douleur vint froisser son cœur : Vabandon ou la misère à la crèche si pauvre. Mais la peine de ces privations extérieures s'adoucit de la grande joie de serrer Jésus dans ses bras et contre sa poitrine.

Une troisième, bien plus poignante, fut la prophétie de Siméon au Temple : le glaive de douleur ou la Passion annoncée trente-trois ans d'avance. Où est le cœur maternel qui ait été soumis à une si longue épreuve en perspective ? En cela, Marie

est vraiment la co-rédemptrice du genre humain, ayant à subir un avant-goût du Calvaire.

Une quatrième lui déchire l'âme : la fuite en Egypte, terre de l'idolâtrie et du paganisme, au milieu des privations et des angoisses du trajet et du séjour en pays étranger ... Le retour en Palestine ne rassurait ni elle, ni Joseph : seul l'ordre d'un ange vint dissiper leurs appréhensions.

Une cinquième concerne la perte de Jésus, durant trois jours et trois nuits. Cette soudaine disparition broya son cœur et navrait celui de son époux : doucement elle exhala leur plainte et leur affliction communes. La réponse de l'adolescent aviva encore leur souffrance. " Pourquoi me cherchiez-vous ? Ne saviez-vous pas que je dois être aux choses de mon Père .^ " Il y avait là un accent de reproche, une sorte de défense qui jetait le tort sur ses parents, une apparente méconnaissance de leurs droits et de la tendresse maternelle. " Et ils ne le comprirent point. '^ Mais combien ils durent souffrir !

Une sixième douleur que ressentit son cœur fut le décès de son époux. Imagine-t-on la vie de trente années à Nazareth, se brisant soudain, sans un grand déchirement ? Leur union fut sans nuage, leur amour sans indélicatesse même apparente, leur tendresse si pure et si parfumée de vertus ! Sans doute quelle précieuse mort, après une si belle vie ! Mais la nature est là : la séparation lui coûte, la blesse, la meurtrit, en dépit de l'espoir d'une réunion au ciel !

Une septième épreuve est le départ pour la vie publique. Songez bien que la séparation est comme définitive. Jésus se donne à la gloire de son Père et

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aux âmes. Il sent comme sa mère, comme chacun de nous, toutes les impressions des adieux : un tel Fils à une telle Mère ! Qui pourrait traduire leurs regards, leurs paroles dernières, leurs pensées et leurs sentiments réciproques ? . . . Tel est le mystère des Sept-Douleurs !

Une nouvelle épreuve se manifeste aux noces de Cana : " Ils noni pas de vin 1 *' dit-elle à Jésus. '* Femme, quy a-t-il entre vous et moi? . . . " Sans doute le mot " femme " ne comporte rien de désobligeant, ni ici, ni au Calvaire. L'expression qui suit est un tour de phrase propre à Israël, sans rien de blessant. Néanmoins, Jésus, tout en exauçant la demande, laisse entendre son indépendance à l'égard des liens du sang : il revendique le sacrifice de sa désappropriation personnelle de sa mère... C'est dans ce sens que, bientôt, il affirmera devant la foule, désignant ses disciples : " Voici ma mère et mes frères : c'est quiconque quijaitla volonté de mon Père! " (Marc 4, 31.)

A ces douleurs, il faut associer celles qui vinrent à Marie de ses compatriotes, des ennemis de Jésus, des membres mêmes de sa parenté.

La suprême épreuve de son âme est le martyre de la Passion, en commençant par la mortelle tristesse des adieux après la Cène j usqu'à la descente de croix et à la sépulture au tombeau. Elle suit son Fils dans les péripéties du Vendredi-Saint et sur la voie douloureuse. Le plan de Dieu y réclamait sa présence. " Ceux que Dieu veut sanctifier, il les conforme à la ressemblance de son Fils." (Hébr. 2 ; Rom. 8, 29.)

Saint Jean est le seul apôtre dont la mort n'a pas été sanglante. Pourquoi ? Parce qu'il a pris part à la Passion, accomplie sous ses yeux : il fut martyr du cœur et subit ainsi pire que le trépas par le glaive ou le feu. Ce trait illumine la poignante compassion de Marie : elle souffrit plus cent et mille fois, des tortures physiques et morales de Jésus, le long du drame, que si elle eut versé tout son sang dans un supplice quelconque. Ses peines surpassent toutes nos conceptions, à cause de sa riche nature et des dons qui augmentaient sa puissance d'endurer... Quels mérites elle accumulait pour elle et pour nous, ses enfants ! . . .

Ainsi s'est tissé, avec le cours des années de Jésus, la robe rouge de l'héroïque martyre de sa Mère !

N'oubliez jamais que, désormais, comme »eule et abandonnée en ce monde, la souffrance ne la doit quitter qu'à son décès bienheureux ! (V. J. Bainvel, S.J. Le Saint Cœur de Marie.)

II. — La raison de son martyre s'explique par les desseins de Dieu sur sa haute et splendide mission.

Rien ne se passe ici-bas, ni pour votre âme, ni pour chacune des autres, sans un dessein providentiel y souvent très visible dans les épreuves . . . Appliquez cette divine disposition aux douleurs qui viennent d'être énumérées, dans la vie de Marie.

Si Dieu eut voulu envoyer Gabriel avertir Joseph de l'œuvre de l'Incarnation accomplie, il n'y avait plus d'anxiété et de peine de cœur pour les fiancés !... Si Jésus avait voulu prédire à ses parents son séjour au Temple, il n'y avait ni recherche, ni affliction pour eux !.. Est-ce que le Ciel n'aurait pas pu, s'il

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eût voulu, éviter l'embarras du voyage à Bethléem, du manque de place à l'hôtelletie, de la Nativité ailleurs que dans l'étable ; adoucir ou éviter le départ fugitif en Egypte, le massacre des Innocents ? Il en est ainsi de toute la vie cachée, de la vie publique, des circonstances de la Passion ! . . . Tout cela semble en contradiction avec le sentiment humain de la nature : c'est vrai. Et en ceci, comprenez les desseins de Dieu et ses vues opposées aux nôtres sur Jésus, sur Marie, sur votre âme à vous.

Sachez, avant tout, la raison de ses souffrances : elle en devient plus grande, plus belle, plus héroïque, plus semblable à nous tous, plus parfaite devant Jésus et devant Dieu. '* Qui n'a beaucoup souffert, que peut-il savoir .^ " Cet adage appelait Marie au pied de la Croix. Serait-elle la Consolatrice des affligés, sans passer par la désolation ? Il y a d'insondables douleurs parmi nous, que son amère souffrance peut seule consoler ! Il fallait bien qu'elle fût la plus capable de toucher les âmes et les cœurs de toutca les personnes endolories sur terre.

Marie a dû souffrir comme l'âme chrétienne la plus accomplie. La voie chrétienne, inaugurée par le Christ, est le chemin de la douleur corporelle et spirituelle, comme la voie des mondains est la route poudreuse des richesses et du bien-être, des plaisirs et des divertissements, des scandales et des péchés sans nombre. La première mène à l'honneur et à la gloire, à la vie divine ; la seconde aboutit à la servitude et à la honte, à la mort éternelle. ** // a fallu que le Christ souffrît pour entrer dans sa gloire " (Luc 24, 26) ; et ainsi de Marie, et ainsi des enfants de l'un et de l'autre ... Le spectacle le plus ravissant est,

devant le Ciel, celui de l'âme juste, victorieuse de la douleur par Famour. Tel est l'idéal chrétien qui ne s'épanouit que dans la souffrance. Jamais, nulle ame ne concevra Jésus sans la Croix, ni Marie sans Jésus en croix, donc au pied de la croix, ni aucun saint ou aucune sainte, sans Jésus et sans Marie, donc elle aussi au Calvaire.

Marie devait souffrir comme coopératrice à l'œuvre de la Rédemption. C'est la raison de sa création et de son élection d'être inséparable de son Fils. De là, son martyre d'amour au pied de la Croix, après le brisement de son cœur virginal, durant trente-trois années. Ce cœur maternel de Jésus, dès l'Annonciation, devient maternel des chrétiens surtout dans les angoisses suprêmes du Golgotha . . . Chaque âme doit aussi coopérer à sa rédemption ou sanctification. Beaucoup d'âmes ont péché. Pourquoi ces chutes et rechutes, au service de Dieu ? Pierre, inconsolable d'avoir renié Jésus trois fois en demande la raison à Matthieu, Jacques, Paul, Madeleine. Puis, non satisfait de leurs réponses, la Mère de Jésus lui dit : " C'est pour que tu pleures ! " (V. Etudes relig., année 1917, juin, p. 775.)

Marie devait souffrir comme digne assistante au sacrifice de la Croix. Innocente et pure, elle est là présente au nom et en place de nous tous. Seul, son cœur a compris Jésus, durant sa vie ; seul, à sa mort, il sait entrer dans ses vues et ses sentiments . . . Que voyait-il ? Des bourreaux, des ennemis, des indifférents et des curieux ; les ingrats, les peureux ou lâches sont absents ! Quelques âmes pénitentes, les saintes Femmes et saint Jean. Marie seule, dans l'horrible scène discernait le grand acte de religion,

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le plus beau et le plus grandiose de l'histoire, Tinconcevable acte de charité de Dieu pour l'humanité. Elle s'y unissait d'esprit, d'intention, de volonté, d'amour parfait : tel le prêtre sacrificateur à son autel, à travers l'espace et les siècles passés et à venir !... Son cœur, comme un vase brisé, y répandit son parfum !..

Marie devait souffrir comme notre modèle dans les épreuves. Modèle de toutes les âmes, elle l'est bien. Mais la loi de la douleur requiert une austère éducation, qui assure les efforts tendant à la perfection du Christ... Il est rare et difficile de bien subir les épreuves ! Certaines âmes les repoussent, en versant des larmes stériles. Beaucoup de pécheresses refusent obstinément la satisfaction et la réparation généreuses . . . Seules, celles qui aiment Jésus et Marie savent copier leurs exemples : toute leur vie est une croix et un renoncement perpétuel !.. Aussi bien, elles savent comment souffrir.

III. — L'acceptation de son martyre décèle la ravissante beauté de son âme.

L'on tentait, un jour, de consoler une mère de la perte de son fils unique, en lui rappelant l'exemple d'Abraham sur le point d'immoler Isaac. Elle répondit : " Ce sacrifice. Dieu ne l'aurait pas demandé à une mère ! " Elle oubliait qu'il a su l'exiger de Marie.

Et elle l'accomplit là " debout ", maîtrisant sa douleur atroce, quand les amis se sont enfuis et que les saintes Femmes se montrent accablées. Souffrance ** immense comme la mer sans rivages ", aiguë, poignante, intense, mais noble, résignée, surnaturelle !«.

Et elle l'accueille avec magnanimité, comme Jésus et avec Jésus. Éprouve-t-elle un retour d'amertume sur la malice du peuple et des prêtres, sur la faiblesse de Pilate, sur l'inhumanité des soldats, sur la perversion des coupables ? Rien, sinon le silence, la prière, le pardon !.. Quelle différence avec nos plaintes et nos récriminations, nos imprécations de vengeance, de rancune, de malédiction ! . . .

Et elle se résigne en pleurant ! En croix, dit saint Paul, " Jésus a versé des larmes " (Hébr. 5, 7). Marie ne se laisse point absorber dans ses angoisses, selon la croyance ordinaire. Elle mêle ses pleurs à ceux du Sauveur et les élève jusqu'à Dieu en faveur des âmes présentes à tous les calvaires de l'avenir . . .

Et elle sait s'unir à la volonté divine avec un amour très parfait. C'est la science incomparable, et peut-être trop rare, de savoir dominer ses souffrances pour en augmenter la valeur, la dignité, le mérite . . . Voilà son cœur, qui apparaît dans toute sa majesté et dans toute sa splendeur morale !

Et elle entendit les dernières paroles de Jésus, lui léguant pour fils saint Jean et la lui donnant pour mère, L'apôtre vierge et fidèle est le type de l'âme régénérée par le sang divin, vivante de la vie surnaturelle de la grâce, née de Dieu et de Marie . . . Il est aussi l'image de l'âme baptisée, renaissant de la mort du péché à la vie divine, en vertu des mérites de la Rédemption et de la coopération de Notre-Dame de Pitié, de Compassion, des Sept-Douleurs !

Et elle sent le dernier outrage infligé à son Fils trépassé, quand l'un des soldats lui transperce de sa lance la poitrine et le cœur. Par ce coup, le cœur de la Mère est percé, bien qu'elle comprît le sens

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du mystère : l'eau qui en jaillit figure le baptême, le sang la sainte communion et l'oblation de la messe.

Détaché de la croix, le corps virginal reposa sans doute dans les bras et sur les genoux de sa mère, qui Tadora en silence. Suprême et navrante contemplation ! Maternelle tendresse, se mêlant à l'amour de Dieu, à l'horreur du péché, à la compassion pour les deuils de nos foyers, à la prière pour les bourreaux et les pécheurs. Son âme se brise et alors se ravivent en elle toutes les amertumes de sa vie !

Désormais la martyre resta comme seule et abandonnée à sa muette douleur ! (V. Bainvel, op. cit. et De la Broise, op. cit.)

Article V. — La Beauté de la Veuve

** Dieu le ressuscita le troisième jour ; et il lui a plu qriil se manifestât. . ." (Act. 10, 40.) — " iSt vous m aimiez, vous vous réjouiriez assurément de ce que je vais à mon Père." (Jean 14, 28.) — " Marie, mère de Jésus, et tous 'persévéraient unanimement dans la prière." (Act. 1, 14.)

Jésus ressuscité se manifesta *' à des témoins désignés d'avance par Dieu " (Act. 10, 41). La croyance traditionnelle affirme que, la première, Marie fut illuminée de la radieuse apparition de Jésus : peut-être le vit-elle sortir du sépulcre ! Ne put-elle pas le revoir souvent, durant les quarante jours ?. . Elle se réjouit de sa glorieuse Ascension . . . Puis elle se retira au Cénacle, en vue de la Pentecôte, associant sa prière si pure et si parfaite à celle des Apôtres . . .

Ensuite s'écoulent, couvertes d'un voile, les dernières années de la Mère des chrétiens, terminées par sa mort d'amour et son Assomption.

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