‹ La beauté de l'âme chrétienne, religieuse, sacerdotaleChapitre 55 sur 95 · I.— TEXTE · texte numérisé non relu

I.— TEXTE

" Faites-nous, 6 Joseph, la grâce de mener une vie innocente, et quelle soit toujours en sûreté sous votre patronage.*' (Graduel, Messe du Patronage.)

Longtemps, Joseph n'a été ni connu, ni honoré des fidèles autant qu'il méritait de l'être. Après de longs siècles seulement, la pensée chrétienne a pleinement compris ce que ses titres et son rôle contiennent de grandeur et de sainteté. La vie intérieure débordait dans l'âme de cet artisan silencieux et ignoré. Les plus hautes et les plus rares vertus y fleurissaient en leur plein développement. La charité active y régnait

et en gouvernait tous les actes ... Et aujourd'hui la sainte Église Thonore par deux fêtes solennelles : son Patronage comporte même une octave, au saint bréviaire.

IL— CONSIDÉRATIONS

I. — Patron de l'Eglise universelle, saint Joseph est honoré le mercredi de la seconde semaine après Pâques, sous l'appellation de Solennité de saint Joseph, Époux de la B. V. Vierge Marie, Confesseur et Patron de V Église universelle, avec le rite de Ire classe. Récemment, Rome a adjoint aux autres préfaces du missel, une nouvelle et belle préface en son honneur.

Du point de vue religieux, le patron est le saint, la patronne est la sainte, dont on a reçu le nom au baptême ; ou encore, sous la protection de qui est placée une église, une ville, une province, une corporation pieuse ou religieuse.

Rappelez-vous bien que l'Église catholique, à son berceau, a été inaugurée en sa présence. Avec Marie, Jésus Ta initié le premier à la foi aux mystères, à la participation aux grâces de l'Incarnation et de la Rédemption.

Il est, avec les Bergers, le premier des chrétiens de la primitive Église, avec saint Siméon et la prophétesse Anne, avec les Mages, adorateurs venus de la gentilité.

Il est, en quelque sorte, comme le premier missionmaire, qui va révéler en terre idolâtre la venue du Messie, dont il est le gardien et le protecteur.

Puisque Joseph, durant sa vie, a étendu ses soins à la sauvegarde du Sauveur, il est juste et équitable que l'Église le considère comme le Patron des âmes croyantes, unies à Dieu par la grâce du Christ Jésus.

II. — Patron de la famille chrétienne, saint Joseph est honoré, à bon droit, comme le modèle parfait du chef qui en doit être l'âme et la vie.

L'on connaît ses qualités et ses vertus d'époux irréprochable, de père aimant et dévoué ; l'on connaît, aussi bien, les notes caractéristiques de l'artisan : sa piété et sa bonté, son désintéressement et son abnégation, sa fidélité inlassable à sa mission jusqu'au dernier soir de sa carrière.

Éternellement, il servira d'exemple à tous les chefs de famille du monde catholique par son humble simplicité, le respect et l'attachement envers Marie, la douce autorité envers Jésus, l'affection la plus tendre envers Dieu et envers son prochain.

III. — Patron de la Famille religieuse, quand il est choisi de préférence comme protecteur spécial de tel Institut.

En vérité, la maison de Nazareth a constitué la première communauté religieuse dans l'Église : c'est la communauté de la Sainte- Famille.

Jésus, Marie, Joseph n'ont-ils pas, tous trois, prononcé les trois vœux de religion : pauvreté, chasteté, obéissance ? Et, en raison de son âge, Joseph a dû en faire profession le premier. Mais tous trois ont mis en pratique, toute leur vie, et les vœux et les vertus correspondantes, jusqu'à l'héroïcité et la plus haute perfection.

Il est donc louable que tel Institut se fonde sous son vocable, fasse appel à sa puissance et à son intercession, se propose de l'imiter comme le modèle accompli des vertus religieuses et de la vie intérieure.

IV. — Patron de la vie intérieure, on le réprésente dans la sculpture et la peinture, portant TEnfant sur le bras droit.

Après sa sainte épouse, Joseph a été le plus élevé dans la vie de contemplation et d*amour. Chez lui, aussi, il est permis de supposer que la vie d'union et d'oraison était ininterrompue. Les occupations extérieures n'ont pas le pouvoir d'en arracher de telles âmes, et les soucis terrestres ne sauraient atteindre des sommets si hauts.

'Uhumanité de Jésus est le premier objet de son amour, de son union avec sa personne visible, pleine d'amabilité et d'attraits, surtout lorsqu'il pressait l'enfant dans ses bras et sur son cœur ! Quels regards de bonté ! Quelles délicieuses émotions ! Quel sentiment de dévouement total jusqu'à la mort !

Puis, la divinité se dévoile à sa contemplation. Beautés et clartés des divines perfections ! insondable abîme dans les yeux de l'adolescent, dans la paix de sa physionomie, miroir d'une âme ornée de toutes les richesses d'en haut . . . Douce vision et heures suaves ! Quels secrets de perfection Jésus communique aux cœurs qui l'aiment passionnément ! . . .

Réunissez tous les trésors amassés par les saints et les saintes du monde, toutes les faveurs extraordinaires du ciel, toutes leurs vertus sublimes : Marie et Joseph ont fait et reçu plus que toutes ces âme« ensemble ! . . .

V. — Patron de la pureté, on le représente portant dans la main gauche le lis, qui en est le symbole.

Joseph, fils de Jacob, est la figure de la pureté antique, pour laquelle il subit la haine de ses frères, la calomnie et la prison dans l'exil. Mais il s'engagea ensuite dans les liens du mariage.

L'époux de Marie et le père de Jésus a voué au ciel sa virginité perpétuelle. Comment concevoir auprès de Marie Immaculée, auprès de Jésus, l'innocence et la sainteté en Personne, une âme déflorée de sa blancheur et de son parfum ? . . .

Comme Marie a été la première au monde à consacrer à Dieu sa chasteté corporelle, Joseph a été le premier à suivre le modèle dans la vie semée de fleurs par la main des anges.

C'est la source de la rayonnante beauté de leurs âmes.

VI. — Patron de la bonne mort, car le premier il a expiré dans les bras de Jésus, sous le regard de Marie éplorée.

La mesure de ses mérites était comble. Son rôle toucha à son terme. Jésus allait se manifester au monde : son père adoptif devait s'effacer pour laisser paraître le vrai Père qui l'a envoyé.

Et Joseph, le bon et fidèle serviteur, qui n'avait vécu que pour faire en tout la volonté de Dieu et être le coadjuteur de ses desseins, se retirait avec humilité et simplicité, au moment où la même volonté divine lui demandait de disparaître.

Et il meurt, lui aussi !. . . Et sa mort est restée comme un idéal des morts qui sont, entre toutes, consolées, saintes, bénies.

Marie lui avait donné son affection conjugale : son amour pleura son époux. Et Jésus pleura aussi sans doute ; car en le faisant au tombeau de Lazare, les spectateurs disaient : " Voyez comme il V aimait 1 '* Jésus aimait bien plus encore saint Joseph.

Heureuses les âmes chrétiennes et religieuses qui s'étudient à mériter, au dernier moment, la présence de Joseph inséparable de Jésus et de Marie !

Page 1