III. — Les saints du Nouveau Testament
ajoutent encore à la splendeur et à la gloire des précédents par le nombre et les vertus.
Ce sont les Apôtres et les disciples formés par le divin Maître. La beauté morale de leur vie est incomparable, dès que l'Esprit de Jésus les possède et les gouverne. Leur zèle s'exerce à Jérusalem et s'étend ensuite au monde romain, descendant du patricien au plus misérable esclave. Les verges humiliantes les remplissent d'allégresse ; les fatigues, les accusations fausses, les persécutions, la croix et le glaive, ne font que stimuler leur ardeur religieuse. Partout les miracles les accompagnent. Des personnes notables, des bourgades et des villes tombent à leurs genoux . . . Tous versent leur sang et s'ensevelissent dans l'humilité, car l'époque et le lieu de leur martyre restent souvent ignorés. Ainsi périssent Pierre et son frère André, Paul et ses compagnons d'apostolat ; les onze et leurs successeurs . . .
Ce sont les martyrs des trois siècles de persécution : ils subissent partout, sur la surface de l'Empire, tous les genres de supplices et de tortures. L'Église naissante les a visités dans leurs prisons, a baisé leurs chaînes et leurs plaies, a recueilli leur sang ou leurs ossements. Elle a mis à leur service ses lévites et ses ministres. Le spectacle de leur héroïsme ranimait le courage des néophytes, touchait l'âme des païens, convertissait les bourreaux eux-mêmes, parfois prêteurs ou proconsuls. L'effusion de leur sang préparait à l'Église de brillantes victoires et de nombreuses conquêtes jusqu'aux extrémités du monde romain . . . Leur fin comporte toutes les variantes de sacrifice ; mais, enfants et vieillards
soldats et prêtres, vierges et mères, esclaves et patriciens, de l'Orient à l'Occident, du désert et de la cité, tous meurent pour rendre témoignage de leur foi. (P. Janvier, Le Martyre, 1920.)
Ce sont les anachorètes vivant dans les arides solitudes du désert. Tels saint Paul l'Ermite, saint Antoine, saint Hilarion, saint Pacôme, et une légion d'autres. Quel oubli du monde et quel silence autour d'eux! Le regard de Dieu est le seul astre qui éclaire leurs voies. Prières continuelles, contemplation incessante ! De rugueuses nattes de jonc leur servent de tuniques. Le sommeil et la nourriture sont mesurés juste assez pour éloigner la mort. Effrayantes austérités de tous les jours, de toutes les nuits, de la vie entière jusqu'à l'extrême vieillesse ! . . . Ils imitent de près la carrière pénitente de Jean, le Précurseur.
Ce sont les Docteurs et Pères de VÉglisCy toute la belle légion des Pontifes, fondateurs des sièges métropolitains et des groupes de chrétientés célèbres d'Orient et d'Occident. La postérité prête encore l'oreille aux accents sublimes de leur voix, qui retentit dans les Conciles ou dans les solennelles assemblées des fidèles : voix de Cyrille d'Alexandrie et de Chrysostome, de Grégoire le Grand et de Léon le Grand ; voix de Basile et de Grégoire de Nazianze, d'Ambroise et d'Augustin ; voix d'Irénée et d'Hilaire, de Charles Barromée et d'Alphonse de Ligiiori . . . Quelle superbe pléiade, dont la science, transmise dans leurs volumineux écrits, est si profonde et si étendue qu'elle confond encore la catholicité ! L'influence qu'elle exerce à travers les siècles et exercera jusqu'à la fin des temps, a confondu
tous les schismes et toutes les hérésies, demeurés stériles ou desséchés dans leurs racines . . .
Ce sont les confesseurs, eux aussi hommes de science et hommes d'œuvres, créateurs d'institutions religieuses, évangélisateurs des peuples, initiateurs des paroisses urbaines et rurales. Au premier rang brillent avec éclat saint Jérôme et saint Jean Damascène, saint Bède et saint Bernard, saint Thomas d'Aquin et saint Isidore de Séville. Comment énumérer la multitude des fondateurs de monastères, depuis saint Benoît et saint François d'Assise, saint Dominique et saint Ignace jusqu'à saint Vincent de Paul et saint Jean-Baptiste de La Salle ? . . . Parmi les contemplatifs, comme saint Jean de la Croix et saint Pierre d'Alcantara, on admire l'ascension des plus belles âmes vers les hauteurs inaccessibles de l'union divine. Quelles vues et quels élans ! Quelle lucidité de leurs facultés intellectuelles, quel embrasement de leur cœur, quelles extases et quels ravissements !..
Les rois et les princes font briller les rayons de la sainteté du haut de leurs trônes et dans les Cours : tels saint Casimir, saint Louis, saint Edouard, saint Canut, saint Henri, saint Venceslas, saint Herménégilde . . .
Les saints inconnus, hommes, enfants, vieillards, nobles et roturiers, riches et pauvres, savants et ignorants, se sont perfectionnés et sauvés dans la fidélité à leurs devoirs respectifs, dans la pratique des vertus chrétiennes. Ecclésiastiques, Religieux et laïques sont parus devant Dieu en rang d'immenses légions, ornés des mérites de leurs bonnes œuvres,
des Splendeurs de leur robe d'innocence ou des grâces de leur vie pénitente . . .
Le nombre des petits enfants^ décédés au berceau, après le baptême, même dans les foyers schismatiques et hérétiques, reste incalculable et connu de Dieu seul.
Et toutes ces belles âmes ont pris leur vol vers les demeures éternelles, chaque jour et chaque nuit, dan^ toutes les régions de la terre et sous toutes les latitudes !..
Article III. — La Beauté des Saintes
L— TEXTES
" Qui trourera la femme forte? Trompeuse est la grâce et vaine la beauté ! La femme qui craint le Seigneur sera seule louée.'' (Prov. 31, 30.) — '* Oh ! quelle est belle dans son éclat la génération chaste ! Son soutenir est immortel et elle est en faveur devant Dieu et les hommes ! Couronnée pour V éternité, elle triomphe victorieuse, arec la récompense de ceux qui ont combattu sans souillure. (Sag. 4, 1-4.)
Associée à l'homme comme *' sa compagne ", la femme est son émule et son rival dans l'arène de la sainteté. Après la chute originelle, elle verse ses premières larmes, se livre au repentir et se sauve. Dans la suite, dans tous les états de vie, elle s'attache à Dieu et à son culte : et Dieu s'en sert pour l'accomplissement de plusieurs grands desseins. Elles sont les figures prophétiques de la plus élevée des créatures, la Vierge Marie. Sur cet idéal et ce modèle
se sont perfectionnées les saintes Femmes de T Évangile et de la chrétienté.
Il — CONSIDÉRATIONS
I. — La beauté féminine s'étend du physique au moral, au surnaturel.
Elle comporte des nuances de couleur et de proportions, de finesse des traits, de délicate régularité et de tendresse, que la physionomie de l'homme n'exige pas : elles s'y trouveraient même déplacées. La structure du corps est plus faible, celle des membres moins résistante, celle des épaules moins développée ; les attaches sont plus fines, la taille est mieux dessinée. La grâce remplace la force. Le sentiment dépasse l'esprit et la volonté.
Néanmoins cette frêle structure offre des ressources insurpassables pour les douleurs physiques. Que ne saurait supporter l'âme, sous le fardeau des tortures morales ? La Reine des Martyrs en demeure l'éternel type et modèle.
Eu égard à la sainteté, aux devoirs et aux vertus qui la conditionnent, la femme semble surpasser l'homme, ou du moins, elle l'égale dans tous les exemples légués par l'histoire. Telle est sa grandeur, tel son honneur éternel.
Malgré la faiblesse de son sexe, la tendresse de l'âge, la délicatesse de sa formation, elle a su s'élever au-dessus de sa nature, entreprendre et réaliser ce qui paraissait impossible. Sa force morale a fait mentir la faiblesse naturelle : dans l'exécution de tous les devoirs, dans la pratique de toutes les vertus, dans la maîtrise de tous les héroïsmes.
Il convient, assurément, d'escompter la part du surnaturel, des dons et des grâces de Dieu. Mais l'émulation reste glorieuse, la victoire sur la nature et sur le monde avec tous ses charmes également éclatante . . .
II. — Les saintes de l'Ancienne Loi exhalent en Israël les parfums des plus splendides vertus.
La foi est la vertu qui les distingue. Ruth, la Moabite, s'attache à Noémi et lui affirme fièrement : " Ton peuple est mon peuple ^ et ton Dieu est mon Dieu ! " (Ruth 1.) La veuve de Sarepta ajoute créance aux paroles du prophète Elie, bien que sa prédiction fût à peine acceptable. (III Rois 17.) La mère des Machabées exhorte ses sept enfants aux plus atroces tortures, en vertu de sa confiance en Dieu créateur et rémunérateur dans la vie future. (2 Mach. 1) . . .
La piété et la religion ont été exaltées par les femmes fortes, épouses des patriarches et des Juges. Ainsi, Rébecca, à la vue du serviteur d'Abraham, étranger, l'invite à s'abreuver avec ses montures. Captives en Egypte, les mères israélites, craignant Dieu, sauvent de la mort violente tous les enfants mâles, en dépit des ordres de Pharaon. La fille de ce prince sauve Moïse, en l'adoptant. La Sunamite exhorte vivement son époux à offrir l'hospitalité au prophète Elisée. Esther et Judith, pour arracher au massacre leurs compatriotes, invoquent le bras du Seigneur et exposent leur vie au plus éminent danger. Anne, mère de Samuel, l'obtient du Ciel par ses larmes et ses prières . . .
La prudence inspirait Sara dans l'éducation d'Isaac et d'Ismael ; Rébecca, quand elle substituait Jacob
à Ésati dans le droit d'aînesse ; Abigaïl, lorsqu'elle réussit à soustraire son époux aux coups de David irrité ; la femme de Thécua, qui amena David à pardonner à son fils Absalon rebelle en armes; Judith, qui encourage son peuple désolé et trompe Holopherne, avant l'exécution de ses desseins . . .
La force soutient le courage des héroïnes d'Israël ; Débora qui suivit Barac et triompha de Sisara ; Ruth, que loua Booz de sa fidélité au fils d'Abraham ; Michol, qui préserva les jours de David, son époux, contre les projets sanguinaires de son père Saul ; la mère des Machabées, qui fut témoin de l'affreuse agonie de ses fils et succomba vaillamment sous la main du tyran Antiochus ! . . .
III. — Les saintes de la Nouvelle Loi demeurent l'honneur de l'Évangile et la gloire de l'Église catholique.
Ce sont les saintes Femmes, ainsi dénommées par la tradition : Anne, épouse de Joachim, mère de la Vierge Marie, éminente en perfection aux yeux des hommes et au regard de Dieu, puisqu'elle mérita la faveur d'avoir donné au monde cette fille privilégiée ; Elisabeth, épouse de Zacharie, mère du saint Précurseur et modèle de toutes les vertus, qui donne le jour '* au plus grand des enfants des hommes ! " (Matt. 11, 11) ; la Samaritaine, arrachée au mal et à l'inconduite et se faisant l'instrument de la conversion de ses compatriotes ; la Chananéenne, qui, bien que encore païenne, manifesta, en faveur de la guérison de sa fille " une foi plus grande que celle d'Israël ". (Matt. 8, 10) ; Marthe et Marie, sœurs de Lazare, l'ami de Jésus, qui l'hospitalisent et obtiennent de sa puissance la résurrection de leur
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frère; Marie Salomé, mère de saint Jean, Marie de Cléophas, Jeanne, femme de Chusa, et tout le groupe qui a suivi et servi Jésus et les apôtres et assistait au drame du Calvaire . . .
Ce sont les martyres chrétiennes : les unes, héroïques mères de famille, comme sainte Félicité et sainte Perpétue ; les autres, frêles jeunes filles ornées des lis de la virginité. Leur nombre est égal à celui des martyrs : il est incalculable dans l'étendue de tout l'empire romain. Les noms les plus célèbres sont connus et vénérés sur la surface du globe : sainte Thècle et sainte Lucie, sainte Agnès dont la volonté inflexible, à sa treizième année, brise à ses pieds toute la puissance romaine, sainte Cécile et sainte Émérentienne, esclave servante d'Agnès, sainte Agathe et sainte Catherine . . . Elles ont conçu pour Jésus crucifié une chaste et ardente passion. Leur âme est un ciel où s'épanche, pure et douce, la lumière divine. Jamais l'ombre d'une pensée sensuelle. Plusieurs milliers ont préféré les supplices à la main patricienne d'un époux mortel. Souriantes et invincibles, elles ont choisi d'incliner la tête, de sentir un instant le froid du fer, d'expirer, baignées dans leur sang, sous la main des bourreaux. Pour elles, mourir, c'est appartenir à Jésus ! Oh ! qu'elle est belle cette noble phalange des élus, dans la blancheur de sa pureté et dans la pourpre de son immolation !
Et la semence de ces héroïnes martyres s'est perpétuée à travers l'espace et les âges, avec sainte Jeanne d'Arc et avec les vaillantes Religieuses de la Grande Révolution ! . . .
Vient le cortège des vierges, qui embaument des senteurs des lis immaculés l'enceinte sacrée de
l'Église catholique. Les unes sont assises sur le trône, comme sainte Cunégonde ; les autres ont fleuri dans le verger fermé des cloîtres, comme sainte Scolastique, sainte Claire, sainte Térèse ... ; d'autres ont brillé dans les rangs du peuple, comme sainte Geneviève et sainte Germaine . . . Quel nimbe de radieuse pureté sur leur front calme et serein ! Quels rayons d'en-haut sur le paisible visage de sainte Rose de Lima, de sainte Catherine de Sienne, de sainte Madeleine de Pazzi, de sainte Angèle, de sainte Marguerite-Marie ! . . .
Viennent aussi les veuves modestes, instruments choisis de la miséricorde divine, qui prodigue ses dons dans tous les rangs et toutes les conditions : toutes ont suivi les traces de la Vierge Marie. Telles sont sainte Monique, mère deux fois de saint Augustin, sainte Françoise romaine qui conversait avec son ange gardien, sainte Hedwidge de Pologne, sainte Jeanne de Chantai, fondatrice de la Visitation, sainte Jeanne de Valois, institutrice de l'ordre des Annonciades, la Bienheureuse Louise de Marillac, mère des Filles de la Charité, Marie de l'Incarnation, vénérable fondatrice des Ursulines de Québec . . .
Ce sont enfin les millions d'âmes inconnues qui ont conquis leur sceptre, leur trône, leur couronne dans la gloire. Elles sont *' de toute race, langue, tribu, nation " ; elles ont passé, travaillant, priant, souffrant sous les regards de Dieu, de Jésus, de Marie, des anges et des élus. Elles ont si paisiblement accompli leur tâche que nul bruit ne s'en est répandu. Le long de leur exil, elles ont beaucoup pleuré et beaucoup mérité. Dieu les a cueillies pour les parterres radieux de son paradis. Seul il a su les
grâces concédées à leur intercession . . . Que d'héroïsme de sainteté dans la vie de tant de pauvres femmes, d'ouvrières travaillantes, de servantes cachées, de tant de mères et de veuves, de Religieuses enseignantes, hospitalières, missionnaires. Dieu les a vues aux prises avec les duretés et les angoisses de leurs devoirs, les malheurs de leurs parents, les infirmités du corps et de l'âme. Il a contemplé leur résignation, leur calme, leur sourire, leur absolu dévouement. On les croyait heureuses, et elles l'étaient bien, mais en vertu de la présence divine au fond de leur cœur ! Et maintenant, au ciel, leur félicité est désormais sans mélange, sans mesure, sans terme !
Article IV. — La Beauté des Ames du Purgatoire