II.— CONSIDÉRATIONS
I. — La justice originelle était constituée par la grâce sanctifiante, qui consacrait et élevait leur âme à l'état surnaturel.
Ce don inestimable, précieux entre tous les dons, est une participation — non de la substance — mais de la nature divine, titre véritable de la filiation adoptive.
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Tous deux devenaient ainsi les amis de Dieu, ses enfants par adoption, agréables à ses yeux el aimables à son cœur, des justes ou saints par excellence, dont l'âme était ornée d'une splendeur céleste, des héritiers de la gloire par la vision intuitive et la vision béatifique futures.
Il est reçu communément que cette prérogative première, admirable et gratuite, leur fut accordée de Dieu, au moment même de leur création.
Et la grâce sanctifiante comportait avec elle l'annexe nécessaire des vertus infuses ou surnaturelles, ainsi que les dons et les fruits du Saint-Esprit.
Ainsi Dieu est l'auteur de leur nature humaine. Il est aussi la fin de leur vie divine et éternelle.
II. — La justice originelle est aussi constituée par le don d'intégrité, qui vint compléter et parachever la perfection de l'état d'innocence.
Ce don s'ajoute au précédent, parce que la grâce sanctifiante, qui embellit la partie supérieure de l'âme, ne corrige pas le défaut qui résulte de la nature corporelle et spirituelle de l'homme.
Ce don établit, dans nos premiers parents, une pleine harmonie entre les facultés diverses de leur âme. Il soumettait les cinq sens à la raison et en prévenait toute rébellion. Il faisait que toutes les émotions de la chair obéissaient au commandement de l'esprit, tant que l'esprit lui-même serait aoumi^ à Dieu. " Nus y ils ne rougissaient point de leur nudité ." Hélas ! dès qu'ils ont péché, " leurs yeux s'ouvrent et ils se cachent dans les feuilles", rougissant de honte.
Ces dons ont établi la subordination et l'unité daua la personne humaine, chef-d'œuvre de la bonté divine. C'est bien un état de rectitude où toutes les
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énergies physiques et morales de l'homme sont harmonisées en une tendance vers Dieu, objet de son bonheur futur. Quelle grandeur !
III. — Le don d'une science éminente s'ajoutait aux dons précédents. Elle convenait assurément au perfectionnement de oon bonheur et à ^a qualité de père du iutur genre humain.
Aussi, la Bible affirme que " Adam appela de leurs noms tous les animaux, tous les oiseaux du ciel, toutes les bêtes de la terre ". (Gen. 2.) — ** Dieu les remplit de science et d'intelligence. Il mit en eux la science ei V esprit, remplit leur cœur de sagesse, et leur fit connaître les biens et les maux, afin qu'ils puissent célébrer son saint nom, le louer de ses merveilles et publier la magnificence de ses ouvrages.'^ (Eccli. 17.)
La création entière était ainsi conme un livre ouvert devant eux ; ils connaissait la série des planles et des arbres, leurs propriétés et toutes leurs qualités.
IV. — Le don de l'imniortalité corporelle devait perpétuer les autres et en rendre la possession inamissible.
L'exemption de la mort entraînait l'exemption des souffrances, des douleurs et des peines morales, et de toutes les misères de la vie, deuil, angoisses, séparation.
" Dieu na point fait la mort ", dit expressément l'auteur de la Sages.>e (1, 13). " De même que par un seul homme le péché est entré dans le monde, et par le péché la mort, ainsi la mort a passé dans tous les hommes par celui en qui tous ont péché.'' (Rom. 5.)
Ces dons, bien qu'inférieurs aux précédents, sont toutefois bien api)réciables. Ils concouraient à la félicité de nos premiers parents, dans la mesure où
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le plaisir physique concourt à compléter les satisfactions de l'âme.
Ainsi, vous voyez par un coup d*œil d'ensemble que la nature humaine avait été, à l'origine, enrichie de Dieu de prérogatives admirables, toutes indues, de pure libéralité. Adam sortit des mains de son Créateur, orné de dons si éminents que le langage humain est impuissant à en relever la beauté éclatante et l'inestimable valeur.
Remarquez avec attention que ces dons, Adam les reçut, non pour lui personnellement y mais comme le bien commun à transmettre à toute sa postérité. En les perdant par le péché, sa postérité les perdait avec lui. Hélas ! ce qu'il avait pu perdre, il ne devait plus le recouvrer. Il a fait pénitence et récupéré la grâce sanctifiante : mais point la justice originelle tout entière. Et cette grâce, il ne pouvait la communiquer à ses descendants. Pourquoi ? Parce que son mérite n'avait aucune proportion avec la restitution de la grâce, comme bien commun de sa poslérité: il y fallait les mérites infinis d'un Rédempteur, Jésus-Christ. (V. J. Bainvel, S.J., Nature et Surnaturel.)
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Article II. — La Beauté de l'État surnaturel