‹ La beauté de l'âme chrétienne, religieuse, sacerdotaleChapitre 73 sur 95 · I.— TEXTES · texte numérisé non relu

I.— TEXTES

" Si quelqu'un ne naît de Veau et de V Esprit-Saint, il ne peut entrer dans le royaume de Dieu." (Jean 3, 5.) — " Je suis le cep et vous êtes les branches : celui qui demeure en moi et moi en lui, celui-là porte beaucoup de fruit ; car sans moi, vous ne pouvez rien faire." (Ib. 15, 5.) — " Que tous, ils soient un, comme vous, mon Père, êtes en moi et moi en vous, afin qu'eux aussi soient un en nous." (It. 17, 11.)

Élevés gratuitement à l'état surnaturel, Adam et Eve s'en sont dépouillés par le péché, eux et leurs descendants ... La foi au Messie ou Rédempteur devint leur salut : car la nature humaine " ne peut rien faire " de surnaturel, ni de méritoire pour le ciel . . . Jéaus vint donc rétablir l'état surnaturel par son enseignement, sa vie, sa mort. Aux âmes il appartient désormais, avec les secours de ses mérites, de reconquérir en partie les privilèges de Tétat d'innocence primitive.

II — CONSIDÉRATIONS

I. — La nature personnelle de chacun désigne son être intellectuel et moral : elle est commune à tous, païens et chrétiens.

Cet être moral est donc constitué en vous par votre intelligence et ses opérations, par le jugement et ses actes, par la volonté et ses libres décisions.

Cet être moral est aussi constitué par votre caractère ou votre façon habituelle de penser, de parler et d'agir, et par le tempérament ou inclinations naturelles, par vos qualités, vos défauts, vos habitudes acquises.

L'on dit communément : chacun a sa nature.

LA BEAUTÉ DE l'ÂME INDIVIDUELLE 273

Ainsi, souvenez-vous bien que votre nature, constituée par la mystérieuse union de votre corps et de votre âme, est une nature déchue de sa beauté et de sa grandeur primitives.

Ce qui veut dire ceci : le péché originel a supprimé la grâce sanctifiante et ses prérogatives, adoption divine, ressemblance avec la beauté de Dieu, droit à l'héritage céleste ou à la vision béatifique. Il a supprimé le don d'intégrité par la rébellion de la concupiscence ou des cinq sen.^ contre la droite raison. Il a supprimé la science et ses facilités, l'immortalité corporelle, l'exemption des misères et des infirmités, la félicité et ses douceurs. Il a introduit dans le monde le règne de Satan et de ses suppôts, du mal physique et moral ou du péché mortel et véniel. En un mot, il a ruiné l'œuvre admirable de la bonté et de la beauté de Dieu à l'égard de l'humanité.

II. — La notion du surnaturel est apte à éclairer votre âme bur sa beauté reconquise, invisible mais réelle.

Le surnaturel est ce qui place au-dessus de la nature, de toute nature personnelle, de toute nature créée de Dieu. Dieu seul est l'Être surnaturel par excellence, absolu et nécessaire. Ainsi, les anges et les démons sont des êtres surnaturels par rapport à chacun de nous.

De même pour tout phénomène, tout effet produit, tout accident, le surnaturel intervient : par exemple, la guérison d'un aveugle ou d'un paralytique est un fait sensible surnaturel ; la contrition de ses péchés est dite surnaturelle quand son motif — l'amour de Dieu — est supérieur à la nature ; la connaissance

274 LA BBAUTÉ SURNATURELLfl

des consciences au confessionnal, chez le saint curé d*Ars, était une vue surnaturelle.

Partout le surnaturel est regardé comme ce qui est supérieur à la nature, ce qui la dépasse, ce à quoi ses forces ne peuvent atteindre.

Bien plus, est surnaturel tout ce qui déborde les exigences de la nature. Que Dieu accorde un enfant à Anne, mère de Samuel, à Elisabeth, mère du Précurseur, toutes deux impuissantes à en avoir, cette intervention est surnaturelle : la nature n'exigeait point ces deux naissances. A plus forte raison, la conception et la naissance virginale de Jésus.

Le surnaturel est donc un don gratuit, de pure libéralité, de la part de Dieu.

Ce surnaturel est en nous et hors de nous. En nous, le surnaturel, à l'état habituel, c'est la grâce, les vertus avec les dons et les fruits ; à l'état transitoire et passager, la grâce actuelle, l'inspiration bonne, l'illumination soudaine, la conversion instantanée. Hors de nous le surnaturel, c'est le miracle, la révélation, la prophétie.

Ce surnaturel ou divin en nous ne nous est connu que par la foi. Cependant la réalité présente du surnaturel se manifeste au dehors par des effets visibles. La foi ne voit pas — la vision sera au ciel seulement — le surnaturel intime est caché dans l'âme. Elle nous dit bien : ** Cela est, Dieu est en vous ! *\ Comme le voyageur, témoin immédiat, raconte ce qu'il a vu ou comme le savant décrit ses expériences, pour guérir la rage, par exemple. Il faut les croire, sans expérimenter ^oi-même.

III. — Le surnaturel dans l'Evangile nous assure des premières indications, précises et distinc-

LA BEAUTÉ DE l'ÂME INDIVIDUELLE 275

tes. La Bible n'en avait donné que des révélations vagues et fugitives ; ses données sur le surnaturel sont confuses.

C'est Jésus lui-même qu'il faut écouter d'abord, nous parlant de ces réalités qu'il est venu nous faire connaître, comme il les voit dans la divinité de son Père.

A Nicodènie il montre la nécessité de la régénération, d'une nouvelle naissance à une vie de l'âme toute spirituelle. Cette vie n'a point ici-bas ses origines, ni son terme, ni ses moyens de développement. Cette vie supérieure ne va pas sans la rectitude morale ; mais elle suppose des principes surnaturels d'action et de connaissance — la grâce et la foi, — fort distincts de cette rectitude purement naturelle.

A la Samaritaine il parle d'une eau vive qui étanche pour jamais la soif et qui jaillit à la vie éternelle. Il lui parle d'un culie en esprit et en vérité et non figuratif comme le culte judaïque, de relations nouvelles entre l'homme et le Messie, le Christ ** qui est lui-même " en personne.

Aux Juifs il parle aussi de cette vie supérieure à la nature, après avoir guéri le paralytique de la piscine. " Comme le Père a la vie en lui-même, ainsi a-t-il donné au Fils d'avoir la vie en lui-même.'' Et c'est cette même vie que reçoit quiconque '* entend la parole du Fils et croit au Père qui Va envoyé ". (Jean 5, 26.)

Avec la foule qu'il a rassasiée au désert il procède comme avec la Samaritaine, passant du pain matériel k '' la nourriture qui demeure pour la vie éternelle ", au " vrai pain du ciel ", au " pain de

Dieu qui descend du ciel et donne la vie au monde ** au *' pain de vie'* qui est lui-même. Tout le discours cl a Maître e.>t une révélation de cette vie surnaturelle : elle vient du ciel, commence ici-bas par la foi et la charité, s'entretient par un aliment ou pain spirituel, continue éternellement au ciel dans la vision et l'amour de Dieu. (Jean 6, 33.)

A Thomas qui lui dit : ''Seigneur, nous ne savons où vous allez ; comment en savoir le chemiji? '*, il répond : '* Je suis la voie, la vérité et la vie. Personne ne vient à mon Père que par moi. Je le prierai et il vous donnera V Esprit de vérité, et il demeurera en vous... Si quelqu'un m'aime, mon Père V aimera, et nous viendrons à lui et nous demeurerons avec lui **. Aller au Père, voilà la fin surnaturelle. Il faut pour cela ;des moyens surnaturels, qui sont l 'Esprit- Saint et Jésus. Amour de Dieu pour l'âme, de l'âme pour Dieu par des relations familières et intimes, par une présence spéciale de la Trinité en elle : voilà le commerce admirable et surnaturel entre la divinité et l'âme chrétienne, vivant dans la grâce. (Jean 14, 23.)

Aux disciples il expose l'idée du surnaturel par une frappante comparaison : '* Je suis la vigne. . ." (V. le texte). Pouvait-il indiquer plus nettement que par l'analogie du cep et des branches la communauté, évidemment surnaturelle, de vie entre lui et les siens, et l'union d'amour nécessaire à la circulation, à la fécondité de cette vie ? (Jean 15, 5.)

A la Cène, tout son discours, vraiment divin, concourt à mettre en relief les mêmes réalités ineffables : union étroite des Apôtre;? et des fidèles en

LA BEAUTÉ DE l'ÂME INDIVIDUELLE 277

Jésus et avec Jésus, semblable au type idéal de son union avec son Père, débordement du même amour qui existe entre eux, participation de la vie glorieuse dont le Fils a vécu de toute éternité, vie en germe iur la terre dans les âmes, épanouie aux cieux. (Jean 17, 21.)

Dans leurs Épîtres, les apôtres expriment, à leur façon, la doctrine du Maître, la grande doctrine de notre vocation surnaturelle en Jésus, de notre adoption divine, de notre régénération à une vie nouvelle. (V. Études, t. 19, p. 193.)

Article III. — La Beauté de l'État de grâce

Page 1