‹ La beauté de l'âme chrétienne, religieuse, sacerdotaleChapitre 78 sur 95 · II.— CONSIDÉRATIONS · texte numérisé non relu

II.— CONSIDÉRATIONS

I. — L'humilité, ou Vhumiliation qui en est la voie, caractérise toute la vie de Jésus. Il ** s*esi anéanti " dans son enfance ; il '* s*est humilié et

soumis " dans son adolescence et sa jeunesse ; il " s*est abaissé " comme un vulgaire ouvrier ; il " s'est reîioncé " dans sa vie publique ; il " s'est laissé broyer pour nos crimes " dans |sa ^Passion, il *' s'est fait malédiction sur la croix " pour nous racheter. — Toute âme chrétienne, religieuse, sacerdotale, devra édifier, bon gré mal gré, sur ce fondement de l'humiliation, l'œuvre de sa sanctification, à peine autrement de bâtir sur le sable mouvant.

D'abord, elle doit absolument s'étudier à i énoncer à sa volonté propre, laquelle n'a rien de commun avec Dieu, ni avec le prochain, mais se montre obstinément personnelle : elle ne se propose pour fin ni la gloire de Dieu, ni l'amour de Jésus, ni l'utilité des âmes, mais "jlle vise son unique satisfaction.

A l'exemple de Jésus, l'âme imitatrice doit renoncer, en toutes les choses temporelles, à sa volonté pour suivre celle des autres, pourvu qu'elle soit licite et honnête. Elle doit souffrir toutes les incommodités concernant le corps, les objets à son usage, les charges ou fonctions, les désagréments venant des conjonctures. Elle ne saurait garder la paix, troublée par ses exigences ou ses résistances, en adhérant à son jugement et tenant à sa volonté, ou si elle cherche à la faire prévaloir contre celle de l'autorité ou des égaux, par des pensées et des discours »ani> charilé.

A l'exemple de Jésus, elle doit y renoncer, en toutes les choses spirituelles, préférant à sa volonté celle des autres, si elle est bonne, lors même que la sienne semblerait plus parfaite. Car elle perdra plus, en diminuant sa tendance à l'humiliation, qu'elle

ne pourrait gagner, en faisant tout exercice de vertu selon ses goût» et contre le gré du prochain.

A l'exemple de Jésus, elle doit renoncer à ses meilleurs desseins, si Dieu lui inspirait une entreprise pour sa gloire, ou pour aon avancement spiiituel, ou pour l'utilité des âmes, et si l'on y met obstacle : que l'obstacle vienne ou des Supérieurs, ou des égaux, ou des inférieuis, elle ne doit point entrer en discussion avec personne, mais se soumettre. Loin de s'attrister de ce contre-temps, elle doit tenir pour certain qu'il tournera à son profit et à celui des autres ; il servira même mieux ses projets et ses desseins. Parfois c'est Dieu qui lui-même y met obstacle, soit en permettant une infirmité, soit par quelque événement ménagé par sa Providence.

A l'exemple de Jésus, que l'âme imitatrice se possède et se domine dans la paix de Vesprit et du cœur, ne s'affligeant de rien, ne se contristant d'aucun événement ni accident, sinon de ses propres péchés et de ceux d'autrui, en pensant qu'elle ferait bien pis ellemême, si le Cœur miséricordieux de Jésus ne la soutenait de sa grâce.

Ensuite, l'âme imitatrice doit renoncer à son amour propre, en se tenant préparée à endurer, avec et pour Jésus, toutes sortes d'opprobres, d'injustices dures et pénibles, de contradictions de tout genre. Elle usera de moyens directs : l'humiliation, la fuite des louanges, la répression de tout désir de grandeur ; de moyens indirects : la considération des misères présentes, la pensée des grâces reçues, le souvenir des péchés passés.

A l'exemple de Jésus, s'il s'élève en elle le moindre désir de prééminence, sous prétexte de charité même,

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elle doit l'écraser dans sa naissance, comme la tête du Serpent ; elle le brisera avec la croix, au souvenir de l'humilité et de la très cruelle Passion de Jésus, qui a fui les honneurs de la royauté et embrassé volontairement le dernier supplice le plus ignominieux.

A l'exemple de Jésu», elle doit fuir et abhorrer toute humaine louange, ^e réjouir, lorsqu'on la méprise. Qu'elle se tienne sincèrement et de cœur pour si misérable, qu'elle mérite d'être foulée aux pieds et vilipendée de tous ici-bas.

A l'exemple de Jésus, elle doit penser avec une grande frayeur, et repasser souvent en sa mémoire, à V abondance des grâces reçues. ''Je ne cherche point ma gloire y mais celle de mon Père ". Son inclination au bien, la fidélité aux dons, l'empressement aux devoirs et aux vertus, elle les doit à la seule bonté de Dieu, qui eût pu les conférer à une âme de sa parenté, de ses connaissances et de son entourage : il l'eût laissée plongée dans oa fange et l'abîme de sa misère insondable. Car il n'est point d'âme impie si méchante, d'âme criminelle si perverse, qui ne servît Dieu et Jésus bien mieux, munies des mêmes faveurs passées . . . Aussi bien qu'elle se regarde, sans répit et sans repos, comme l'âme la plus vile, la plus immonde, la plus ingrate, la dernière de toutes les âmes ! Qu'elle appréhende avec raison que Jésus, à cause de sa suffisance et de ses oublis, ne la chasse de sa présence pour l'abandonner à ses misérables indigences et impuissances.

Que l'âme se plaigne, quand elle sera descendue au niveau de l'âme sainte de Jésus, accusé faussement dix-huit fois durant son apostolat, arrêté par trahison, lié, flagellé, insulté, délaissé, condamné

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innocent, suspendu sur ses plaies, raillé dans son agonie et expirant sans nul soulagement ! . . . (V. Ludolphe de Saxe, Vita J.-C. ch. 16.)

II. — L'expiation ou les douleurs physiques et morales sont associées à Thumiliation dans la vie entière de Jésus, de la crèche à la croix, de Jésus chargé de tous les péchés du monde:**// s* est fait péché ! " affirme TÊcriture. Donc il en porte la confusion, la honte, le fardeau. — Toute âme chrétienne, religieuse, sacerdotale, doit édifier, bon gré mal gré, sur ce même fondement l'œuvre de sa sanctification, à peine encore de bâtir sur le sable mouvant.

D'abord, l'âme imitatrice doit garder le souvenir de ses péchés passés : l'oubli engendre l'absence de contrition surnaturelle. "Dieu ne saurait dédaigner y pourtant, îe cœur contrit et humilié.'*

A l'exemple de Jésus, l'âme doit avoir devant soi la vue intérieure de ses péchés et de ses défauts. Elle peut se tes exagérer, autant qu'elle pourra, sans so'-tir de la conviction de sa culpabilité. Quant aux fautes ou défauts du prochain, elle ne doit pas les considérer : ou bien elle les amoindrit, ou bien elle les excuse ; elle a compassion des personnes et fait des effort» pour le^ secourir. Autant qu'elle le peut, elle détourne les yeux du corps et de l'âme de dessus le prochain, afin de l'apercevoir et de se voir elle-même dans la lumière de la présence de Dieu.

A l'exemple de Jésus, elle doit insister sur le pardon déjà octroyé pai le recours à la prière humble et confiante qui redit sans cesse : *' Lavez-moi de plus en plu^ de la souillure de mes iniquités ! "

Car, si elle redoute peu l'enfer, elle appréhende le^ rigueurs prolongées du Purgatoire, elle craint la violence des tentations, la rechute, la tyrannie des vieilles habitudes. C'est le principe de ses pénitences volontaires, d'une sorte de purgatoire spirituel composé de la fatigue monotone du devoir d'état, et des indulgences qu'elle se garde de laisser passer sans les cueillir.

Ses regrets du passé ravivent en elle la haine constante du péché, sorte d'émanation de l'agonie sanglante des Oliviers, participation à ce mystère où le Cœur angoissé et opprimé de Jésus se met en communication avec son cœur t^ès endolori, et y laisse les stigmates affaiblis de la douleur qui consuma toute sa vie humaine.

Et cette componction dans l'âme imitatrice y détermine im sentiment plus délicat de la conscience à pressentir le péché, quel qu'il soit. L'ineffable beauté de Jésus raffermit l'œil de l'âme qui le contemple, au lieu de l'éblouir. Il apeiçoit avec clarté ce qu'il y a d'imparfait, d'indigne, de peu honorable dans telles actions ou omissions. Il perçoit plus nettement la complication et le mélange des intentions et des motifs. Une espèce de divine tristesse du passé plane sans cesse au-dessus de sa conscience, mais sans la pousser jamais au doute, à l'inquiétude, au trouble, à l'abattement : elle va à Jésus, comme le regret des Apôtres qu'il a réveillés au Jardin !

Ensuite, l'expiation est surnaturelle dans son origine, dans ses mobiles, dans con action, dans ses résultats. De Jésus, elle émane comme de sa source. Elle existe surtout pour lui. C'est le péché pardonné

que pleure l'âme, et non celui qui la met en péril. Est-ce qu'un entant prodigue, rentré en grâce, n'a pas le dioit et le devoir de renouveler son repentir éternel ? La crainte est bien filiale, non servile.

L'expiation est une marque d'amour. L'âme aime Jésus, parce qu'il lui a pardonné comme à Madeleine, beaucoup et souvent, et qu'elle a, comme elle, présente à la mémoire " la multitude et la grandeur de SCS miséricordes ". Elle aime Jésus, parce que ce pardon a comme effacé les sentiments de terreur et de crainte ; et qu'elle regarde avec étonnement et surprise la commisération qui a daigné compatir à de ai indignes misères : ain^i les douceurs de sa douleur intime bont voisines de la filiale affection, de l'union d'amitié.

L'expiation porte au^si un cachet de calme sérénité. Loin de l'agiter de perplexités et de malaises et de troubler son contentement, elle assure à l'âme des effluves de paix et de joie. Elle étouffe autour d'elle les voix confuses du monde qu'elle aperçoit avec pitié, livré au tourbillon des affaires et des futiles vanités. Elle impose silence à l'esprit humain, à ses fallacieuses réclamations, à ses exigences égoïstes et impérieuses. Elle aplanit les aspérités des devoirs les plus onéreux, modère l'exagération des peines et l'empressement qui dissipe, agit à l'aide d'un charme dont rien n'égale la douceur et la grâce.

L'expiation est constante, durable. Elle ne connaît ni heure, ni jour, ni nuit. Elle ignore espace, lieu, distance. Rien qui puisse atténuer son intensité, ralentir son essor. Ainsi l'histoire l'a peinte dans Augustin converti, dans Louis de Gonzague innocent, dans Thérèse extatique. Il n'est point, de hauteurs

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si ardues, qu'elle ne vienne gravir, plaçant l'âme au sommet de la perfection relative. Les dangers dont elle la préserve sont innombrables ; les fruits qu'elle lui assure, exquis, savoureux, réconfortants. L'imitation de Jé^us est en quelque sorte la stigmatisation spirituelle et divine des âmes chrétiennes, religieuses, sacerdotale». Elle revêt chacune, comme " la robe sans couture " enveloppait la personne adorable du Sauveur ; ou bien, comme la robe de sang revêtit son corps virginal, après la flagellation et le couronnement d'épines.

Article II. — La Beauté de l'Union à Jésus

" Que le monde sache que j'aime mon Père." (Jean 14, 31.) — " Je fais toujours ce qui plaît à mon Père.'' (It. 8, 29.) — " Je prie. . . afin que tous soient un comme vous, ô Père, en moi et moi en vous, et eux en nous, dans l'union." (It. 17.) — " Le royaume de Dieu est au dedans de rous." (Luc 17, 21.) — " Ceux qu'il a connus par sa prescience, il les a prédestinés à être conformes à l'image de son Fils." (Rom. 8, 29.)

Le second trait de la physionomie de Jésus imitable, c'est son amour parfait, et de son Père, et des âmes. Jésus nous montre clairement, par toute sa vie si belle, que c'est Dieu lui-même qui est la fin de notre vie humaine et surnaturelle, et non point notre bonheur personnel en lui. Uamour divin doit dominer tous nos sentiments : il n'est pas toujours senti ou sensible, car il vient de la volonté essen-

tiellement et réagit souvent sur le cœur. C'est la vertu de charité, agissante et transformatrice, force motrice et intention première, sève indipensable des autres vertus.

IL— CONSIDÉRATIONS

I. — Jésus a aimé son Père d'un amour de compassion, car il s'est incarné, a vécu, a souffert pour réparer les offenses et restaurer ses droits et sa gloire extérieure.

Il l'a aimé par ses pensées simples et sublimes, par les délicats sentiments de aon grand Cœur, par ses profondes humiliations et ses douleurs morales. Toute sa vie est un martyre. C'est pourquoi Jésus s'est montré compatissant envers les infirmités humaines, corporelle» et spirituelles, qu'il accueillait,— même Judas au Jardin, — d'un cœui ému et guérissait d'une main bienfaisante. Il aimait amis, apôtres, disciples, infirmes et malades, pécheurs et pécheresses, comme les images vivantes de son Père, et ses enfants adoptifs !

Toute âme imitatrice doit reproduire cet amour de compassion, non de façon spéculative, imaginaire, sentimentale, mais de manière positive, réelle, effective. Elle devra le traduire en actes prompts, fréquents, charitables, " pour le bon plaisir de Dieu ". Dieu offensé, Jésus délaissé, leur^ volontés méprisées, elle en aura pitié au fond du cœur et saura l'exprimer en sentiment» de compassion quasi divine î . . .

II. — Jésus a aimé son Père d'un amour de complaisance, comme son Père ** s'est complu en

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lui ", au sommet du Thabor. Il traversa, en tenue de pauvre et laborieux artisan, les longues et obscures années de l'atelier de Nazareth, en redisant à chaque heure : '* C'est votre bon plaisir que f accomplis ! '* Et cet accent continuel de sa grande âme jetait sur son travail matériel, sur son effacement et son silence, les magnificences de l'amour filial.

Toute âme imitatrice, comme Marie et Joseph les premiers, doit ressusciter cet amour, en le reportant sur Dieu et sur Jésus, se réjouissant avec eux de leurs perfections infinies, de ce que nul ne leur ressemble absolument, consumant le^ heures du jour à y goûter une joie et une paix intime, à reprendre ce thème mille fois répété, sauo l'être jamais assez à satisfaction comi^lète.

III. — Jésus a aimé son Père d'un amour de bienveillance, lui souhaitant, voulant, attribuant toute la gloire et tout l'honneur de la création inanimée et des âmes rachetée^» par sa mission. ''Je ne cherche point ma gloire ; il en est un qui la cherchera et qui en jugera ". (Jean 8.) Quelle n'était point sa joie de gagner des cœurs à son Père, de parler de ses bontés, de ses grandeurs, de son Royaume, et surtout de ramener dans ses bras les pécheurs, nouveaux et nombreux enfants prodigue».

Toute âme imitatrice doit s'identifier avec cet amour, en manifestant à Jésus ^sa bonne volonté. Elle ne saurait se confondre avec l'innombrable multitude dont parle saint Jean : " Elles ont préféré la gloire humaine à celle de Dieu " (ch. 12, 43). Ses regards ou sca intentions sont invariablement fixés sur son Dieu, vivant au dedans, régnant sur ses facultés, travaillant oans cesse avec ces vues élevés et pures.

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Avec Jésus, elle rougirait de honte d'agir dans le dessein d*une satisfaction personnelle. Son Dieu est tout. Elle est un néant coupable. Elle sait et elle sent que la seule cho.se qui soutienne sa vie divinisée, c'est de la vivre attachée au bon plaisir de son Créateur et de son Sauveur.

IV. — Jésus a aimé son Père d'un amour de préférence ou de prédilection, en plaçant à ses piedi toute la nature, sortie des ses mains. Suivez-le, la nuit, sur la montagne et sous le scintillement des étoilca, les yeux et les mains élevés ver» le ciel ! Que cherche dans la prière sa belle âme ? Elle vient sonder Ica profondeurs de la divinité et de ses perfections, afin de s'animer davantage à vivre de son bon plaisir. Comment peut-elle vivre pour soi, quand elle se trouve en face d'une beauté si aimable qui la jette dans le ravissement et dans l'extase ? Com.ment aussi ne pas brûler du désir intense de dépendre en tout d'un Être si parfait? A lui, elle rapporte toul, choses et personnes, pour les plonger en quelque sorte dans l'océan de ses splendeurs.

Toute âme imitatrice doit revêtir les livrées de cet amour, en lui rapportant les actes qui remplissent ses journées, l'accomplissement de ses plus vulgaires devoirs, ses occupations et les soins que réclame sa pauvre nature. Par cet amour, elle jette sur tous ces actes une idéale beauté. Pas un mouvement de ses mains et de ses pieds, pas une articulation de sa langue, ni un soupir de sa poitrine, ni un battement de son cœur, qui ne soient, en union avec la nature humaine de Jésu.s, un hommage à Dieu, un témoignage d'amour, de prédilection. Que ne peut-elle amener les autres âmes à adopter ces procédés de

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" tout pour Dieu, par préférence, avec Jésus et en Jésus î *' ... Comparez une nuit très obscure à un jour qui illumine la nature des rayons du soleil : ce qui est humain se dore ainsi, dans l'âme, de reflets divins venant de Jésus !

V. — Jésus a aimé son Père d'un amour effectif ou efficace, par l'exécution la plus minutieuse de sa très adorable volonté. '* Ma nourriture est de faire la volonté de celui qui m* a envoyé " (Jean 4). " Je sîiis descendu du ciel, pour V accomplir " (Jean 5). Voyez le cruel et hideux Calvaire, se montrant d'avance à ses regards, avec les trahisons, les lâchetés, l'abandon des hommes et du Ciel même. Il accueille ce martyre prévu avec un amour plus ardent que les honneurs proposés de la royauté. n y voit le bon plaisir de son Père. " Cependant, dit-il, que votre volonté se fasse, et non la mienne ! " (Luc 22.) Lui remettant son âme très pure, il peut crier au monde que " Tout est consommé .' ". Rien n'a manqué, l'espace de trente-trois ans, au total accomplissement des desseins d'en-haut.

Toute âme, fidèle imitatrice, doit aller jusqu'à l'acceptation résignée ou même amoureuse du calice amer, des souffrances physiques, des douleurs morales et spirituelles. Que d'âmes les refusent, les repoussent avec plaintes et gémissements, les empoisonnent de leurs impatiences, de leurs murmures sans répit, de leurs inutiles réprobations ! Elles les subiront quand même. C'est dans les longues maladies, dans les infirmités incurables, dans les impuissances de la vieillesse que se surpasse l'amour de Jésus véritable. Là il trouve son application la plus haute, et, pour Tâme grande, généreuse, héroïque,

sainte, sa joie la plud suave. Oui, la joie que connurent les martyrs, que goûtèrent tant de saints et de saintes persécutées par leur entourage même, joie qui ressemble à la tremblante lumière du phare, impassible au sein de l'horrible tempête ; joie toute surnaturelle qui amène aux lèvres le fiât des Oliviers et le filial abandon du Calvaire ; joie éphémère comme la douleuT-, éternelle bientôt comme l'admiration de Jéaus et sa récompense : '* Aujourd'hui, vous serez avec moi au paradis ! ** (Luc 23, 43).

VI. — La pratique de l'imitation de Jésus et de l'union avec Jésus est appuyée sur les conditions qu'elle exige et les moyens qu'elle comporte.

Il suffit de la vouloir d'une volonté bien résolue. Qui ne veut rien de grand et de beau, se condamne à la médiocrité et souvent à la malédifiante bassesse. Il faut chercher, dans tout le cours de la vie, non vos goûts et vos satiûfactions, mais les goûts et le bon plaisir de votre Père des cieux: cela est juste, bon, beau.

Il vous faut avoir conscience que Vhumiliaiion — le cœur contrit et humilié du Psaume — en raison de vos péchés personnels, est le fondement premier, indispensable, absolument nécessaire à cette union divine. Autrement, celle-ci demeure une illusion vaine, pleine de dangers .spirituels et d'orgueil incurable.

Il vous faut, pour réaliser cet te ^n de votre existence y vous imposer une attention vigilante et active. Cette attention commence au réveil du matin, se poursuit à toute heure de la journée, se termine avec l'examen du soir. De cinq heures du matin à neuf heures du

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soir, il y a seize heures : échelonnez-y, d'abord rimmaculée-Conception, ensuite les quinze Mystères du Rosaire y avec les vertus correspondantes. Essayez graduellement et vous réussirez sûrement, dussiezvous joindre une dizaine d'Ave, au début ou au courant de chaque heure.

Il convient de rappeler que la fidélité à Vunion dépend beaucoup de l'impression que cause la vue des perfections de Dieu en soi et de la présence de la Trinité dans les âmes.

Il importe de vous souvenir que le secours intime de Dieu est assuré à l'âme énergique et bien résolue à faire effort : il éclaire, guide, fortifie, soutient, car il est Vâme de votre âme. C'est Jésus qui, secrètement, cherche avec vous à réaliser l'union en vous.

Ainsi, sa bonté crée en vous la suprême beauté, réelle mais invisible, jusqu'à l'entrée dans la lumière de gloire !

Article III. — La Beauté de la Gloire divine

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