I.— TEXTES
" Gloire à Dieu au plus haut des deux.''' (Luc 2, 14.) — " Je ne cherche point ma gloire, mais celle de mon Père." (Jean 8, 50.) — " Si je me glorifie mai-même, ma gloire nest rien,'' (It. 54.) — ** A Dieu seul, par Jésus-Christ, Vhonneur et la gloire." (Rom. 16, 27.) — 'La gloire, Vhonneur et la pai.t à toute âme qui opère le bien." (It. 2, 10.) — " Faites tout pour la gloire de Dieu." (I Cor. 10, 31.)
Outre l'imitation de Jésus, il y a deux autres fiiis de la vie surnaturelle : la volonté et la gloire de
Dieu. Elles sont à la fois unies et distinctes : Tune ne va pas sans l'autre, chacune ayant un aspect différent. La volonté de Dieu ou la conformité à ses desseins trace à l'âme sa route; sa gloire extérieure la tient en face du but à poursuivre. Souvent, dans ses discours, Jésus mêle ou confond ces deux fins pour la clarté et la simplicité de son enseignement public.
I. — La volonté de Dieu — ou son plan — domine nécessairement toute la création. Les lois physiques y aveugles et fatales, ont charge de l'exécuter à leur façon, sans raison et sans mérite. Les lois morales s'en acquittent librement et avec sanction. " Toute ma volonté s* accomplira.'' (Is. 46, 10.) " Selon que sera au ciel votre volonté^ ainsi elle se fera sur terre.** (I Mach. 3, 60.)
Toute âme chrétienne doit se convaincre, une fois pour toutes, du principe fondamental suivant : Dieu et Jésus, par bonté pour chaque âme, autant que par jalousie de leur gloire, se sont déclarés absolument indifférents à tous les biens particuliers. Ainsi la guérison instantanée d'un aveugle ou la résurrection d'un mort, n'est pas une œuvre plus méritoire à leurs yeux que l'aumône d'un verre d'eau fioide, d'une obole au Temi)le ou un prompt lever au son de la cloche. Ils ont positivement décrété qu'une seule chose, au monde, leur sera agréable : le généreux et exact accomplissement de leur t^ès sainte et très adorable volonté.
Ainsi, une partie du plan de Dieu e t entre nos mains et il est urgent de le réaliser parfaitement.
LA BEAUTÉ DE l'ÂME INDIVIDUELLE 301
Comment donc ? Une chose suffit : chercher et suivre chacune des volontés de Dieu. Telle est la garantie de la perfection de l'âme individuelle. Car, encore une fois, il n'est rien ici-bas, ni au-dessus, ni en dehors de cette sage volonté, qui a tout bien disposé. Tout ce qu'elle a décrété se fait ; tout ce qu'elle repousse ne se fait point, hormis le péché, seul mal de Dieu et des âmes, qu'il permet, sans le vouloir jamais.
Comment une âme peut-elle connaître et accomplir la volonté divine ? Elle la reconnaît dans tous les commandements, qu'ils émanent de Dieu, comme le Décalogue, de l'Église, d'une autorité légitime, religieuse ou civile.
Elle la reconnaît dans les événements, les conjonctures heureuses ou malheureuses, telles qu'elles se présentent le long de sa carrière. Aussi, sait-elle accepter les biens avec gratitude, les maux avec résignation, et même avec amour.
Elle la découvre enfin dans les bonnes inspirations intimes de l'Esprit-Saint et dans les conseils évangêliques, estimés et appréciés par les directeurs de sa conscience.
Il est évident que la volonté divine règne ainsi sur Icd ruines de la volonté propre et de l'amour propre, grâce à l'esprit d'humiliation et à l'amour d'union à Jésus.
II. — La gloire de Dieu est à la fois son but et le nôtre. L'âme créée doit s'oublier pour faire passer au premier rang le souci et le désir de la gloire divine. Ce désir doit se trouver dans toute âme, même vulgaire, sous peine d'infidélité au devoir essentiel. Et, plus il est pur, ardent, actif dans une âme pieuse, plus il la grandit en beauté. L'expérience
démontre assez que les multitudes d*âmes visent avant tout leur propre gloire et leur personnelle satisfaction, même avec indignation, colère et rancune.
Dieu a deux sortes de gloire: l'une qui resplendit en lui-même par ses infinies peifections, gloire essentielle échangée entre les trois Personnes divines ; l'autre qui lui vient de ses œuvres créées, anges, monde, âmes, gloire accidentelle et accessoire.
La gloire de Dieu est le but de Jésus. Elle est toute la raison de son Incarnation. Les anges la chantent sur son berceau. Toute sa vie va se consumer à cette fin. Il la proclame daua ses discours et il la manifeste dans ses moindres actions, dès qu'il demeure au Temple, à l'âge de douze ans. Jamais Dieu ne reçut de gloire comparable, une gloire pleine et parfaite. Dans le petit corp:^ de l'Enfant se déploie une âme plus grande que le monde, plus belle que le ciel lui-même ; c'est l'âme d'un Dieu ! Alors même que, dans toute la création, pas un être n'eût loué Dieu, ni un seul adorateur dans la suite des siècles, Dieu a reçu déjà sa glorification complète, égale à la sienne au ciel.
Oui, la gloire de son Père est son but premier ; il ne saurait l'abandonner, ni le subordonner à nul autre. L'Être infini se doit à lui-même de ramener à lui toutes choses. Ses droits sont essentiels et uniques.
Pour les âmes, tout ramener à soi n'est pas seulement une injustice : c'est aussi la cauac des plu^ grands maux. Hélas ! bien peu parmi elles s'en rendent compte et elles vivent ou coupables, ou imparfaites, en somme moins heureuses ou plus malheu-
reuses. Elles oublient qu'il leur est défendu d'empiéter sur les droits de Dieu : leur orgueil et leur vanité leur infligent le châtiment mérité.
Jésus, d'une admirable bonté, en nous remenant à lui, voudrait nous unir à son action propre et nous élever à sa destinée. Agir comme lui, quelle noblesse ! Agir avec lui en nous, quelle sécurité !. . . Quelle grandeur réelle !
III. — La gloire de Dieu est donc notre but. ** O mon Dieu, tout pour votre gloire !" Il vous faut pénétrer le sens de cette formule et la traduire en pratique.
Remarquez bien que la gloire divine ne réside pas précisément dans la création, bien que David s'écrie : '* Les deux chantent la gloire de Dieu ! " La création entière en fournit le sujet, le thème : il faut l'âme de l'artiste pour les chanter. La gloire extérieure est le concert réuni de toutes ses voix. Si vous le voulez, vous serez la voix de la nature muette, l'âme de son inconscience. Les versets des psaumes convoquent, un à un, tous les êtres à louer le Dieu qui les a faits : aussi l'Église les a adoptés comme supplication !
Votre intelligence et les facultés de votre âme si belle lui doivent une louange plus noble. Votre volonté libre peut faire fleurir tout un monde de aentimenta, et plua grand.-, et plus beaux. Ainsi la journée entière, prières et oraison, actes de bonté et de charité vigilante ou affable, douce soumission aux ordres et résignation dans les peines, repao mêmca et conversations édifiantes, délicatesse de conscience et devoir., d'état accomplis sous les regards de Jésus, Marie, Joseph... tout est une
conquête pour cette gloire. . . Ne dites jamais, par exemple : " Ce chemin de croix ou ce chapelet est pour ma contrition et les défunts qui me sont chers ! " Mais dites toujours : " Chemin de croix ou rosaire, c'est pour la justice de Dieu et son bon plaisir ; ensuite pour les âmes et la mienne ! " Si le devoir vous plonge dans des occupations nombreuses, habituezvous à les offrir toutes ensemble, le matin, et beaucoup d'entre elles, le long du jour ; le soir, vous cueillerez votre gerbe de gloire, gerbe des froments mûrs !
Bien plus, par l'intention, élevez-vous plus haut en offrant à Dieu la réparation des offenses du monde entier. Souvent, sinon à chaque heure, présentez à Jésus par Marie et Joseph, les messes et les communions de l'univers catholique, les sacrifice» et les supplications des âmes pieuses et pures, les actes de vertu des malades et des infirmes, les exemples de l'ensemble des chrétiens, les communions fréquentes des petits enfants, des orphelins et orphelines. . . C'e.sl la gloire de Dieu que vise, en union avec les desseins de Jésus, votre apostolat caché et secret, sans cesse repris et renouvelé, comme si vous n'aviez rien fait la veille.
Qu'elle est belle, profonde, lumineuse la splendide devise de saint Ignace : Tout pour la plus grande gloire de Dieu ! Elle poursuit ce que Dieu se propose lui-même. Elle le met à sa vraie place, le premier toujours et partout, pour tout donner à l'âme, et celle-ci est à la sienne pour vivre de ses dons, et sur terre et dans les cieux, un jour, par la " lumière de gloire ! "
Article IV. — La Beauté de la Présence de Dieu