II.— CONSIDÉRATIONS
I. — La vie physique des êtres exige la 'présence de Dieu, Cause première de toute la création, Dieu doit maintenir chaque créature dans son existence. Nulle personne ne saurait respirer, se mouvoir, grandir, se développer, sans le concours et l'action de sa Providence. C'est une erreur commune, hélas ! de se persuader que, ayant ^eçu un corps et une âme, l'un et l'autre ont en eux le pouvoir d'agir seuls. Il n'en est rien.
Comment Dieu est-il présent dans les eaux, les rochers, les arbres, les animaux ? Dieu met sa force à leur service. Il y est par sa 'puissance qui les soutient
Comment les .-.outenir, s'il n'était point présent ? Tout acte suppose un agent supérieur.
Cette assertion : " Dieu est présent par son action" laisse comprendre qu'il n'est pas présent d'une façon matérielle, qu'il ne se met pas en contact avec Ica choses matérielles, à la manière d'une main qui saisit un objet, qu'il ne remplit point le lieu où il agit, qu'il n'est point Vespace où &e meut le monde.
La puissance ou l'action d^ Dieu sur la matière, de votre corps par exemple, est une force spirituellcy simple, sans juxtaposition. Voyez le soleil : il agit à distance et partout par ses rayons : il éclaire, il réchauffe l'atmosphère, la terre, la mer, les plantes, la végétation. Ainsi s'opèie en quelque sorte l'action de la Providence universelle sur le moindre grain de sable ou le plus petit insecte.
II. — La vie intellectuelle et morale exige aussi bien un autre degré de la présence divine : c'est ainsi qu'on est réduit à s'exprimer.
Dieu pénètre ses créatures intelligentes, agit avec elle. L'être raisonnable lui est uni spécialement par la connaissance et par l'amour.
Votre œil a perçu une tour, un fleuve, un oiseau : Vimage de ces objets s'y fixe matériellement. L'esprit sait en abstraire Vidée, qui lui reste intellectuellement comme connaissance acquise.
Ainsi Dieu se fixe d'une façon analogue dans rintelligence, qui le conçoit comme auteur de la nature, créateur de toutes les choses visibles. Il se fixe aussi dans la volonté, qui adhère à lui par reconnaissance et par amour.
Ainsi la nature humaine, même dans l'âme d'un païen, l'acte moral et bon assimilent à Dieu, premier
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exemplaire de toute créature, idéal et règle de toute moralité.
III. — La vie surnaturelle exige un plus haut degré encore de la présence divine : la communication de la grâce, en vertu des mérites de la vie et de la mort de Jésus.
Il n'est plus présent en nous seulement par une image ou une idée, mais par une perfection divine non encore possédée, par une participation à la nature de Dieu, qui assimilera l'âme à lui par le fait même. C'est sur cette assimilation que sera fondée l'union nouvelle de sa présence intime.
Quelle habitation merveilleuse ! Toutefois la ressemblance de l'âme avec Dieu ne sera jamais qu'une lointaine analogie, qui la laisse à une infinie distance de beauté et de perfection.
Cependant l'intelligence reçoit de la foi et de l'espérance, vertus théologales, la capacité de voir Dieu et les choses de Dieu, ici-ba» dans les ombres et sous les voiles, au ciel face à face un jour. La volonté, par l'amour ou la charité infuse, reçoit la faculté d'aimer Dieu, souverainement bon. Ainsi, l'âme divinisée, en certaine manière, par la présence de la Trinité en elle lui devient quasi semblable dans ses opérations intimes : les trois Personnes voient et contemplent leur image représentée au fond de cette belle âme ! . . .
IV. — La différence de vie divine d'une âme à une autre âme comporte une différence de degrés incalculables. " Dans la maison de mon Père, il y a beaucoup de demeures " (Jean 14). — ** Autre est la clarté du soleil^ autre la clarté de la lune^ autre la clarté des étoiles ; et même une étoile diffère en clarté
d^une autre étoile " (I. Cor. 15). — " Chacun recevra sa récompense selon son travail " (Ibid. 3).
D'ordinaire, l'on place au-dessus des âmes chrétiennes les âmes religieuses et sacerdotales : comme états différents du genre de vie extérieure, c'est vrai. Mais la vie siurriaturelle, communiquée par la grâce oanctifiante, augmentée par les grâces actuelles, consolidée par la constance dans les vertus, les bonnes œuvres et les mérites, est souvent peut-êtie plus intense et plus parfaite dan^ une foule d'âmes vivant dans le monde. " La grâce divine, comme l'âme elle-même, ne connaît ni âge, ni sexe, ni dignité, ni fonctions." (St. Jérôme.)
Dieu ou la Trinité brille dans chaque âme juste, en raison des dons qu'il lui départit, ou en vertu des actes surnaturels qu'elle accomplit, ou eu égard aux efforts héroïques qu'elle s'impose ou qu'elle subit pour sa gloire.
Dieu seul a le secret de la vie individuelle des âmes. Au dehors, rien ne transparaît d'ordinaire de l'éclat et de la beauté que produit la grâce, ni des ténèbres que laisse sa disparition, ni des lueurs faibles qui résultent de la diminution de la bonne volonté.
La présence de Dieu accuse la grandeur de l'âme et lui laisse quand même toute sa fragilité.
Les fruits délicieux que produit cet exercice sont ceux-là qui couronnent la vie intérieure et que nous énumérons au dernier chapitre.