I.— TEXTES
" Il faut toujours prier, et ne jamais s'en désister" (Luc 18, 2.) — " Jésus passait la nuit en oraison." (It. 6, 12.) — ** Je vous
LA BEAUTÉ DE l'aME INDIVIDUELLE 321
asêure que n vous demandez à mon Père en mon nom, il vous exaucera." (Jean 16, 23.) — " Mon Père, s'il est possible, que ce calice s'éloigne de moi : mais que votre volonté se fasse, et non la mienne.'' (Matt. 26, 42.) — " Vous ne recevez point, parce que vous demandez mal." (Jac. 4, 32.)
La prière, mentale et orale, tient un rôle à part : elle est Tarme par excellence et à la portée de toutes les âmes . . . Dans la vie chrétienne, l'âme est-elle faible, sans vertus acquises, sans force de volonté, sans appui extérieur ? Si elle prie, la grâce actuelle la viendra fortifier . . . Dans la vie religieuse, l'âme est alimentée, du matin au soir, par la série des exercices de piété : la prière est son union même avec Dieu ... Le sacerdoce en fait comme sa respiration vitale surnaturelle, au moyen de l'office divin . . . Voyez le Modèle : Jésus solitaire, à genoux la nuit, les mains jointes, le regard au ciel! Pourquoi ? " Comme homme, dit-il, je suis un être créé, fini, un néant ! "
IL— CONSIDÉRATIONS
I. — L'âme chrétienne accroît sa beauté par les grâces que lui assure la prière. Celle-ci est l'un des moyens les plus efficaces de perfection commune et de salut.
En général, la prière est une conversation de l'âme avec Dieu, qui est présent au-dedans d'ellemême, ainsi qu'un regard affectueux sur la Trinité et ses perfections.
Jésus s'est exprimé nettement par les exhortations les plus pressantes: " Veillez et priez, pour ne point
entrer en tentation.'' Et il va jusqu'à dicter la prière qu*il adressait lui-même, le Noire Père.
Jésus ajoute aux paroles le poids de son exemple. Dans son âme, la prière était incessante. Néanmoins il donne à ses disciples des témoignages extérieurs, se retirant souvent sur la montagne, passant la nuit aussi en oraison.
Jésus a enseigné que la prière est aussi puissante que nécessaire, en se servant des paraboles ou comparaisons, comme celle de l'insistance du voisin qui contraint son ami à se lever, la nuit, pour lui prêter les pains de l'hospitalité.
Il y a un certain groupe d'âmes chrétiennes qui s'appliquent k faire oraison^ chaque matin : pratique excellente qui enrichit l'âme de belles pensées et de beaux sentiments et qui, à la longue, la transforme dans la voie de la perfection.
Si l'oraison et la prière, à la messe, au chemin de la croix, à la visite au saint-sacrement, au chapelety à Yheure sainte sont environnées de difficultés, de distractions et de sécheresses, elle comportent aussi, en retour, des consolations, des lumières, des duavitéa parfois sensibles et réconfortantes.
II. — L'âme religieuse augmente sa beauté par les exercices de piété que lui imposent journellement ses Constitutions. C'est un élément très actif de son perfectionnement.
L'expérience prouve, à l'évidence, que Tâme qui s'est familiarisée avec l'union à Jésus et le souvenir effectif de la présence de Dieu, accomplit aisément tous ses devoirs religieux, quels qu'ils soient. Le fait habituel de vouloir ainsi la fin de sa perfection
lui rend Tusage des moyens très facile, très doux, très fécond.
La prière du matin, comme celle du soir, est toute pénétrée d'une foi vive, enveloppée de parfum du recueillement et du silence intérieur.
Son oraison est tout de suite un entretien simple et humble, confiant et affectueux avec Dieu présent. Elle est doucement active et communicative, marquée d'une sorte de filial abandon, tout en étant imprégnée d'un attrait et d'un goût surnaturel inexprimables.
Son office, ses visites à Jésus et à Marie, son chapelet, ses examens, particulier et général, ses prières diverses ou oraisons jaculatoires, toutes ses relations surnaturelles, ramènent sans cesse sur la divinité, sa gloire, son bon plaioir, sa beauté intime, toutes les facultés de l'âme, compénétrées des vertus infuses et des dons de l'Esprit-Saint.
Tous ces contacts successifs avec Dieu lui donnent une intime impression de ferveur, de joie, de paix, de satisfaction ou de bonheur, qui sont déjà et l'ornement, et la rémunération de ses efforts sur la terre. Ce sont les principaux traits de sa ressemblance avec l'âme et le cœur de Jésus, et de Marie, et de Joseph.
III. — L'âme sacerdotale accroît sa beauté par Ico mêmes exercices de religion. Sa Sainteté, Pie X, les a magistralement développés dans son Exhortation au clergé catholique (août 1908).
Les moyens de l'acquisition de la sainteté sacerdotale sont, à son sentiment : la prière, la méditation, la lecture spirituelle, l'examen de conscience, la
retraite annuelle, ainsi que la mensuelle, les pieuses associations sacerdotales.
Tous ces sujets sont traités avec des détails précis et des arguments d'une forte conviction. Le saint Père s'applique à dessein, guidé assurément par une longue expérience, à faire saillir la nécessité et les avantages de ces exercices journaliers, comme aussi à mettre en relief les dangers et les responsabilités qui sont les corollaires de leur inobservance habituelle.
La prière sacerdotale est médiatrice entre la création et Dieu par la louange et la glorificacion qu'elle élève vers son trône et dépose à ses pieds.
Elle est médiatrice entre le courroux de la justice divine offensée et les misérables prévaricateurs, qui persistent dans leurs fautes et ne lui offrent aucune réparation.
Elle est médiatrice entre la miséricordieuse bonté du Cœur de Jésus et les âmes justes et réparatrices, en raison du crédit de la prière de l'Église, son épouse immaculée. (V. Ami du Clergé, année 1909- 10.)
Article IV. — La Beauté de l'âme par les Règlements
" Le conseil vous gardera et la prudence vous conservera." (Prov. 2, 11.) — " J'ai juré et résolu d'observer vos justes prescriptions.'' (Ps. 118.) — " Un père avait deux fils. Au premier il dit : Va aujourd'hui travailler dans ma vigne. Il répondit : Je n'irai pas ; mais touché de repentir, il y alla. A l'autre il dit la même chose. Il répondit : J'y vais ; et il n'y alla point. Lequel a fait la volonté du père? (Matt. 21, 23.) — " Faites cela et vous vivrez." (Luc 10, 28.)
LA BEAUTÉ DE l'aME INDIVIDUELLE 325
Toute société civile est régie par le code des lois. Toute association comporte une ^érie de règlements. Ainsi en est-il des groupements de personnes chrétiennes, religieuses, sacerdotales. Chaque âme, désireuse d'assurer le progrès spirituel, doit se prescrire un règlement personnel et s'y conformer fidèlement. Telle est la condition de l'ordre dans l'ensemble des devoirs d'état. C'est un rempart, qui permet l'heureuse nécessité de pratiquer la vigilance et l'abnégation, l'élimination des délau+s, l'éloignement des dangers, le renouvellement des intentions, la prévoyance des occasions de vertu et de mérite.
II — CONSIDÉRATIONS
I. — L'âme chrétienne accroît sa beauté et sa force par la fidélité à son règlement de vie : moyen secondaire, sans doute, mais à la fois pratique et fécond ... Se l'imposer, c'est discipliner la liberté, non l'aliéner : le bon ordre épargne le temps et le multiplie, assurant la paix de l'âme. Vivre sans règlement, même dans le monde, c'est l'abandonner au caprice, grand dissipateur de nos heures et de nos énergie» morales. Ignorer ce que l'on fera, met mal à l'aise pour se décider à agir, rend mécontent de n'avoir pas agi ou de l'avoir fait mal à propos.
Le règlement, par exemple, du lever et du coucher^ donne la facilité qui résulte de l'habitude. Il se revêt de l'intention, belle et méritoire et reçoit l'influence directe de la grâce actuelle . . . Dieu, liberté par excellence, s'impose nn plan à réaliser et un ordre à suivre, comme Jésus lui-même toute sa vie. Autrement, serait-il sage et Jésus parfait ?
Le grand péril des âmes pieuses, c'est la faiblesse de la volonté et la fragilité des résolutions. Or, la pratique constante d'un règlement, même rudimentaire et très modeste, développe la volonté et le caractère, de la façon la plus heureuse. Car l'âme remporte ainsi mille petites victoires journalières.
Sachez donc vous déterminer les choses que vous avez à faire et le moment où vous les exécuterez successivement. Lever et couchery prières et lectures^ devoirs ou occupations, chapelet et visite à l'église, confession et communion, chemin de la croix, conversations et visites de politesse ou de charité, examens . . .
Il vous sera iitile de prévoir aussi la manière dont vous devez accomplir telle action ou telle autre.
Si vous pouvez rendre compte à un directeur de conscience, faites-le avec franchise et simplicité.
II. — L'âme religieuse accroît sa beauté et sa force par l'estime, l'amour et l'observance de ses Constitutions.
Uestime est fondée sur la considération sérieuse et approfondie de leur texte. Celui-ci a été composé par une âme d'élite, suscitée de Dieu, ornée de vertu, élevée à une haute perfection ; là, elle a mis les sentiments de son grand cœur, les principes et les conseils de sa belle intelligence, les riches observations de son expérience, la marque profonde de sa volonté. L'Esprit-Saint y a déposé, sans doute, les lumières surnaturelles, les grâces privilégiées... — Le texte est approuvé par l'Église et l'autorité diocésaine ou suprême. Cette sanction est un éclatant témoignage en sa faveur. Ainsi ces Constitutions sont considérées et déclarées comme aptes à conduire les âmes à la
LA BEAUTÉ DE l'ÂMB INDIVIDUELLE 327
perfection et à la plus haute sainteté, aptes à les seconder au travail du salut des âmes et de la gloire de Dieu. — Leur observance n'y a-t-elle pas conduit un si grand nombre, si non la totalité des âmes qui ont déjà ceint la couronne immortelle ? Du haut des cieux, elles exhortent avec urgence leurs sœura de la terre à mériter, par ce moyen, leur trône de gloire. — De leur nature et en elles-mêmes, ce» Constitutions sont le résumé précis et spécial des conseils évangéliques, des maximes des saints, des données acquises de l'expérience. Après la parole inspirée, Dieu n'a point de trésor plus estimable à communiquer que cet évangile personnel offert à chaque âme de rinstitut . . .
T,* amour suit nécessairement l'estime. A quoi la personne consacrée à Dieu doit-elle s'attacher en ce monde ? A son âme, à sa Famille religieuse, à ses œuvres : trois choses sauvegardées par la sainte Règle. — Que devient Vâme sans elle ? Que devient sa belle vocation, son perfectionnement en face de la nature viciée, des tentations du démon et du monde ? Que devient sans elle la floraison des vertus, l'épanouissement des mérites, la fructification des actions du zèle apostolique ? Dieu la pouvait-il combler d'un plus magnifique bienfait, en échange de sa donation, en compensation de tous ses sacrifices ?. . . — Ïj*l7istitut ne saurait subsister sans la Règle qui en régit tout le personnel qui le compose. Elle est le lien des esprits, des cœurs, des volontés, le baume odorant de la vie commune. Elle préside à tout, pénètre tout, détermine tout, concerne les Supérieurs comme les inférieurs, prévoit la place et les fonctions de chacun. Par elle, régnent la paix, la charité réci-
proque, l'édification mutuelle, la concorde unanime: c'est sur terre une image du ciel des élus !. . . — Les œuvres sont toutes sous la dépendance de la Règle. Elle en assure la beauté, l'expansion, la fécondité. Qui les bénira ? Dieu seul, assurément. Mais Dieu compte sur ses instruments. Comment seront-ils dignes et aptes, sinon en vertu de la Règle ? Le signe d'amour est dans la fidélité : nul n'aime mieux son Institut que l'âme attachée à l'observance des Constitutions.
L'observance régulière est un signe de prédestination ; c'est la voie la plus directe vers le port du salut : ''C'est la voie unique'', aflSrme saint Alphonse. Pourquoi la Règle ? Serait-il facultatif à chacun de l'observer, un jour et non l'autre, en ceci et non en cela ? Sans être obligatoire, elle s'impose habituellement comme condition de tendre à la perfection. Une omission passagère n'est qu'une imperfection : que penser, si elle devient fréquente et quasi ordinaire ? . . . L'on doit observer les Constitutions partout et toujours, bien qu'il faille admettre les exceptions ; les observer toutes, sans faire choix de ce qui plaît pour négliger ce qui gêne ; les observer telles qu elles sont, sans plainte, ni murmure, ni interprétation, ni modification : c'est comme un livre inspiré admis au canon de» saintes Écritures. . . *' Maître, par quelle voie puis-je acquérir la vie éternelle? Tu aimeras ton prochain et ton Dieu :fais cela et tu vivras " (Luc 10, 25).
in. — L'âme sacerdotale accroît sa beauté et sa force par le moyen d'un bon règlement. " Un saint prêtre est le plus grand don que Dieu puisse faire à la terre." (Massillon.)
LA BEAUTÉ DE l'ÂME INDIVIDUELLE 329
Les réflexions qui précèdent éclairent la voie aux membres du sacerdoce. Il est urgent et opportun à la fois que l'âme se trace un règlement de vie. C'est le chemin qui la mène à Dieu.
Les avantages qu'il lui procure sont incalculables : et pour les fruits personnels qu'elle cueille, et pour les fruits qu'elle opère dans les âmes par le ministère.
Inobservance opiniâtre d'un règlement concourt à sa perfection, sanctifie ses devoirs de religion, ses occupations quotidiennes, surnaturalise les plus communes, accumule les vertus et les mérites. Elle préserve des dangers d'une vie purement humaine et profane, comme l'oisiveté, les entretiens inutiles ou compromettants pour la charité, les sorties trop fréquentes . . .
La science et la sainteté sont conjointement promues par la fidélité au règlement. Les heures du jour ne sont plus dispersées. Le goût des choses de l'esprit et des choses saintes s'aiguise et se développe avec des conséquences d'une valeur et d'un prix inestimables. Il existe des manuels excellents, qui peuvent servir de guides dans la confection d'un règlement.
Article V. — La Beauté de l'âme par les Devoirs d'état