II.— CONSIDÉRATIONS
I. — L'âme chrétienne accroît sa beauté et sej mérites par le moyen du devoir d'état. Personne icibas n'est sans devoir ; chacun a le sien. C'est la loi du travail, imposée à tous.
Le travail est, en effet, une loi de Dieu et une loi de la nature. Violée, elle produit fatalement des désordres : la multiplicité des vains désirs, l'ennui qui déprime le caractère, la fermentation des mauvaises inclinations, parfois des instincts pervers et avilissants, l'égoïsme le plus pernicieux. Car l'oisiveté fait naître les vices.
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Le travail intellectuel procure les jouissances les plus pures et les plus nobles. Quand l'esprit est occupé, Tâme entière entre en activité. L'habitude l'adoucit à la longue et le transforme en une sorte de besoin qui élève, développe, alimente toutes les facultés. Les heures du jour semblent fuir et s'effacer comme par enchantement. Et l'on goûte les fruits savoureux de la science, des connaissances les plus variées.
Les travaux manuels ont leur noblesse et leur grandeur. Jésus ne les a point dédaignés, ni Marie, ni Joseph. Il en est de nécessité urgente, comme les travaux du ménage, du foyer et de ses dépendances. Les uns demandent plus de tranquilité et plus d'espace ; les autres, moins d'application et s'accommodent de la gaieté. Il en est qui sont de goût et d'agrément, utiles à l'honnête délassement, peut-être à l'ornementation de la maison ou des autels, aux œuvres aussi de charité et de miséricorde corporelle.
JJordre est la qualité maîtresse qui multiplie le temps, donne un bel aspect à chaque chose, fait réussir les entreprises. Il fait dire à l'avenant : " Quand j'aurai fini cet ouvrage, je me mettrai à faire tel autre ! " C'est l'ordre dans les occupations. Il règle aussi les achats et les dépenses, qu'il maintient en proportion des ressources.
On ne rappellera jamais assez aux âmes chrétiennes l'évocation des exemples de Nazareth. Ce n'est point Vintérêt matériel que l'on y recherche avant tout : c'est la gloire et la volonté de Dieu. Le reste vient par surcroît. L'intérêt personnel exclusif est une forme de l'égoïsme, de l'orgueil et de la vanité, parfois aussi de la cupidité ... Il faut s'enrichir d'abord spirituellement !
II. — L'âme religieuse accroît sa beauté et ses mérites par le moyen de son devoir d'état.
U expectative de l'obédience, qui doit déterminer ce devoir, la doit laisser dans l'indifférence. " Que ferat-on de moi? " pense-t-elle. Saint Louis de Gonzague repoussa cette idée comme une faute et un danger. L'âme s'est donnée à Dieu qui la régit par Vautorité. Le retour sur elle-même est une reprise de soi à Dieu. N'a-t-elle plus confiance en lui ? Peut-il mal disposer d'elle .^ X'a-t-il pas en vue son salut .'* Perdra-t-il ses droits sur elle ? Si elle croit à la bonté de Dieu et à sa sagesse, ne croira-t-elle plus que Dieu sait mieux qu'elle ce qui lui convient ? Si elle sait que Dieu l'aime plus qu'elle-même, ne sait-elle plus qu'il lui voudra du bien dans les meilleures conditions ? Dès lors, qu'elle s'abandonne à lui avec sécurité. Si elle veut se soustraire à lui, il la lais-sera à elle-même !
L'acceptation de l'obédience, qui doit assigner ce devoir, la doit amener à la soumission totale. En principe, elle n'a pas à s'enquérir des raisons déterminantes de l'autorité, ni les conjecturer, ni en parler à d'autres, mais s'accommoder de sa charge et l'accueillir des mains de Dieu. Pourra-t-elle proposer ses motifs en haut lieu ? Oui, après avoir eu recours à la prière de résignation. Non, dès que l'autorité a maintenu les fonctions par sa décision ; c'est l'expression même du vouloir divin. Dès lors, plus d'arrière-pensée, plus de tentatives directes ou indirectes, ni trouble de l'esprit, ni murmures de la langue: tous produits du jugement propre, de l'amour propre, de la volonté propre, condamm'e par Jésus, Marie, Joseph.
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Uexêcution de l'obédience ou T accomplissement du devoir d'état fait appel à toute la générosité de l'âme. Il est des âmes qui ont accepté la charge et ses devoirs, parce qu'elles sont religieuses, mais qui ne s'en acquittent point religieusement : ou par ignorance de leurs fonctions ; ou par manque de goût et d'attrait qu'elles portent ailleurs ; ou par la poussée obsédante d'ennui et d'abattement, et de leur inaptitude qui provoque les critiques ; ou par pusillaminité et faiblesse de caractère ; ou par l'influence du respect humain ; ou par l'espoir d'être bientôt déchargées; ou par l'amertume d'être privées , par leur charge, des agréments et des commodités de leurs inclinations ; ou par le regret d'être empêchées d'aspirer à d'autres occupations plus agréables ; ou par l'idée qu'on a voulu les vexer, les éprouver, et non les servir à souhait ; ou par l'ennui des remarques qu'elles s'attirent, prêtes à sacrifier leurs fonctions au désagrément des observations et des blâmes; ou par l'insistance à réclamer une autre charge, dont elles s'acquitteront avec négligence et dont il conviendra bientôt de les éloigner comme incapable^ ou malédifiantes.
Le devoir d'état se doit exécuter, en vertu de Vohéissancey sans souci des forces et des aptitudes, dont l'autorité seule reste responsable. Plusieurs disent : *' Je ne puis faire cela ! " Ce qui veut dire : '* Je ne le veux point ! " L'âme obéissante ne considère pas ce qu'elle peut, mais elle s'efforce de s'y appliquer avec énergie. Combien réussissent, par obéissance, à réaliser à merveille ce que humainement elles paraissaient impuissantes à accomplir !
** U obéissance est meilleure que V holocauste.'* (I Rois 15, 22.)
III. — L'âme sacerdotale accroît sa beauté et ses mérites par le moyen du devoir d'état.
Au point de rue persoruiel, il exige l'ordre, la diligence, l'habileté, la patience, la longanimité. Dans le travail incessant des études, qui assurent les connaissances et la science, il faut qu'elle voie ses obligations de conscience, sa sécurité présente et future.
Au point de rue prof essionnel, le devoir doit viser l'intérêt des âmes par le zèle et le bon exemple. Toutefois, l'âme du prêtre est un réservoir qui communique ses eaux, de son superflu. Son zèle s*étend aux âmes, non point aux affaires du monde, *' ni au négoce du siècle ", ni aux intérêts matériels des familles, ni aux soucis des biens temporels. Livrée aux œuvres de zèle, elle ne doit rien omettre, ni retrancher pour faire languir sa vitalité intérieure et divine. La nécessité d'enfreindre son règlement peut se présenter accidentellement : elle ne saurait en créer l'habitude. Comment louer et approuver un zèle, qui est en activité du matin au soir, dans les conversations, les visites, les plaisanteries, les voyages, les repas, l'embarras des affaires : il néglige le lever matinal, l'oraison, l'oflBce divin, la préparation à la messe et l'action de grâces, la composition des sermons, les pieuses lectures et les examens. Un zèle aussi affairé, à peine conscient de soi, épanché au dehors, tout au labeur, jamais au repos, cessera nécessairement d'être du zèle : car l'indéfini est insaisissable. Il cessera, lorsque le corps sera fatigué, épuisé, condamné à prendre des soins, au détriment de l'âme ; lorsque, au sentiment de l'auto-
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rite, il sera arrêté, mis de côté, placé ailleurs, pour sauvegarder le nom, la réputation, la vertu, la vocation et la persévérance de sa victime. Le feu d'un semblable zèle menace de consumer à la fois l'autel, la victime et le prêtre ! . . .
Donc le devoir d'état commence par la sanctification de ses actions journalières et se confirme par celle des âmes avec un zèle prudent et modéré, d'oii ressort toujours le parfum des bonnes opinions et de l'exemple édifiant.
Article VI. — La Beauté de l'âme par les Vertus