I.— TEXTES
" Dieu a créé le ciel et la terre . . . Il dit : Que la lumière soit, et la lumière fut /" (Gen. I.) — " Je t'en conjure, mon fils, regarde le ciel et la terre, et sache que Dieu les a créés de rien.'' (II Mach, 7, 28.) — " Je vous rends gloire, 6 Père, Seigneur du ciel et de la terre ! " (Luc 10, 21.)
Ces trois affirmations, de Moïse, de la mère des sept martyrs Machabées, de Jésus lui-même, établissent la certitude du dogme de la création. A rencontre de tous les systèmes anciens, modernes, contemporains des savants matérialistes, elles attesteront éternellement que Dieu seul est l'auteur de tous les êtres, que le monde est l'œuvre de sa main toute-puissante, le produit de sa libre volonté, la manifestation visible de sa bonté, de ses perfections : il est donc, aussi bien, le majestueux rayonnement de sa beauté infinie.
II — CONSIDÉRATIONS
I. — Créateur du Ciel. '* Les deux chantent la gloire de Dieu.'' (Ps. 18.) Ne dirait-on pas que le ciel ou firmament a reçu la mission d'imprimer sur les âmes l'image de l'autre ciel, dont il a pris le nom '^
En effet le bleu firmament est la demeure du soleil, des astres, de la lumière, de l'aurore, du crépuscule, des multiples phénomènes atmosphériques.
La lumière est le rayonnement des corps célestes qui rend les objets visibles : elle est la mère des couleurs. Rien n'est doux et beau comme elle. Voir la lumière, c'est vivre ; en être privé, c'est être aveugle ; perdre la lumière, c'est mourir. Elle soutient un rôle capital dans la nature, puisque l'œil le mieux conformé ne peut rien sans elle . . . La lumière du soleil, " cette éclatante lumière, mise comme une lampe éternelle pour éclairer l'univers," (Pascal, Pensées I) est composée de sept ondes, dont la combinaison produit sur notre œil une impression de blancheur. Séparez ces ondes, elles se décomposent en couleur rouge, orangée, jaune, verte, bleue, indigo, violette. La science nomme les trois premières couleurs chaudes, les trois dernières couleurs froides.
Rappelez-vous que le soleil a jadis baigné de ses rayons les splendeurs du paradis d'Adam et d'Eve. Depuis le berceau de l'humanité, il a guidé les pas des mille générations disparues, projetant, a dit Jésus, " sa lumière sur les bons et sur les méchants.** (Matt. 5, 45), dans les insondables profondeurs de Tespace et sur toutes les latitudes de Tunivers.
Seule, la lumière serait uniforme : Vomhre lui sert de cadre naturel. Si la lumière est intense, l'ombre des objets est plus nette. Ces mélanges de degrés et ces variétés de nuances forment des contrastes qui produisent la beauté.
Imaginez une famille nombreuse, renfermée dans une cave obscure et assise devant une table couverte de tapis aux couleurs voyantes et de bouquets de roses. Brûlez-y un peu de carbonate de soude, qui projette une lumière jaune orangé : ni tapis, ni roses ne paraissent colorés. Les visages du groupe familial ont pris une apparence hideuse et repoussante : l'œil aperçoit les plus légers défauts de la peau ! . . . Comme le monde paraîtrait affreux, sans le charme que la blanche lumière prête aux couleurs des objets !
Aussi la nuit vient éteindre la variété et la joie des couleurs : elle étend sur la nature un voile noir, qui lui ravit sa beauté. Ce qui engendre dans l'âme la tristesse et le deuil, les sentiments de frayeur et d'angoisse, épouvantail des enfants.
La clarté diffuse des étoiles tempère la noirceur des nuits. Elles étincellent comme des diamants, ou sont rouges comme des rubis, vertes comme des émeraudes, bleues comme des saphirs, ou modifient par le scintillement leurs aspects mobiles. . . Tandis que la lune se contente de rayonnements pâles, sans vivacité, sans chaleur : son éclat adouci ne manque pas de charme dans un paysage d'hiver ou une nuit d'été silencieuse.
Uaurore est précédée de l'aube, qui vient, par teintes douces, illuminer l'orient de longues banderoles blanches. Elle ne tarde pas à empourprer
rhorizon de ses feux, semblables à un vaste incendie.
Suivez bien les teintes que la lumière prête au jour, à l'atmosphère, aux nuages, à l'arc-en-ciel, aux aurores boréales, au mirage du désert, à tous les météores des pôles et des mers tropicales. Quelle ravissante beauté dans les gradations de ton que revêtent toutes ces couleurs changeantes ! Tantôt le bleu foncé du firmament passe au bleu pâle, tantôt la rose cède la place au safran, le satin à la pourpre, tantôt les franges d*argent s'allient aux échappes d'or. . .
Voyez-vous, bien haut dans le ciel d'été, ces fragiles nuées de gaze qui s'allongent en lisérés d'une blancheur diaphane ^ Leurs tissus sont d'apparence si délicate que l'œil craint leur soudaine dispersion. Puis les chauds rayons les viennent dilater : les nuées se résolvent en invisible vapeur. Rendues ainsi plus légères que l'air, elles s'élèvent aux régions froides, s'y condensent à nouveau, redeviennent de belles bandes en satin : tels les flocons ouatés d'un grand feu d'artifice paraissent si doux à l'œil qu'il les contemplerait éternellement . . .
Le crépuscule s'annonce et annonce le repos de la nature. Au soleil couchant, une intense pourpre lumineuse embrase l'occident ; des lignes, en bandes jaune orangé et d'or, se dessinent très voyantes ; le soleil paraît se livrer à mille jeux de lumière. '* Le soir venu, a. dit le Maître, vous dites : Il fera beau, car le ciel est rouge. Et le matin : Tempête aujourd'hui, car le ciel est de couleur éclatante.'* (Matt. 16, 2). . . Et le soir tombe, toute la belle parure de fête se mélange, se replie à regret et s'évanouit dans le silence ! . . .
Alors la voûte étoilée décèle sa splendeur. Plongez votre regard " dans le silence éternel de ces espaces infinis qui vous effraient ! " Portez-les au loin, plus loin encore, l'espace d'un siècle, car " si votre vue s'arrête aux astres, que votre imagination passe outre : elle se lassera plus tôt de concevoir que la nature de fournir." Dans cet océan céleste naviguent de brillantes planètes, des myriades d'étoiles dispersées à des distances sans fin, au sein d'un imposant et mystérieux silence. " Tout ce monde visible n'est qu'un trait imperceptible dans l'ample sein de la nature. C'est une sphère infinie dont le centre est partout et la circonférence nulle part." (Pascal).
Qu'il doit être beau et grand le Créateur de l'univers, qui a " pour manteau la lumière et Vahime pour vêtement ! " (Ps. 103). Et cependant toute la beauté de la nature n'est qu'une nuance incolore de sa beauté divine!
II. — Créateur de îa terre. Si la lumière et les couleurs revêtent le ciel d'opulentes parures, la terre en reçoit aussi ses plus séduisants décors.
Uair respirable, qui enveloppe le globe, est iin élément gazeux, transparent, incolore : il est donc invisible. Aperçu sous une épaisseur considérable, il paraît bleu, lorsque le temps est beau. Ce bleu du ciel, selon que l'atmosphère est chargée de vapeurs et de nuages, prend tour à tour des teintes blanches, grises, dorées, bleu-clair. Cette variété d'aspect produit la beauté ... Il n'a ni odeur, ni saveur, et il peut être liquéfié. Sa beauté étonne l'esprit et le ravit, en raison surtout des dernières inventions : la télégraphie sans fil et ses applications merveilleuses. Si l'on disposait des récepteurs dans toutes
les fenêtres de Londres ou de Paris, à tous les arbres d'une immense forêt et à des milliers de navires en pleine mer..,, instantanément ils recevraient la même dépêche, frappée dans le Nouveau-Monde ! On ne sait lequel admirer le plus : ou de l'étincelle électrique, ou de l'air qui en transporte les vibrations !
Le vent est le déplacement plus ou moins rapide de l'air, suiv^ant le mutuel contact de la chaleur et du froid. Il a deux propriétés qui concourent à la beauté de la nature : le mouvement et le bruit, le premier faisant le plaisir de la vue, le second celui de l'oreille.
Sans le mouvement, il y aurait monotomie dans les éléments : dans les sables du désert, dans les steppes de neige, dans les surfaces illimitées des océans et des lacs, dans les forêts et la végétation entière. Avec le mouvement, les scènes varient d'aspect, depuis le gracieux d'une feuille et d'une fleur qui frémissent et se balancent, jusqu'au spectacle grandiose et sublime des mers et des forêts.
Sans la sonorité du vent, l'oreille perd les agréments des nuances du son : frémissement et murmure, bruissement et sifflement, grondements et mugissements . . .
L'eau, même limpide, n'offre pas la transparence de l'air. Elle devient sombre à l'œil, dans ses grandes profondeurs. Combinée avec la lumière et les couleurs, elle constitue la plus incomparable richesse de la création entière. Par le mouvement naturel, elle anime les solitudes et les déserts, les gorges des hautes montagnes et des collines. Le vent des pleines mers prête aux vagues et aux marées toutes les
gammes successives de la plus riche harmonie. Et si l'eau concourt aux plus belles scènes par le mouvement et le bruit, elle y contribue aussi bien pour rétalage des paysages les plus enchanteurs : océans, lacs, fleuves, rivières, cataractes, glaciers, neige, nuages, pluies, rosée, brumes ; eaux froides, thermales, sulfureuses, salées, douces . . .
UOcéan, contemplé des rochers du rivage, ravit le regard par ses lointains horizons. Il saisit de stupeur, d'épouvante parfois, par le spectacle de ses flots perpétuellement agités. Sous les brises et les moussons d'une sereine atmosphère, il brille et dort tranquille au soleil des baies et des anses : il étale alors le vert opaque de ses grandes glaces unies, où sillonnent des voies blanchâtres, pareilles à des chemins sous-marins qui se croisent en toutes directions. Là " les poissons de la mer en parcourent les sentiers." (Ps. 8). Alternant à deux périodes diurnes, le flux et le reflux lancent avec fracas les vagues en courroux contre les altières falaises, ou bien les enroule en courbe régulière sur la blancheur des sables et les galets bruyants des grèves. Sous les rafales, elles se soulèvent en énormes masses et elles retombent en mugissant le long du rivage sonore. Ne dirait-on pas que la mer est animée, qu'elle s'élève et s'abaisse à son gré, chante ou gémit, se colore ou s'assombrit sous les feux du jour ou sous le voile des nuages ? Elle éveille dans l'âme la conscience d'une impression profonde, celle d'une vie palpitante, belle, grandiose. " Les soulèvements de la mer sont admirables ! " (Ps. 92). — L'Océan, contemplé du pont d'un navire, centuple encore cette impression. De tous côtés s'étendent les eaux.
8 LA BEAUTÉ DE l'ÂMB
L'aspect du ciel, tendu en pavillon sur Thorizon visuel qu'il enserre, l'image des insondables abîmes qui hante l'esprit, l'isolement et la solitude au milieu de l'élément redoutable, tout concourt à créer une sensation de grandeur imposante, écrasante même pour la faiblesse humaine. Bleus ou verts d'émeraude transparente, les flots perlent en fine poussière liquide, au flanc du navire ou à son sillage.. . Et qui dira ce qu'ajoute à la beauté du spectacle, dans la zone tropicale, le phénomène de la phosphorescence et celui des mirages à l'horizon ?.^ Les montagnes présentent un autre genre de grandiose et sublime panorama. Franchissez les Rocheuses canadiennes. A Banff où elles commencent, se dressent à droite des masses géantes, accroupies dans la solitude ; à gauche, les mamelons altiers se rapprochent comme pour encercler un verger plantureux ; à peu de distance, les pics successifs servent de bordure à l'ovale d'un lac, long de deux ou trois lieues, aux eaux teintes en bleu, qui dorment dans l'immense conque, dépourvue de rives. Au sortir de Laggan, les monts se dressent à pic, serrés les uns contre les autres, formant de rares gorges étroites, par où descendent à la course des rivières qui chantent écumantes ; puis, ils s'élèvent en pentes verticales vers le sud, tandis que, au nord, ils étalent des lits en stratifications, qui se prolongent à perte de vue en étages superposés, couverts de glaciers éternels. . . Plus loin, dans la chaîne centrale, sont fièrement assis les deux énormes massifs des monts Stephen et Macdonald, lesquels surplombent d'autres collines boisées, s'inclinant vers le plateau central de la Colombie aux prairies fécondes.
LA BEAUTÉ PHTSTQUB 9
Quel sentiment de saisissement profond vient envelopper Tâme tout entière, à l'aspect de ces sauvages décors ! L'impression du beau dans sa majesté la pénètre et la remue dans ses jfibres les plus cachées.
Les lacs canadiens étalent des scènes non moins impressionnantes. Le grand Lac-des-Bois est l'un des plus merveilleux de l'Amérique du Xord. Sortez, le matin, sur le vapeur de la Rivière-la-Plide. En peu de temps, vous entrez dans l'immense nappe d'eau bleue. Si vous portez la vue au nord, c'est l'onde sans rivage ; si vous la portez à l'est, c'est une longue bande azurée, à peine perceptible sur l'horizon lointain. Durant quatre heures de navigation, la perspective reste immuable, Vous confinez alors à la région des îles, qui comptent plusieurs milliers. Le spectacle devient féerique. Les îlots succèdent aux îlots de toutes dimensions, bordés de sable et de galets, tous plantés d'arbustes et ornés de verdure. Puis émergent les îles aux teintes variées, qui se mirent dans les ondes tranquilles. Parfois le chenal du vapeur s'élargit ; et l'œil est surpris de percevoir le miroir d'un beau lac perdu dans les forêts des îles. Sur une presqu'île dénudée, plane la fumée d'un campement indien : dans les alentours flottent les canots de pêche et les pirogues de chasse: reste d'un passé qui n'est plus !.. Chemin faisant, les îles se sont rangées soudain, et le regard émerveillé aperçoit comme l'alignement des maisons sur la large rue liquide d'un boulevard citadin : l'œil suit avec délices le prolongement sans fin de la chaussée liquide !. . . Quel silence règne dans ces solitudes ! Il permet à l'âme de jouir, jusqu'au soir, à Kenora,
des ravissantes beautés que la main du Créateur a semées, comme en se jouant, dans '* ces cantons détournés de la nature.'' (Pascal, Ihid.)
La belle nature est là, plus près de vous. C'est, au fond d'un vallon, une eau dormante, ombragée de berceaux verdoyants et entourée de bouquets d'arbrisseaux. Sur ce miroir étincellent mille paillettes d'argent, où se joue la lumière que tamise le feuillage. Et le murmure d'un ruisselet, qui se déverse sans repos dans cette conque, se mêle au bruissement des zéphyrs à travers les ramures. Là aussi, le calm^ est recueilli, le silence mystérieux: tant la scène est gracieuse ! . . .
Le cristal naturel relève également la beauté de la création. Dans les grottes, il revêt la variété de toutes les formes géométriques, cube, prisme, cône, pyramide, ainsi que toutes les dimensions en stalactites et en stalagmites. Il est des cristaux diaphanes très purs que traverse la lumière et qu'elle enflamme de ses feux. Leurs colorations reproduisent les teintes du saphir ou bleu, de la verte émeraude, du rubis ou rouge de sang translucide, du grenat ou rouge sombre, de l'améthyste ou violet clair ... Le diamant est, de tous les corps le plus dur, le plus brillant, le plus précieux : c'est un cristal de carbone pur. Le plus souvent incolore, il est aussi parfois teinté de jaune, de vert et de gris : le bleu est très rare. Les autres pierres précieuses, outre le rubis, le saphir, et les précédentes, sont la topaze jaune ou aqueuse, verdâtre ou blanchâtre, la turquoise de couleur bleue ou vert clair, l'opale d'un blanc laiteux, l'agate à une seule ou à plusieurs teintes superposées . . , L'œil est ébloui et l'âme ravie, à la vue de ces con-
crétions superbes qui défient toutes les finesses de Tari et de la science !..
Le marbre, bien que superposé en couches épaisses, présente souvent des couleurs du plus charmant effet, surtout travaillé par la main habile des artistes. Ainsi Tonyx et le marbre de Sicile étalent une finesse de grain et un heureux mélange de teintes fondues ensemble ; ils sont sillonnés de veines éclatantes qui simulent des pierres précieuses. Les marbres ont toutes les couleurs ; les unes isolées et dominantes, les autres mêlées sans art et gracieuses. Il n'est pas jusqu'au granit lui-même qui, lisse et bien poli, ne plaise à la vue par le brillant qu'y insèrent les feuillettes de mica reluisant. (V. R. P. Souben, Le Beau dans la nature,)
Les métaux, cachés dans le sol, constituent à la fois une richesse et une beauté. Tous sont remarquables, sous la main de l'ouvrier, en raison de leur couleur spécifique, de leur souplesse et de leur ductilité, de leur ténacité et de leur dureté, de leur fusibilité ou de leur volatilité. Les uns sont communs comme le fer et le nickel, le cuivre et le plomb, l'étain et le zinc ; les autres sont intermédiaires, comme le bismuth et l'aluminium ; les derniers sont précieux, comme le mercure et le platine, l'argent et l'or . . . et le radium, aux qualités si merveilleuses !
" Bénissez le Seigneur, ciel et terre, mers et fleuves, montagnes et collines, lumière et ténèbres, louez et exaltez-le éternellement ! (Dan. 3.) — " Ils virent dans Vouhli de ses bontés et des merveilles qu'il leur a manifestées.'' — " Les Gentils sont inexcusables, puisqx:, ayant connu Dieu, ils ne Vont pas glorifié comme Dieu. Ses perfections, son éternelle puissance et sa divinité sont, depuis la création du inonde, rendues vis^ibles à l'intelligence par le moyen do ses œuvres." (Rom. 1.)
Article II. — La Beauté des Végétaux