I.— TEXTES
" La terre produisit de Vherbe verdoyante, faisant une semence selon V espèce.''' (Gen. 1, 12.) — " Le Seigneur fit sortir du sol des arbres de toute sorte, beaux à voir, leurs fruits délicieux à manger." (Gen. 2, 9.) — " Salomon avait traité de toutes les plantes, du cèdre du Liban à Vhysope qui sort des murailles." (I Rois 4, 33.)
Selon ces assertions de^ la Bible, tout le règne végétal est l'œuvre du Créateur : le gazon ou verdure tendre, Vherbe ou plantes légumineuses et céréales, les arbres à fruit et autres de tout genre, les fleurs, énumérées en grand nombre dans l'Écriture. La Révélation contredit d'avance le système de transformation des minéraux bruts en végétaux vivants ou la génération spontanée. Les êtres organisés reçoivent tous la vie de corps déjà animés : la preuve naturelle a été établie irréfutablement par Louis Pasteur. . . Ainsi, en dehors et au-dessus de la matière, il faut recourir au Créateur du principe vital.
IL— CONSIDÉRATIONS
I. — L'herbe des champs et le gazon des prairies plaisent à l'œil par la couleur verte, si douce et si reposante. Nulle part au monde, le spectacle n'offre plus d'attrait que dans les interminables plaines du Nord-Ouest canadien. Ces prairies ou savanes " d'herbe verdoyante " surprirent jadis nos explorateurs. Leur immensité les frappait de stujîeur. Véritable océan de steppes, avec ses vallons, ses ondulations, ses crêtes légères ! Sur la nappe des
gazons sans autre bordure que l'horizon visuel, la teinte douce et les reflets verdoyants répandaient la fraîcheur et la vie, en tous sites, même les plus sauvages. Leur regard éperdu admirait l'art avec lequel le Créateur combinait avec les beautés de la symétrie les charmes d'une monotonie riante ! . . .
Et maintenant, depuis quarante années seulement, les prairies de l'Ouest sont transformées en plaines de céréales. Véritable grenier de l'Amérique, de l'Europe et des Indes. Ce n'est point l'homme : c'est la main de l'Auteur de la nature, qui a marqué au cadran l'heure de cette métamorphose qui dure encore ! Ravissant panorama, quand, à perte de vue, le froment et l'orge, l'avoine et le lin verdoient au printemps et que la végétation est en fleur ! Bientôt les épis s'allongent et mûrissent, les tiges se balancent et ondulent au gré du vent, sous un beau ciel d'azur, semblables au fléchissement et au redressement des flots, sur une superficie sans bornes. Spectacle à la fois superbe et réconfortant, car l'espoir du moissonneur est devenu une opulente réalité. Ici encore, la Providence a su mêler l'agréable à l'utile pour le bonheur de l'humanité . . .
II. — La fleur est l'une des plus belles parures de la terre. Elle l'est par sa forme, ses dimensions, ses couleurs, son parfum lui-même.
L'Artiste divin a merveilleusement taillé, découpé, festonné les myriades de fleurs, sous tous les climats. Là dans ces grandes prairies de l'Ouest, il en est de rondes et d'anguleuses, de plates et de saillantes, de sveltes et de courbes. Elles varient par la structure du pistil, par la disposition des étamines, comme "par la découpure de la corolle et par la taille du
calice. Les unes se présentent isolées, les autres réunies en famille ; et ces groupes varient de nombre et d'aspect. Avec quel charme, quel goût, quelle magnificence, ces fleurs sont revêtues de couleurs ! Tantôt le fond uniforme est relevé par une bordure brillante ; tantôt sur une teinte sombre luisent des lisérés de vive clarté. L'azur du ciel, la rose de l'aurore, la blancheur de la neige, le jaune de l'or, le rouge de la pourpre, prodigués à ces petits chefsd'œuvre naturels, les font briller distinctement sur la verdure, comm.e les pierres précieuses sur la tenture des palais.
Plus près de nous, dans nos jardins et nos vergers, ce sont le lis à la forme élégante et au calice blanc si pur, la rose pourpre ou écarlate, blanche même ou demi-teintée, le lilas avec ses pyramides légères, le myosotis orné d'étoiles bleues, la fuschia avec ses grappes de campanules, le gynérium avec ses panaches de fleurs argentées . . . Rien de plus gracieux, rien de plus beau dans le royaume de la flore.
Est-il étonnant que la voix commune aît désigné la blancheur du lis comme le symbole de la pureté ou la fleur des vierges, la rose symbole de l'amour pour ses ardentes couleurs, la pensée et le mysostis symbole du souvenir pour leur teinte si tendre et si sentimentale ?. . .
III. — L'arbre est en général le type de la beauté sensible : il est le roi des végétaux. Il attire la vue par sa hauteur au-dessus du sol qui le nourrit, par ses dimensions et par la combinaison de ses organes. Il allie la grâce à la force: tels le palmier élancé et le cèdre robuste. Le tronc est parfois rond comme une colonne, léger et lisse, parfois lourd, noueux, très
large. La tige s'élève souvent à de grandes hauteurs, greffée de branches ou dépourvue de ces ornements. L'écorce revêt des formes et des couleurs variées : blanche ou rougeâtre, lisse ou rugueuse, creusée de sillons irréguliers. Les branches sont au ras du sol, ou forment une couronne de rameaux. Elles sont ornées de feuilles, qui font la beauté réelle de l'arbre par leur variété complexe : courtes ou longues, étroites ou larges, dentelées ou xDointues, lancelées ou aplaties, parfois disposées en éventail. Si la plupart des feuilles tombent, en dépouillant la plante de sa parure, les aiguilles vert sombre des sapins et des épinettes résistent à toutes les saisons.
La religion chrétienne a utilisé les feuilles du lis comme symbole de la virginité, la violette symbole de la pénitence, la palme et la feuille du laurier symboles de la victoire : elle a mis la palme aux mains des martyrs.
Isolé, l'arbre peut être beau. La forêt est plus belle, puisqu'elle assemble à l'infini la beauté individuelle : ainsi elle fait tableau et sert à décorer les paysages. La forêt vierge du Canada a jadis étonné nos ancêtres. Elle enveloppait de sa majesté mystérieuse les plaines et les vallées, elle grimpait sur les collines et les montagnes : et que de charmes elle dévoilait à leurs yeux ! Les arbres s'y mêlaient les uns aux autres, faisant ressortir les nuances de leur feuillage, les couleurs diverses de leurs fleurs, la taille et la disposition de leurs branches : le vert clair se détachant mieux sur le vert sombre, la variété éclatant mieux dans l'unité des groupements nombreux . . .
Aujourd'hui encore, le spectacle est magniiSque et imposant d'une vaste forêt altière. Les hautes lutaies surpassent en altitude et en beauté les plus majestueuses colonnades. Les voûtes aériennes, entrelacées de branchages feuillus, l'emportent en grâce et en hardiesse sur les nefs des plus superbes monuments. Le jour, les rayons du soleil percent les intervalles de ces épais feuillages et, à travers mille teintes riantes, dessinent sur le sol des ombres tamisées de lumière. La nuit, l'œil perçoit les astres se lever çà et là sur les cîmes, comme si elles portaient dans leurs rameaux des étoiles.
Séduisant mystère ! Pareille à un temple auguste, comme la mosquée de Cordoue, la forêt a ses colonnes, ses portiques, ses sanctuaires et ses lampes. Et l'immense édifice est mobile ! Le vent souffle : et le frémissement des feuilles s'harmonise avec les mélodies des oiseaux, les branches s'ébranlent et font entendre à distance de plaintifs gémissements. Mais l'ouragan soudain se déchaîne : les mille voix de la forêt rendent aussitôt, en graves et uniformes ondulations, le mugissement courroucé des grandes orgues. Autant de feuilles, autant de lames vibrantes et sonores : toutes les nuances du son se répercutent en se multipliant sous les voûtes entrelacées... Puis la paix règne de nouveau, le silence plane sur ces retraites sacrées, le recueillement de ces majestueux asiles saisit l'âme dans ses profondeurs : sentiment d'admiration et d'amour pour l'Auteur de ce spectacle solennel ! Que l'âme est donc faible et petite en présence des sublimes grandeurs de la nature, mise à sa disposition!
lj*arbre à fruit ajoute à la beauté son dernier trait. Chacun se couronne, au printemps, d'un magnifique panache de fleurs parfumées, offrant dans le grand verger les couleurs les plus attrayantes. Les feuilles naissantes disparaissent et les ramures sont à peine visible . . . Les fruits présentent ensuite le plus charmant spectacle. Il en est d'un rouge écarlate; d'autres semblent des pommes d'or ou des baies empourprées. La même diversité se manifeste dans leur chair épaisse et succulente, dans les amandes savoureuses, dans la substance aqueuse ou farineuse, dans les balles jaunissantes, dans les grappes vermeilles. . .La science a analysé la chair ou la pulpe de la poire : elle est formée d'un nombre considérable de cellules rayonnantes. Ces cellules simulent admirablement autant de fleurs radiées, semblables à des marguerites ; le centre du fruit plus coloré est tissé de pierrettes agglomérées, tandis que les fleurons de la circonférence sont formés de vaisseaux allongés et juteux. — La Bible énumère les arbres à fruit de la Palestine : le dattier, le grenadier, l'amandier, l'oranger, l'olivier, le figuier, la vigne . . . (V. Souben, Ibid.)
Ainsi la bonté divine a répandu, sous toutes les latitudes du globe, ses dons et ses beautés pour élever jusqu'à elle la pensée et la reconnaissance de ses créatures raisonnables.
" Bénissez le Seigneur, toutes plantes qui croissez sur la terre l " (Dan. 3, 76.) — " Je vous affirme que Salomon, dans toute sa gloire, n'était pas vêtu comme Vun de ces Us des champs.'" (i>îatt. 6, 29.)
18 LA BEAUTÉ DE l'ÂMB
Article III — La Beauté des Animaux