‹ La beauté de la femmeChapitre 13 sur 50 · INFLUENCE DES VÊTEMENTS SUR LA FORME DU CORPS · texte numérisé non relu

INFLUENCE DES VÊTEMENTS SUR LA FORME DU CORPS

Les vêtements de la femme savent si bien marier la poésie à la vérité qu’il est fort difficile, parfois même impossible, de les distinguer Tune de l’autre. La mode est bien moins destinée h faire valoir la beauté réelle qu’à produire l’illusion de la beauté et à dissimuler les défauts. Aussi toutes les révoltes contre les folies de la mode seront-elles toujours inutiles.

Un beau corps paraîtra beau sous n’importe quel costume ; bien plus, c’est en l’absence de tout vêtement qu’il paraîtra le plus beau. Il n’a pas le moindre besoin des artifices de la mode ; mais un beau corps est chose fort rare et les quelques privilégiées sont obligées de s’incliner devant la supériorité numérique de leurs sœurs soucieuses de montrer plus de charmes qu elles n’en ont reçu de la nature. Parmi les artifices qui doivent servir à atteindre ce but les plus répandus et les plus en faveur sont naturellement ceux qui peuvent réussir à un très grand nombre de femmes.

Lorsqu’une tentative de ce genre a été consacrée par la mode, chaque femme veut à sou tour renchérir sur ses sœurs et cela donne naissance à des exagérations toujours grandissantes et de moins en moins belles et qui peuvent avoir de graves inconvénients pour le corps et lui causer même des dommages durables.

Parmi tous les avantages du corps féminin, celui qui passe pour le plus important, c’est la sveltesse de la taille, et pour l’obtenir les femmes ont eu recours au corset sous toutes ses formes1.

1 Cf. Witkowsky, Les seins et l' allaitement, Maloine, 1898, chap. iv, l’Histoire du corset.

INFLUENCE DES VETEMENTS SUIi LA FORME DU CORPS

D’Iiippocrate à Sommering bien des voix autorisées se sont élevées contre l’usage du corset et bien d’autres s'élèveront encore après eux, hélas ! fort inutilement. Les femmes ii qui le corset est nécessaire l’ont toujours conservé et le conserveront tant que le monde sera monde.

Je ne suis pas ennemi du corset, mais ennemi de l'abus qu’on en lait. Le déconseiller aux femmes mal faites, c’est prêcher dans le désert.

Je me suis contenté, non sans succès, de mettre en garde les femmes bien faites contre ses funestes conséquences , lorsqu’il en était temps encore.

Pour comprendre l’importance que l’on attache au corset , voyons tout d’abord clairement ce que c’est que la taille et quelle est l’idée qu’on s’en fait ordinairement.

La figure 27 nous montre la conformation naturelle de la taille, telle

Fig. 27. — Jeune Javanaise n’ayant jamais porté de corset.

que la présente une jeune Javanaise bien faite, qui n’a jamais porté de corset.

Bien que le corps ait assez d’embonpoint, la sveltesse de la taille ressort bien ; et ce n’est point parce que le milieu du corps est d’une minceur exceptionnelle, mais parce que sa minceur relative

contraste avec la largeur des hanches et des épaules.

Que la largeur des épaules soit un élément important, nous nous en convaincrons en jetant un coup d’œil sur la figure 28, qui représente le dos d’une jeune Berlinoise. Ici, la taille parait bien moins svelte malgré l’ampleur des hanches parce que la ligne du thorax est presque verticale, si bien que le corps est presque aussi large à la taille qu’à la base des omoplates.

Nous admettrons donc , comme condition naturelle d’une taille élancée, qu’à partir de la région la plus étroite, c’est-à-dire la base inférieure du thorax, le corps s’évase doucement vers le haut et vers le bas ; quant à la dimension absolue du tour de taille, elle est complètement accessoire.

Dans la vie ordinaire, et notamment parmi les femmes ellesmêmes, on en juge autrement. Tout au plus parle-t-on de taille longue ou courte ; ce qui importe surtout, c’est le tour de taille. Une taille de 60 centimètres est belle, une de 5o centimètres est ravissante, etc.

Fig- 28 • — Moulage en plâtre pris sur le corps d’une jeune suicidée. (Premier institut anatomique. Berlin.)

Page 1