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APPLICATIONS A LAUT ET A LA CRITIQUE D'ART

ments tombèrent, les formes n’étaient plus les mêmes ; pas une seule dimension ne concordait plus avec les mesures prises : le corps

avait engraissé et était devenu lourd. Eberlein avait donc fixé au

passage l image de la beauté, disparue sans retour, de cette jeune fille, et immortalisé par son art ce corps merveilleux, auquel la nature n’avait accordé qu’un court printemps de quatre semaines.

Par l eibet d’un pur hasard, M. G. Fritsch avait justement, quelques mois auparavant, photographié la même jeune fille (fig. 170). A ce moment, comme le portrait le montre, les formes du corps étaient enfantines.

T/immense majorité des artistes en sont réduits à se servir de modèles payés et qui se recrutent dans la classe pauvre et mal nourrie, de sorte qu’il ne se rencontre dans le nombre que bien peu de beaux corps.

Un des modèles les plus parfaits que j’aie jamais vus est la jeune fille de seize ans (née à Amsterdam), d’après laquelle Thérèse Schwartze a fait l’étude reproduite à la figure 171. Avec un teint d’une éclatante blancheur, des yeux bleus, des cheveux d’un blond doré et ardent, de belles et saines couleurs aux joues, cette jeune fille présente une conformation particulièrement fine des articulations et des proportions rigoureusement normales. J’ai eu l’occasion de l’examiner dans l’atelier de l’artiste. Il m’a été impossible de découvrir sur elle les moindres traces de rachitisme ou de prédisposition à la phtisie.

Voici quelles étaient les mesures :

Hauteur totale, i65 centimètres.

Diamètre des épaules, 38 centimètres.

Taille, 20 centimètres.

Diamètre des hanches, 3i centimètres.

Longueur de la tète, 21 centimètres.

Distance des mamelons, 21 centimètres.

Longueur de la tète et du tronc, 85 centimètres.

Longueur des jambes jusqu'au trochanter, 97 centimètres.

Bassin :

Diamètre des épines, 24 centimètres .

Diamètre des crêtes, 27 centimètres.

Diamètre des trochanters, 3i centimètres.

Nous étions donc tout d’abord en présence d’un fait fort rare, à

Psyché endormie. Etude de Thérèse Schvvartze.

savoir que la hauteur totale comprenait plus de 8 fois la longueur de la tète. La forme des mains et des pieds était, elle aussi, d’une beauté exceptionnelle.

Au moral cette jeune fille ressemblait exactement au portrait de Trilby. Tous ses gestes furent empreints du naturel le plus parfait et de la grâce la plus exquise, dès qu elle eut compris que nous la regardions des mêmes yeux qu’on examine un objet d’art, et non avec un intérêt purement humain ; elle consentit également à se laisser photographier ; mais malheureusement, l’épreuve ayant été manquée, elle refusa de poser une seconde fois devant l’appareil; — et même, inconsciente de sa beauté, — elle ne revint plus chez l’artiste, parce qu’elle avait trouvé à se placer comme domestique dans des conditions plus avantageuses. C’est ainsi que le tableau, qui devait représenter une Psyché endormie, n’a pu être terminé, parce que cette petite Psyché a mieux aimé veiller sur les marmites que de monter dans l’Olympe, ne fùt-ce qu’en elfigie.

Mais de tels modèles sont l’exception.

Parmi les ioo photographies contenues dans le célèbre « Act » de Koch et Rieth, pas un seul de ces modèles d’artistes n’a un corps normal ; pas un seul non plus dans les 5o éludes de Koch. Dans la collection de modèles d’enfants publiée par Max Peiser, il ne se trouve qu’une fillette (feuillet 4i) dont la structure soit normale. Une seule figure normale par conséquent sur deux cents modèles de profession.

C’est tout à fait l’exception, lorsque, dans la masse des collections de photographies d’après le nu, on trouve quelques numéros qui produisent vraiment une impression artistique et témoignent d’une utilisation intelligente du modèle. La plupart du temps, l'attitude est mal choisie, ou l’effet est gâté par un décor de mauvais goût. Bien supérieures à toutes les autres sont la collection de Heid (Vienne), malheureusement déjà un peu ancienne, les photographies de O. Schmidt (Vienne), enfin celles de Recknagel (Munich), qui présentent un caractère artistique indéniable.

La figure 172 est un modèle ijiunichois âgé de dix-sept ans. L’éclairage et le groupement sont fort adroits, et l’effet de contraste entre le corps élancé et lisse de la jeune fille et le corps velu du

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lévrier est parfaitement réussi; on a tiré un bon parti de toutes les

Fig. 17a. — Modèle munichois, âgé de dix-sept ans, avec un lévrier russe. (Photographie de Recknagcl, successeur.)

qualités de ce corps presque irréprochable, et les défauts ont été adroitement dissimulés ; l’ensemble produit une impression artis-

tique et forme un tout harmonieux, peu importe qu’on l’appelle

Fig. 173. — Modèle berlinois âgé de vingt ans.

Une Nymphe de Diane ou La jeune fille au chien.

Si l’artiste cherche, comme il arrive souvent, à se tirer d’embarras en utilisant un modèle pour telle partie du corps, et un autre modèle pour telle partie différente, il fait violence à la nature en détruisant l’individualité. Il ne parviendra jamais ainsi à créer une image harmonieuse de la forme humaine.

Il n’y a que deux ressources à la disposition de l’artiste : ou bien il possède un modèle parfait, ou bien il faut qu’il corrige et dissimule savamment les défauts, comme l’a fait Mme Paczka. Dans ce dernier cas, l’avis du médecin peut être d’un grand secours.

Je dois à l’obligeance de Gustave Eberlein de pouvoir montrer à mes lecteurs , à l’aide d’un exemple frappant, qu’il est possible à l’artiste de donner l’apparence d’une forme accomplie à un corps défectueux, par le seul artifice de l’attitude.

Les figures iy3 et iy4 représentent le modèle qui a posé pour l’une des nymphes du groupe Silène et les Nymphes' .

' Cf. Nymphen und Silen, von G. Eberlein, Stratz. Erster Essay. F. Enke. Stutt-

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