‹ La beauté de la femmeChapitre 5 sur 50 · C.-H. ST RAT Z · texte numérisé non relu

C.-H. ST RAT Z

LA

INTRODUCTION

Le corps de la femme est un poème que Dieu inspiré écrivit un jour dans le grand album de la nature.

(Heine.)

Des milliers de poètes, de peintres et de sculpteurs ont, depuis que le monde existe, célébré la beauté de la femme par la parole et par la plastique ; et même d’austères savants n’ont pas craint d’assembler des théories sur l’idéal de la beauté féminine ; et la foule admire leurs œuvres, se range docilement à leur avis. Mais elle oublie que la nature toute-puissante crée chaque jour, dans son inépuisable fécondité, des êtres féminins bien plus beaux que toutes les conceptions de l’art et de la science, et devant lesquels elle passe sans les voir, faute d’un connaisseur qui lui crie : « Regarde ici la beauté vivante en chair et en os. »

« Etudie soigneusement la nature — - écrit Albert Dürer1, au début du xvie siècle — - suis-la toujours; ne t’en écarte point, mû par la sotte prétention de découvrir tout seul la beauté, car tu ferais fausse route. L’art en effet se cache dans la nature; il appartient à celui qui sait l’y trouver. Si tu t’en rends maître, il affranchira ton œuvre de plus d’un défaut. Mais ton œuvre sera d’autant meilleure qu’elle ressemblera plus à la vie. Telle est la vérité; n’espère, ne désire donc point produire une œuvre pour laquelle Dieu n’a pas

Proportionslehre , III, 1323.

INTRODUCTION

donné de force à sa créature : car ton pouvoir d artiste n’est rien en lace de la puissance créatrice de Dieu. »

La photographie et ses applications perfectionnées permettent au jourd’hui de fixer avec une précision scientifique tout au moins les formes extérieures de la beauté vivante.

Brücke1 le premier utilisa ce procédé; Thomson2 et d’autres l’imitèrent. Richer3, qui donne des dessins fort artistiques, exécutés par lui même d’après nature, leur a assuré à l’aide de photographies la valeur de documents scientifiques.

M ais dans tous ces ouvrages et ceux du même genre qui les ont précédés ou suivis, deux choses ou, si l’on veut, deux défauts m’ont frappé. Leurs auteurs tout d’abord ne s’intéressent pas à la beauté du corps en lui-même, mais seulement par rapport aux reproductions que l’art en donne; en second lieu, s’ils accordent à l’anatomie toute l’attention qu elle mérite, ils ne font qu’effleurer tout à fait en passant les phénomènes pathologiques, les modifications que la maladie ou un genre de vie contraire à ses besoins font subir au corps.

J’ai voulu inaugurer une nouvelle manière de juger la beauté humaine, en réservant à côté du point de vue de l’artiste et de l anatomiste, celui du médecin ; j’ai donc fait autant que possible mes observations non plus sur des statues ou sur des cadavres, mais sur le corps vivant; je l’ai étudié en lui-même et pour lui-même et non plus seulement en tant qu’objet de représentation artistique. Si j’ai borné mon enquête au corps féminin, c’est que, en ma qualité de médecin spécialiste pour les femmes, je ne disposais pas pour le corps masculin de matériaux en assez grand nombre.

Les ouvrages de nombreux auteurs, anthropologistes pour la plupart, m’ont été d’un grand secours dans mes recherches; celles-ci m’ont amené, après un travail de quinze années, à cette croyance que c’est seulement par la méthode négative, c’est-à-dire en éliminant les influences pathologiques, toutes les déformations du corps imputables au vêtement, à la nourriture, à l’hérédité, ou à un genre

1 Schönheil und Fehler der menschlichen Gestalt , 1890.

2 Uandbook of anatom y for art students, 1890.

3 Anatomie artistique, 1890. — Physiologie artistique , 1895.

INTRODUCTION

de vie mal approprié que nous parviendrons à fixer une figure humaine normale, un idéal de beauté, dont les incarnations individuelles peuvent être fort différentes les unes des autres, mais qui cependant reste soumis il des lois invariables, car la beauté accomplie est identique à la parfaite santé.

Tel est l’unique moyen que nous ayons de trouver un critérium absolument sur, reposant sur les faits eux-mêmes, et que nous puissions appliquer sans avoir à redouter les caprices du goût individuel.

Mes recherches offrent, en outre, à ce qu’il me semble, un certain intérêt pratique, car elles montrent qu’on peut fort bien, surtout pendant l'âge de la croissance, augmenter et épurer la beauté du corps, en même temps qu’on veille à sa santé.

Cependant, avant d’entreprendre de ce nouveau point de vue l’examen des laits déjà connus auxquels se joignent des observations personnelles, il faut, pour mieux nous faire comprendre, passer en revue les différents moyens par lesquels on a tenté jusqu’ici d’atteindre l’idéal de la beauté et tout d’abord définir la conception moderne de la beauté et les circonstances de sa formation.

LA CONCEPTION MODERNE DE LA BEAUTÉ

L’Européen moderne ne connaît pour ainsi dire rien du corps féminin vivant. Il n’en voit que le visage et les mains, dans les occasions solennelles les bras et les épaules. Il ne voit dans sa vie qu’un seul ou tout au plus quelques corps de femmes nues, et e’est presque toujours dans des circonstances telles que sa faculté de juger froidement et en toute indépendance ou bien lui fait complètement défaut, ou du moins est fort troublée, car l’amour rend aveugle.

Il peut à la vérité se former une opinion personnelle sur le visage et les mains ; les seules notions qu’il possède sur le reste du corps il les doit au souvenir des reproductions artistiques qu’il en a vues ; les observations qu’il a pu faire sur le vivant ne comptent guère. Ainsi donc, l’idéal de beauté de l’Européen moderne repose en grande partie sur des impressions, qu’il n’a pas reçues directement de la réalité, mais seulement par l’intermédiaire de l’art. L’artiste et le médecin font exception à cet égard.

Gœtbe le grand psychologue, décrit admirablemeut l’impression qu’éprouve un homme à qui le spectacle d’une nudité féminine est offert pour la première fois1.

« Elle me conduisit alors dans une petite chambre gentiment meublée; un joli tapis recouvrait le sol; un lit fort propre occupait une sorte de niche; il y avait à son chevet une table à toilette sur laquelle était placé un miroir, et à son pied un guéridon supportant

' Briefe aus der Schweiz. Erste Ablheilung', Cotta IV, 469.

un candélabre à trois branches, dont les belles bougies jetaient une vive clarté ; sur la toilette brûlaient également deux bougies. Un feu de bois, maintenant éteint, avait chauffé toute la chambre. La vieille m'indiqua un siège près de la cheminée, en face du lit, et se retira. La porte opposée livra bientôt passage à une femme de grande taille, faite ii la perfection, belle en un mot. Ses vêtements étaient les vêtements ordinaires. Elle ne parut pas m’apercevoir, quitta vivement sa mantille noire et s’assit devant la toilette. Elle ôta un grand bonnet qui cachait son visage; de beaux traits réguliers apparurent, un flot de larges boucles brunes roula sur ses épaules. Elle se mit à se déshabiller; quelle émotion singulière m’emplissait, tandis qu’un vêtement après l’autre tombait; la nature, dépouillée d’un voile qui lui est étranger, me paraissait elle-même étrangère et me causait un sentiment d’effroi. Ah ! mon ami, n’est-

ce pas aussi ce cpii se passe avec nos opinions, nos préjugés, nos institutions, nos lois et nos caprices? n’est-ce pas de 1 effroi que nous éprouvons, quand on arrache une de ces barrières derrière lesquelles nous nous retranchons et qu’une partie de notre véritable nature doit se montrer a nu? Nous frissonnons, nous avons honte...

« Faut-il te l’avouer, je restai stupéfait devant ce corps admirable quand le dernier voile tomba. Que voyons-nous des femmes ? quelles sont les femmes qui nous plaisent ? quelle confusion règne dans nos idées ! Un petit soulier a bonne apparence et nous nous écrions : le joli petit pied ! Un corset étroitement serré a quelque chose d’élégant : nous vantons la jolie taille.

« .le te fais part de mes impressions, car la langue est impuissante à décrire les tableaux exquis de décence et de grâce, que la ravissante créature déroula sous mes yeux. Avec quel naturel parfait se succédaient tous ses mouvements, avec quel soin pourtant ils semblaient étudiés ! Elle était charmante en se déshabillant, elle lut magnifiquement belle quand le dernier voile tomba. Debout dans sa nudité, elle évoquait Minerve en présence de Paris. »

Ce sentiment d’effroi que Gœthe met si bien en relief, où la crainte inspirée par la vue d’un spectacle étrange et nouveau se mêle ii une certaine excitation sensuelle, ce sentiment s’empare du

LA CONCEPTION MODERNE DE LA BEAU

médecin devant sa première malade, de 1 artiste devant son premier modèle. Il s’efface dès que l’artiste n’aperçoit plus que la beauté, et le médecin que l’humanité dans la femme; il s’évanouit bientôt complètement, dès qu’on a pris l’habitude de contempler le nu.

A notre époque, où les représentants du peuple allemand euxmêmes ont osé proscrire de leur assemblée l’image de la Vérité parce qu’elle était nue1, bien des gens sont portés à confondre la nudité et l’immoralité. Mais ils se trompent étrangement. L'immoralité n’est pas dans le nu, elle est dans les yeux de ceux qui le regardent.

L’individu qui n’aperçoit dans le nu que la femme, qui ne sait pas s’affranchir de la première impression sensuelle ou même s’y complaît, celui-là certes est immoral, et c’est lui qui rend immoral l’objet qu’il contemple.

Le vêtement n’a rien avoir avec la morale, mais seulement avec les convenances, avec la mode. Le fait de découvrir son corps ne passe point pour immoral, quand la mode l’exige.

Quiconque a habité au milieu de peuples qui vivent nus ou presque nus, ne tarde pas à comprendre que la morale n’a rien à voir avec le vêtement, et il s’aperçoit bientôt que ses vues étroites d’Européen se sont considérablement élargies.

M. von den Steinen analyse avec une grande finesse les impressions de ce genre qu’il a éprouvées en Amérique2.

« En 1890, dans un voyage à l’intérieur de Java, il m’arriva de rencontrer un matin, près de Singaparna, de grandes troupes de femmes, jeunes ou vieilles, nues jusqu’à la ceinture, qui se rendaient au marché. Ma première impression fut le sentiment d’effroi décrit par Gœthe, à la vue de ces nudités réunies en si grand nombre et dans un cadre qui ne m’était pas familier. Cependant, bien qu’il y eût dans le nombre plus d’un torse de jeune fille beau comme le classique, le dégoût qu’inspiraient tant de laideurs si naïvement exhibées emporta la balance et je compris soudain pourquoi la plu-

1 Ceci s’est passé avant l'ouverture du nouveau Palais du Reichstag en l'an de grâce i8g5.

1 Unter den Naturvölkern Centralbrasiliens , 1894.

part des femmes préfèrent ne point se décolleter, lors même que la mode le leur permet. »

Le sentiment des convenances varie singulièrement selon les circonstances. Une jeune Européenne rougit quand on la surprend en déshabillé, mais elle se décolleté au premier bal venu. Une femme en toilette sombre éprouve une gène au milieu de femmes parées pour le bal, comme un homme en redingote se sent mal à l’aise parmi les habits noirs.

A Batavia, il est d’usage que les femmes ne mettent à leurs pieds nus que de petites sandales brodées d’or; une dame s’étant un jour avisée de cacher ses jambes dans des bas de soie bleue, on trouva à l’hôtel où elle logeait fort inconvenant de sa part d’attirer ainsi l’attention sur cette partie de son corps.

Un enfant ne rougit pas quand on le voit nu, mais il rougit quand on le surprend à mentir. Une jeune fille bien élevée ne rougit pas pour un mensonge, mais elle rougit si l’on découvre une partie de son corps. La soi-disant éducation fait passer la pudeur de l’âme sur le corps.

Il me parait inutile de multiplier les exemples 1 , je crois être d’ores et déjà autorisé à conclure que le sens moral est inné chez l’homme, le sentiment des convenances au contraire uniquement déterminé par les us et coutumes de chaque milieu particulier.

Nous autres Européens, nous condamnons sans même le connaître le nu dans la nature, tandis que dans l’art nous en tenons la représentation pour licite et nous l’avons constamment sous les yeux. C’est pourquoi, ignorant la nature, nous nous servons pour juger la beauté du corps féminin de critères empruntés à l’art. Et nous ne nous rendons pas compte que la conception de la femme est elle aussi soumise dans l’art à une certaine convention, à une tradition, et qu’on ne peut la transporter tout d’un bloc dans la réalité. Nous trouvons la Vénus de Milo belle comme elle est. Mais habillée à la mode actuelle, elle nous semblerait affreuse, car les vêtements qu’on porte aujourd’hui lui épaissiraient encore la taille. Vous admirez

1 Cf. Ploss-Barlels. Das Weib , 189;, p. 839 ss-

LA CONCEPTION MODERNE DE LA BEAUTE

Fig. i. — La Venus du Vatican.

la Vénus de Milo et vous admirez une taille fine : mais une lois la

femme mince déshabillée, vous serez obligés de conclure qu’elle doit être laide puisqu’elle ne ressemblera pas à la Vénus.

Et pourtant l’expérience vous donnera tort. Vous serez donc obligé de conclure autrement, et dans ce sens, qu’on a beau connaître par cœur la Vénus de Milo, cela ne donne aucunement le droit de porter un jugement sur le corps d’une femme vivante habillée.

Mais il y a plus : sans nous en douter, nous soumettons aux modes de l’antique Grèce les jugements que nous portons sur des œuvres d’art moderne ou même sur le nu vivant.

Ne citons de ceci que deux exemples :

Il n’y a, à notre connaissance, dans tout l’art classique, que deux statues représentant un homme nu avec des moustaches : ce sont le Gaulois mourant et le Gaulois du groupe d’Arria et Pœtus. Partout ailleurs, ou bien les figures ont toute la barbe, ou bien elles sont complètement imberbes. Ce n’était ni chez les Grecs ni chez les Romains, la mode de porter la moustache ; dans les statues en question, elle sert justement à caractériser le Barbare.

Bien que, parmi nous, le port de la moustache soit fort ordinaire, on n’en trouve, pour ainsi dire, point d’exemples dans l’art, exception faite des portraits, naturellement.

Elle nous choque dans le nu ; elle fait que nous ne voyons plus simplement l’homme nu, mais l’homme déshabillé — pourquoi? parce que nous subissons la mode des anciens Grecs.

Prenons comme second exemple la représentation du nu féminin. On y supprime régulièrement tous les poils. Pourquoi ? parce que la chose est laide en elle-même ? Non, sans doute, mais parce que chez les Grecs et chez les Romains, comme aujourd’hui encore chez tous les peuples orientaux, l’usage contraignait les femmes de s’épiler. Nous en avons un témoignage dans les célèbres passages de Martial (II) et d’Ovide (. Art d’aimer).

On en trouve une preuve de plus dans la cent troisième chanson de Bilitis1, où l’on signale, comme une particularité des prêtresses

1 Louys, 1. es Chansons de Bilitis, 1897. — Heim. Bilitis sûmmtliche Lieder, I894. Bien des gens tiennent les Chansons de Bilitis pour une mystification. Je m’abstiens, quant à moi. d’émettre une opinion à ce sujet : authentiques ou non, elles témoignent chez leur auteur d’une connaissance approfondie de l’antiquité véritable.

LA CONCEPTION MODE II NE DE LA IiEAUTE

Fig. 2. — La danseuse de Falguière.

D’après une photographie de Braun, Clément cl Ci0, à Dornach (Alsace),

Paris et New-York.

d’Astarté, le fait suivant : « Elles ne s’épilent jamais, afin que le sombre triangle de la déesse marque leur ventre comme un temple. »

Quoique la dépilation soit une mode disparue de notre civilisation depuis de longs siècles, l’art l’a conservée, et l’a ainsi imposée à l’idéal de beauté de l'homme moderne.

En comparant les figures i et 2, on verra jusqu’à quel point, non seulement l’individu isolé, mais « l’opinion publique » tout entière se laisse influencer par les apparences.

La figure 1 est une reproduction de la Vénus du Vatican E délivrée de sa gaine métallique. — La figure 2 reproduit la célèbre statue de Falguière, le portrait de Cléo de Mérode, que l’on vante comme l’une des plus belles femmes d’aujourd’hui.

La statue de Vénus remplit toutes les conditions que nous exigeons d’une figure féminine normale. — Chez la danseuse, voici ce que nous constatons : l’usage du corset a déterminé un rétrécissement artificiel de la taille; les seins sont mal placés, la position des genoux est défectueuse ; enfin l’articulation du pied est trop forte2.

La conception de la beauté chez les modernes est donc basée sur une connaissance de la tète, des mains et des bras, acquise par l’expérience quotidienne, et, en ce qui concerne les autres parties du corps, sur l’impression d’ensemble qu’a laissée la vue de reproductions artistiques.

Le public en général n’est donc pas compétent pour juger la beauté féminine ; d’une part, il est trompé par des reproductions infidèles, et, d’autre part, le corset, la chaussure, tout le vêtement en somme, contribuent à lui créer des illusions ; l’idéal qu’il conçoit n’est donc nullement en rapport avec la réalité.

Tout ce qui précède concerne surtout la beauté de la forme. Qu’il

1 L'honneur revient à Michaelis de l’avoir lait connaître au public sous cet aspect. Le musée de Kensington possède une copie en plâtre ; une seconde reproduction se trouve à Munich. Cf. Bruckmann, Denkmäler griechischer und römischer Plastik et Springers Kunstgeschichte, i“1' volume, 4B édition, i8yö. M. le professeur \V. Michaelis m’écrit : « 11 s’en trouve encore un exemplaire, beaucoup plus beau, parait-il, dans les collections du Vatican, et une copie en bronze à Paris ».

- Ct. L. Pfeiffer. Augewandte Anatomie, 189g.

LA CONCEPTION MODERNE DE LA BEAUTE

soit encore pins difficile de juger objectivement la beauté de la couleur, nul n’en doute, s’il a eu l’occasion d’étudier la théorie des couleurs et la fonction de l’œil humain ; personne ne le sait mieux que les femmes elles-mêmes qui, d’instinct, utilisent les couleurs qui les entourent pour rehausser leurs charmes, ou pallier leurs défauts. Il est encore bien plus difficile de définir la beauté du mouvement dont le vêtement nous cache la plus grande partie.

Mais il nous faut faire une restriction de plus. Ce peu même que l’on voit journellement du corps féminin, la plupart des gens ne l’observent pas avec suffisamment d’attention, parce que leur regard n’est pas exercé. Essayez de vous représenter les traits du visage, les cheveux, les yeux, les mains de personnes absentes que vous rencontrez chaque jour. Vous ne pourrez, dans la plupart des cas, retrouver ni la couleur des cheveux ou des yeux, ni la forme du nez ou de la bouche, à moins que quelque particularité marquante ne vous ait obligé de vous en souvenir.

C’est surtout aux oreilles qu’on accorde généralement trop peu d’attention ; elles jouent pourtant un rôle important dans l'expression du visage; pour ce qui est de la forme des mains, Mantegazza1 cite des peintres qui ne savaient même pas si leur index était plus long que leur annulaire.

Les observations que l’on fait au sujet de la tête, du visage et des mains, sont donc elles-mêmes trop superficielles en général, bien que nous en puissions chaque jour examiner à notre aise un grand nombre d’exemplaires ; il n’y a qu’un observateur exercé à qui la démarche et l’attitude fournissent des indices certains sur les autres parties du corps ; mais, la plupart du temps, on se contente d’une vague idée, que l’on s’est formée par l’observation généralement peu attentive des œuvres d’art.

Etant donné l’influence considérable que les arts ont exercée sur la conception moderne de la beauté, nous devons étudier à son tour la représentation de la beauté féminine dans l'art.

Psychologie des Weibes. Deutsch von Teuseher, 1894.

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